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Les groupes de médecine de famille devront donner plus de rendez-vous aux patients orphelins

logo de Le Devoir Le Devoir 2021-03-03 Marie-Eve Cousineau

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Le ministère de la Santé et des Services sociaux veut offrir aux patients orphelins un meilleur accès aux médecins de famille. Dans un document que Le Devoir a obtenu, il demande aux groupes de médecine de famille (GMF) de suivre cette clientèle en rendant « disponible, annuellement, un nombre de rendez-vous équivalent à 20 % de [leur] nombre de patients inscrits ». Des médecins jugent cette cible irréaliste.

Au Québec, près de 81% des citoyens ont un médecin de famille. Cette proportion diminue à 70% à Montréal. © Fred Tanneau Agence France-Presse Au Québec, près de 81% des citoyens ont un médecin de famille. Cette proportion diminue à 70% à Montréal. « Si on doit réserver ces plages pour des patients orphelins, ça veut dire que ces patients vont être pris en priorité et que nos propres patients inscrits devront aller consulter à l’urgence ou dans d’autres cliniques. Ce qui est un peu aberrant et ne fait pas de sens », dit le Dr Vincent Demers, directeur médical du GMF Neufchâtel, situé à Québec.

Dans la communauté médicale, le « Plan de transition pour les groupes de médecine de famille (GMF), les groupes de médecine de famille réseau (GMF-R) et les groupes de médecine de famille universitaire (GMF-U) pour la période du 1er avril 2021 au 31 mars 2022 » suscite beaucoup de réactions.

La Dre Karine Benoit, qui pratique notamment au GMF du Suroît, situé à Salaberry-de-Valleyfield, souhaite que le gouvernement revoie à la baisse cette cible de 20 %. Environ 15 000 patients sont inscrits à sa clinique, qui regroupe 11 médecins. Pour respecter ses nouvelles obligations, le GMF devra offrir 3000 plages de rendez-vous à des patients orphelins.

« C’est donc huit plages par jour, ce qui représente un peu moins du tiers de nos plages au “sans rendez-vous” la semaine et les deux tiers de nos plages la fin de semaine », précise la Dre Karine Benoit. Nos patients [inscrits] vont se retrouver avec une offre moindre. »

 

La Dre Karine Benoit rappelle que son GMF, comme les autres, est tenu de maintenir un taux d’assiduité minimal : les patients inscrits qui présentent un problème de santé non urgent doivent consulter un médecin du GMF 80 % du temps (et non se rendre à l’urgence). « On est pris entre l’arbre et l’écorce », dit-elle.

La médecin craint de devoir délaisser sa pratique à l’hôpital du Suroît et de cesser d’offrir des consultations à domicile à ses patients âgés, afin de voir davantage de patients inscrits à son cabinet et ainsi compenser la perte de disponibilité au « sans rendez-vous ».

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on estime que ce nouveau plan doit être modifié. Le regroupement est en discussion avec le MSSS à ce sujet. « Tu ne peux pas être [présent à] 100 % pour ta clientèle inscrite et 100 % là pour la clientèle orpheline, explique son directeur des communications Jean-Pierre Dion. Il faut trouver un équilibre. C’est clair pour nous qu’on ne peut pas aller de l’avant [avec un plan] tel quel. » La FMOQ souligne toutefois qu’elle souhaite que la population ait accès à des soins.

Au Québec, près de 81 % des citoyens sont inscrits auprès d’un médecin de famille, selon le MSSS. Le gouvernement veut que cette proportion atteigne 85 %.

L’accès à un médecin de famille, souligne le cabinet du ministre de la Santé Christian Dubé, demeure un « enjeu prioritaire ». « Les discussions [avec la FMOQ] se déroulent sous le signe de la collaboration, dit son attachée de presse Marjaurie Côté-Boileau. Toutefois, nous serons fermes sur les objectifs et les livrables attendus. La population du Québec est en droit de recevoir ces services de première ligne. »

Réorganiser la pratique

Régis Blais, professeur titulaire au département de gestion, d’évaluation et de politique de santé de l’Université de Montréal, croit que Québec « fait bien » de s’attaquer à ce problème des patients orphelins. Selon lui, les médecins pourraient atteindre la cible de 20 % prévue dans le nouveau plan. « C’est réaliste si on réorganise le travail », estime-t-il.

Les médecins de famille doivent revoir leur pratique, signale Régis Blais. « Je comprends les médecins de dire, “on n’a pas le temps, on est déjà débordés”. D’accord. Mais “on est débordés”, ça dépend de ce qu’on fait. Si un médecin voit un patient qui pourrait être vu par quelqu’un d’autre, c’est du temps qui n’est pas utilisé de façon optimale. »

 

Des consultations pourraient être évitées, d’après lui. « On sait qu’à peu près 3,5 % des visites médicales, c’est pour des rendez-vous annuels non nécessaires, indique Régis Blais. Il y a des patients qui sont vus, mais qui n’ont aucun problème de santé, pas d’antécédent et pas de raison particulière [pour consulter]. C’est comme un tune up sur une voiture. »

 

Régis Blais rappelle qu’un médecin « est formé pour voir des malades ». « Des personnes en [bonne] santé peuvent être vues par d’autres personnes, dit-il. Des études montrent que 80 % du travail fait par un omnipraticien peut être fait par une infirmière praticienne spécialisée [IPS] formée. »

Le Dr Daniel Murphy, directeur médical du GMF-U de Verdun, estime que les IPS font partie de la solution. Depuis le 25 janvier, ces professionnelles peuvent diagnostiquer des maladies et faire des plans de traitement pour des maladies comme le diabète, l’hypertension, l’asthme et les maladies pulmonaires obstructives chroniques.

Le médecin compte aussi recourir aux pharmaciens communautaires. « Je peux leur demander des suivis pour l’hypertension et qu’ils ajustent la médication, dit le Dr Daniel Murphy. Ça me sauve des rendez-vous. »

Le nouveau plan inquiète tout de même le Dr Daniel Murphy. Il espère que le gouvernement inclura dans sa cible de 20 % les consultations offertes par des infirmières ou des pharmaciens de GMF à des patients orphelins. « Ça enlèverait un peu de pression sur les médecins de famille, dit-il. À Montréal, près de 70 % des gens ont un médecin de famille. »

Dans son plan de transition, le MSSS indique que les GMF bénéficieront d’un « soutien à la pratique » afin d’atteindre la cible de 20 %. « [Ce soutien se] traduira, à terme, par l’octroi de ressources (infirmière auxiliaire, technicienne ou clinicienne, ressource cléricale ou administrative) ou par un financement de l’établissement dans le but de procéder à l’embauche de ressources hors établissement », ajoute-t-on dans le document.

Selon le MSSS, les GMF devront « implanter progressivement » cette nouvelle mesure destinée à mieux desservir les patients orphelins.

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