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OTAN en emporte le président

logo de Le Devoir Le Devoir 2018-07-12 Marie Vastel
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(Vidéo par FranceInfo)

Ceux qui craignaient que Donald Trump claque la porte de l’OTAN auront été soulagés, au terme de la première journée du sommet de Bruxelles mercredi. Mais même si le président américain n’a pas carrément désavoué le groupe, la stabilité de l’alliance n’est pas pour autant garantie, préviennent des experts.

Donald Trump a entamé la rencontre internationale fidèle à son habitude : en critiquant ses alliés et en les sommant d’en faire plus pour l’OTAN. Malgré cela, « ce n’était pas la catastrophe à laquelle on s’attendait. Donc c’est une bonne nouvelle », indique Elinor Sloan, de l’Université Carleton.

Sa collègue Stephanie Carvin souligne cependant que l’alliance de l’Atlantique Nord peut être minée par les simples menaces de Donald Trump. « Il peut y avoir beaucoup de dégâts, même sans que les États-Unis quittent l’OTAN », note cette professeure adjointe en relations internationales à l’Université Carleton. « Le simple fait que Trump laisse planer le doute quant à son engagement envers l’alliance, cela suffit à créer assez d’incertitude pour que Vladimir Poutine puisse se sentir enhardi. »

Le président américain avait passé le début de la semaine à reprocher à ses alliés de ne pas financer suffisamment leurs défenses nationales. « Bien franchement, [l’OTAN] les aide bien plus qu’elle nous aide nous. Alors, on verra ce qui arrivera », avait-il laissé tomber avant de quitter Washington pour Bruxelles mardi. Au sommet des 29 pays membres, mercredi, il dénonçait à nouveau ses alliés qui « ne payent pas ce qu’ils devraient ».

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord repose sur son principe fondateur voulant qu’une attaque contre l’un de ses membres soit une attaque contre tous, martèle Stephanie Carvin. « Il traite l’OTAN comme une sorte de racket de protection, où les pays membres doivent payer pour être protégés, autrement les États-Unis ne leur offriront plus cette garantie de sécurité commune. Et c’est important parce que c’est cette garantie qui assure la cohésion de l’OTAN, mais qui renforce aussi le pouvoir de dissuasion. » Sans la menace d’un front commun Europe-Amérique, Vladimir Poutine pourrait se permettre de perturber d’autres élections ou d’augmenter ses menaces contre l’Ukraine, craint Mme Carvin.

Elinor Sloan, elle aussi professeure d’affaires internationales à l’Université Carleton, se montre moins alarmiste et s’en remet au communiqué conjoint qu’ont publié les membres de l’alliance mercredi. Le groupe y réitère notamment que « l’OTAN reste le fondement d’une défense collective solide ». Un commun accord que ne pourra ignorer Vladimir Poutine, qui comprend bien, selon elle, que la rhétorique de Donald Trump était surtout destinée aux Européens et à son propre électorat américain.

Mais le risque pour l’OTAN demeure, convient-elle, si les alliés ne répondent pas à la demande du président américain d’augmenter grandement leurs dépenses en défense.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a continué de bousculer ses alliés au sommet de l’OTAN qui se tient à Bruxelles. © Brendan Smialowski Agence France-Presse Le président des États-Unis, Donald Trump, a continué de bousculer ses alliés au sommet de l’OTAN qui se tient à Bruxelles.

2 % ou 4 % de dépenses ?

Or, justement, le différend sur cette question ne s’est pas réglé mercredi. Loin de là. Le président américain en a plutôt rajouté, en sommant ses homologues de dépenser, non pas l’équivalent de 2 % de leur produit intérieur brut en matière de défense, mais 4 %. « Le président Trump veut que nos alliés partagent une plus grande part du fardeau et s’acquittent au minimum de leurs obligations déjà déclarées », a indiqué sa porte-parole Sarah Sanders.

Le communiqué conjoint ne fait pas mention de cette demande américaine. Il réaffirme simplement l’engagement dont ont convenu les pays en 2014, soit de cibler des dépenses équivalant à 2 % de leur PIB. L’atteinte de cet objectif n’y est pas garantie, malgré les récriminations de Donald Trump.

« À mon avis, le langage du communiqué n’est pas aussi fort que ce qu’auraient souhaité les États-Unis. Il est possible que M. Trump reprenne ce thème à court terme », appréhende Mme Sloan.

Et pour cause. Outre les États-Unis (qui dépenseront 3,5 % de leur PIB en défense l’an prochain), seule une poignée de pays atteindront le 2 % en 2018, selon les estimations de l’OTAN. Le Canada sera à 1,23 %, contre 1,36 % cette année. « Le gouvernement américain risque de maintenir la pression sur ses alliés », prédit Mme Sloan, qui reconnaît que le sort de l’OTAN est encore loin d’être réglé.

Une salve de reproches

Les critiques du président américain n’ont pas été sans heurts à Bruxelles. Rompant avec le ton policé de ses prédécesseurs, le président du Conseil européen, Donald Tusk, l’avait invité mardi à « mieux considérer » ses alliés, « car l’Amérique n’en a pas tant que ça ».

« La plupart des dirigeants ont reconnu qu’il fallait faire des efforts, mais ils ont jugé absurde l’approche comptable du président américain », a pour sa part indiqué le chef de la diplomatie du Luxembourg, Jean Asselborn, à l’Agence France-Presse.

Donald Trump s’en est en outre pris à l’Allemagne, l’accusant d’être à la solde de la Russie en raison de son projet de doublement d’un gazoduc entre les deux pays. « L’Allemagne, en ce qui me concerne, est prisonnière de la Russie parce qu’elle tire une grande partie de son énergie de la Russie », a lancé le président américain au secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, devant les caméras.

Malgré ces multiples remontrances du président Trump, Elinor Sloan ne craint pas qu’il quitte l’OTAN, car il en serait le plus grand perdant. « Il veut être en meilleure posture pour négocier avec Poutine et avoir un plus grand pouvoir de négociation. » Pour ce faire, Donald Trump a besoin d’une OTAN unie, qui envisagerait même d’augmenter ses dépenses en matière de défense grâce aux menaces du président.

Stephanie Carvin note, quant à elle, que les sénateurs républicains ont voté cette semaine pour appuyer l’alliance de l’Atlantique Nord. Elle se désole toutefois que la rhétorique du président vienne déstabiliser le groupe, au moment où celui-ci doit s’attaquer à d’importants problèmes : le terrorisme en Europe, la crise des migrants au sud de ses frontières, l’indexation de la Crimée par la Russie et la guerre hybride que mène le Kremlin en Ukraine. « Le contexte n’est pas favorable à une coopération internationale à un moment où nous avons vraiment besoin de coopération internationale sur une panoplie d’enjeux. »

Avec La Presse canadienne et l’Agence France-Presse

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