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« M. Couillard a manqué de vision » - Gérard Bouchard

logo de ici.radio-canada.caici.radio-canada.ca 2017-02-17 Radio-Canada
Gérard Bouchard maintient sa position sur les signes religieux © Yan Remiorz Gérard Bouchard maintient sa position sur les signes religieux

Le sociologue Gérard Bouchard déplore que le premier ministre Philippe Couillard n'ait pas saisi l'occasion qui s'offrait à lui de doter le Québec d'une loi régissant le port des signes religieux ostensibles pour les juges, les procureurs de la Couronne, les policiers et les gardiens de prison.

« On était sur le point de réaliser quelque chose d’important , à mon avis, et maintenant ça ne se produira pas, à déploré l'ancien co-président de la commission Bouchard-Taylor. Je pense que c’est la responsabilité de M. Couillard », a-t-il dit en entrevue à Radio-Canada

Le Québec avait l’occasion de créer « une sorte de précédent dans les sociétés occidentales », soutient le sociologue, puisque « peu de sociétés sont parvenues à trouver des solutions en matière de signes religieux ».

M. Bouchard reproche à M. Couillard d’avoir profité de la volte-face de Charles Taylor, l’autre coprésident, pour se justifier de ne pas légiférer en matière de port de signes religieux pour les agents de l'État détenant un pouvoir de coercition.

Le sociologue reproche au premier ministre d’avoir utilisé cette volte-face pour tourner le dos au consensus – articulé autour des conclusions du rapport de la Commission Bouchard-Taylor - qui se dessinait sein de la classe politique.

« Surtout au lendemain de la tragédie de Québec où on avait entendu autant de déclarations de bonnes intentions, d’une volonté de se rapprocher », a-t-il a nouveau déploré. Il estime que le Parti québécois et la Coalition avenir Québec avaient, eux, accepté de se replier sur la position de la Commission Bouchard-Taylor.

« Les deux partis [PQ et CAQ] avaient fait leur bout de chemin, Québec solidaire n’avait pas besoin de bouger parce qu’ils s’étaient toujours montrés d’accord avec notre rapport sur ce point-là. Il ne restait plus rien que M. Couillard », a-t-il souligné.

« Si M. Couillard avait accepté de jeter un peu de lest, je pense que les conditions étaient réunies pour une entente », avance-t-il. Le consensus n’a pas eu lieu et M. Couillard « est revenu avec une rigidité accrue », estime M. Bouchard.

Une question de principes

Le sociologue maintient, dans une lettre d’opinion, qu’il est essentiel de légiférer sur le port des signes religieux pour « garantir que les agents autorisés à infliger une violence physique à des citoyens soient mis à l’abri de toute apparence de partialité ».

« J’endosse cette proposition aussi parce que des juristes consultés en 2008 assuraient qu’elle se défendait bien sur un plan juridique, écrit-il.

M. Bouchard reproche au premier ministre, qui s'oppose à une telle mesure, de fonder sa réflexion sur son aversion pour toute forme de « discrimination vestimentaire », alors que son propre projet de loi 62, dans sa forme actuelle, est en contradiction flagrante avec cette idée puisqu'il « interdit de recevoir ou de rendre un service de l’État à visage couvert ».

Retour à la case départ

Le gouvernement du premier ministre Couillard n'a désormais aucune intention d'introduire dans son projet de loi 62 l’interdiction des signes religieux pour les agents de l'État exerçant un pouvoir de coercition.

Le consensus ayant échoué, M. Bouchard estime que les partis politiques reviendront sur leurs positions initiales et que le débat sur les signes religieux reprendra de plus belle au Québec.

Alors que M. Taylor souhaitait « éviter le retour à des débats émotifs susceptibles de déraper et de blesser des Québécois », il semble que son intervention aura l’effet inverse, estime M. Bouchard.

« Il est probable que le PQ et la CAQ voudront maintenant reprendre leurs billes, avance M. Bouchard. Le débat sur les signes religieux est relancé au moins jusqu’aux prochaines élections et peut-être au-delà. »

Après le consensus dégagé en 2008 dans le rapport de la commission portant leurs noms, les deux coprésidents se retrouvent maintenant dos à dos, à l’instar de la classe politique. « Le Québec risque d’être une autre fois enfoncé dans l’âcre querelle qui le divise depuis une quinzaine d’années », déplore M. Bouchard.

Enfin, conclut-il, puisque la conjoncture favorable à une entente s'est défaite sur la question des signes religieux, il appelle à consacrer ses énergies à la lutte contre la discrimination et le chômage chez les immigrants, aux rapprochements interculturels et à « vider enfin le panier de crabes des accommodements ».

M. Bouchard applaudit le projet de loi 98 qui vise à faciliter l'intégration des immigrants au marché du travail, mais il précise que ces mesures étaient contenues dans le rapport de la Commission Bouchard-Taylor, en 2008, et qu'elles étaient restées lettre morte jusqu'ici.

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