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Jan Jambon fâche magistrats, avocats, milieux culturels…

logo de Le Soir Le Soir 14-02-18 Le Soir

A côté de Charles Michel, Jan Jambon et Theo Francken dominent la scène au fédéral. Certes, les réformes suédoises les plus impactantes, induisant des changements durables, des bifurcations, sont le fait de leurs partenaires : pensez au tax shift et à l’impôt des sociétés, signés Johan Van Overtveldt ; à la réforme des pensions de Daniel Bacquelaine ; aussi à la libéralisation du marché du travail, par Kris Peeters… N’empêche : les coups d’éclat, c’est Theo Francken et Jan Jambon. Inégalés dans cet exercice de surexposition permanente, les deux se relaient. Entre eux, on hésite entre concertation et compétition. Jan Jambon se détache en ce moment. Il reprend l’avantage. En un rien de temps, il a fait se soulever les juges d’instruction, les avocats, les artistes. Pas mal. Voyons…

Les faits

Jan Jambon fâche magistrats, avocats, milieux culturels… © Fournis par Le Soir Jan Jambon fâche magistrats, avocats, milieux culturels…

La controverse de l’heure a trait aux critiques du ministre de l’Intérieur visant la défense de Salah Abdeslam. Pour rappel : son avocat, Sven Mary, a plaidé l’irrecevabilité des poursuites au motif que la loi sur l’emploi des langues aurait été violée lors des premières auditions de son client, concluant au vice de forme, appelant à l’acquittement. Ce qui a fait réagir Jan Jambon : « Je ne comprends pas cela. Un avocat est là pour faire en sorte qu’une personne reçoive une peine correcte. Que M. Mary demande maintenant son acquittement, c’est aller un pont trop loin », déclarait-il dimanche à la VRT.

En face, la contestation est allée crescendo : l’avocat de Salah Abdeslam s’est indigné, le Conseil supérieur de la Justice a protesté, enfin, dans une carte blanche publiée par L’Echo, une trentaine d’avocats réclament des excuses de la part du ministre, qui viole(rait) la séparation des pouvoirs, et exhortent le Premier ministre, Charles Michel, de le rappeler à l’ordre « sans ambiguïté et sans délai ». A voir.

Mardi, en conférence à la KU Leuven, Jan Jambon maintenait ses propos devant les étudiants, et ne voyait pas le problème. Les avocats sont fâchés, ils ne décoléreront pas, on en restera là. Ce n’est pas la seule catégorie sociale à s’énerver. Avant eux, les juges d’instruction se sont levés contre le projet de loi sur les visites domiciliaires (il signe le texte avec Theo Francken et Koen Geens), sans oublier les milieux culturels, qui se sont mobilisés contre l’intervention policière à Globe Aroma. Du monde.

Les sanctions

Pour ce qui concerne les commentaires visant la défense de Salah Abdeslam, « cela n’est pas compatible avec ce que devrait être la conduite d’un ministre », concluait Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel à l’Uliège, mardi dans ces colonnes. Mais aucun dispositif légal ne fera la différence. Mis à part les présumées excuses publiques, on n’attend rien. Quant à la sanction suprême en politique, électorale, là, on peut s’attendre à l’inverse : « Dans tout cela, Jan Jambon est gagnant », nous explique Dave Sinardet, politologue à la VUB, « car beaucoup ont le sentiment qu’il dit tout haut ce qu’une partie de la population pense tout bas, et il se pose en quelque sorte aux côtés des gens contre l’establishment… ». Le politologue poursuit : « La N-VA se présente en même temps comme un parti responsable, qui participe au gouvernement, et un parti anti-élites, aux accents populistes, par les déclarations de Jambon ou de Francken. De cette façon, elle fixe l’électorat plus à droite, du Vlaams Belang, tout en récupérant un électorat plus modéré, au CD&V notamment. Pour l’instant, ce jeu d’équilibriste leur réussit ».

Le MR

Après avoir indisposé les indépendants (certaines de leurs organisations ont protesté contre l’exonération fiscale de 500 euros pour les PME et critiqué la réforme de l’Isoc), la suédoise, on l’a dit, froisse les magistrats et les avocats, des catégories professionnelles qui ne sont pas acquises d’un bloc, mais, tout de même, où les libéraux-réformateurs puisent des voix et au sein desquelles opèrent des réseaux influents qui leur sont favorables. Jan Jambon et Theo Francken rapportent gros à la N-VA, pas sûr que le MR y trouve son compte. Sauf à penser qu’en durcissant le jeu, en montrant les muscles, les ministres N-VA réorientent vers le partenaire MR un électorat francophone de base, plus conservateur, plus à droite, donc que c’est win-win finalement. L’attitude au MR jusqu’à présent semble indiquer que cette option est prise au sérieux.

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