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De moins en moins de migrants arrivent en Italie, et c’est une question d’argent

logo de Express.be Express.be 2017-09-13 Audrey Duperron

Le nombre de migrants arrivés sur les rivages italiens en juillet a représenté moins de la moitié du nombre de ceux qui sont arrivés l'année dernière. En août, on a enregistré moins de 4000 arrivées, contre 21 000 en août 2016, le chiffre le plus faible enregistré en presque 2 ans. Personne ne sait pourquoi on observe cette baisse du nombre d'immigrants, mais certains observateurs proposent leurs explications, explique The Economist.

D'abord, l'Italie a formé et équipé des garde-côtes libyens, qui effectuent maintenant des patrouilles. Les conditions de navigation ont aussi été plus difficiles cette année. Mais deux miliciens de la ville orientale de Sabratha, soupçonnés d'avoir participé au trafic de migrants, affirment que l'Italie leur a donné de l'argent et des équipements pour qu'ils empêchent les bateaux de migrants de prendre la mer.

L'Italie réfute leurs déclarations. En revanche, elle admet travailler avec Fayez al-Serraj, le chef du gouvernement soutenu par les Nations Unies, basé à Tripoli. L'Union Européenne lui a confié des dizaines de millions de dollars pour se doter de garde-côtes et de services en charge de la lutte contre les trafiquants. Serraj aurait donc conclu des accords avec les trafiquants pour en faire des employés de l'État.

L'Italie aurait également essayé de conclure un accord avec les trafiquants qui contrôlent la route de Fezzan, une grande région désertique à la frontière du Tchad, de l'Algérie et du Niger, qui constitue la région la plus pauvre de Libye. C'est aussi une région riche en pétrole, qui produit 400.000 barils par jour, mais la population locale ne profite pas de cette manne, parce que les producteurs font venir leur personnel du Nord du pays.

Les tribus désœuvrées de Fezzan se sont donc tournées vers le trafic de migrants, qui leur rapporte probablement 1 milliard de dollars annuels.

En avril, le ministère de l'Intérieur italien a négocié avec 2 de ces tribus. Il a obtenu d'elles qu'elles cessent de se combattre et qu'elles travaillent ensemble pour contrôler les frontières. Et cela semble fonctionner. Selon les organisations caritatives, des dizaines de milliers de migrants sont maintenant bloqués en Libye.

© Fournis par Express.be

Le trafic d'essence préféré à la traite humaine ?

Claudia Gazzini, de l'International Crisis Group, un think tank de Bruxelles, propose une autre explication : les trafiquants ont substitué l'essence aux migrants. En effet, le carburant est fortement subventionné en Libye, et un litre d'essence ne coûte que 0,12 dollar au taux de change officiel, et seulement 0,02 cents sur le marché noir. Les trafiquants peuvent donc le vendre en Europe ou à la Tunisie voisine, et réaliser une grosse marge au passage. Ces ventes leur rapporteraient 2 milliards de dollars par an, une somme supérieure à toutes les aides que l'Union Européenne pourrait leur proposer.

On pense que les navires libyens partent du port de Zuwara, autrefois une plateforme du trafic de migrants, pour rejoindre les eaux internationales, où ils transfèrent leur cargaison à des pétroliers étrangers. Une équipe d'enquêteurs de l'ONU a rapporté en juin avoir vu des navires suspects.

Un autre intérêt de ce trafic, c'est qu'il ne sera probablement pas contrarié par les patrouilles des marines européens qui surveillent la Méditerranée. La raison en est simple : le trafic de carburant n'est pas stigmatisé comme le trafic humain, ou le trafic de drogue, qui ont un coût social bien plus important.

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