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À Montréal, le corps médical continue de résister à l'aide à mourir

logo de Le Devoir Le Devoir 2017-03-15 Isabelle Paré
© Getty Images

Même si les demandes d’aide à mourir ont bondi depuis six mois au Québec, le pourcentage de refus est à la hausse et l’accès à ce soin de fin de vie reste toujours plus ardu dans la région de Montréal, et plus particulièrement dans les hôpitaux universitaires.

 

Un examen des derniers rapports déposés sur l’aide à mourir par les établissements de santé pour la seconde partie de l’année 2016 démontre notamment que moins de patients ont pu recevoir l’aide à mourir dans la totalité des hôpitaux de Montréal que dans la région « 450 », et nettement moins que dans la région de Québec, toutes proportions gardées.

 

En fin de compte, il s’est réalisé au total 57 procédures d’aide à mourir durant les six derniers mois de 2016 dans les huit CIUSSS, CISSS et centres hospitaliers universitaires (CHU) de Montréal, comparativement à 75 dans les régions de la Montérégie et de Laval combinées. Hormis au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, où ont été réalisées près de 40 % (22) des demandes d’aide à mourir sur l’île de Montréal, cette option demeure accessible au compte-gouttes, notamment au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île, et au CIUSSS Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui affichent les plus faibles nombres d’aides à mourir autorisées en région urbaine.

 

« Ça reste très, très fermé, notamment dans la région ouest de Montréal et dans les hôpitaux universitaires, où il y a de très fortes poches de résistance. Et là, on parle des demandes officielles, mais il y a aussi des gens qui se font décourager avant même de le demander officiellement », affirme Me Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en droit des patients.

 

Au CUSM, sur onze demandes d’aide à mourir formulées en six mois, seulement six ont été administrées, quatre ont suivi leurs cours au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île (dont trois à domicile, hors de l’hôpital) et seulement trois au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île. Au CIUSSS Nord-de-l’Île, qui regroupe plusieurs hôpitaux, dont Sacré-Coeur, Jean-Talon et Fleury, seulement trois demandes ont été acceptées et six n’ont pas eu de suites. Le porte-parole de ce centre de santé, Hugo Larouche, a affirmé que l’accès à des médecins n’était pas en cause dans ce faible nombre, et que les cas de refus s’expliquaient d’abord par le décès des patients en cours d’évaluation.

 

Des résistances

 

L’été dernier, Le Devoir avait révélé que le CUSM avait adopté illégalement une politique sur les soins de fin de vie excluant d’emblée que l’aide à mourir soit administrée dans son unité de soins palliatifs. Interrogée mardi sur le nombre toujours peu élevé de demandes autorisées, la porte-parole du CUSM, Vanessa Damha, a souligné que cette politique avait été revue depuis et que l’aide à mourir « était désormais accessible dans toutes les unités du centre universitaire ». Pourtant, le portrait n’a guère changé.

 

Seul le CHUM, qui a accédé à la demande de quinze patients, comparativement à six lors des six premiers mois d’application de la loi, semble avoir sensiblement amélioré l’accès à ce nouveau soin prévu par la loi.

 

Selon le Dr Michel Boivin, président du Groupe interdisciplinaire de soutien (GIS) du CHUM, un comité destiné à faciliter l’implantation de la loi sur l’aide à mourir dans les établissements, « la collaboration de l’unité de soins palliatifs [du CHUM] est désormais acquise et l’aide à mourir se fait dans toutes les unités où sont traités les patients ».

 

Ce dernier dit pouvoir désormais compter sur une équipe d’une quinzaine de médecins du CHUM pour collaborer à l’évaluation des patients désirant l’aide à mourir. Mais ce n’est pas suffisant, assure-t-il. « Il faut sensibiliser plus de médecins qui n’ont pas été formés pour ça, car la société évolue et cela va faire de plus en plus partie de la pratique », estime ce gastro-entérologue, qui dit avoir lui-même beaucoup appris au cours de la dernière année en procédant à l’évaluation des demandes de plus d’une douzaine de patients.

 

« Je suis très surpris du degré de réflexion des patients sur ce sujet. Souvent, le patient est très serein et convaincu de cette décision, mais ça reste difficile pour les familles [avant la procédure]. Mais finalement, il y a au bout du compte un très grand soulagement et un très grand respect qui se dégage de cela pour les proches », dit-il.

 

Un accès facilité dans certaines régions

 

Tout compte fait, la décision des malades en fin de vie qui souhaitent obtenir l’aide à mourir semble beaucoup plus aisée pour les patients résidant dans les régions de la Capitale-Nationale (68 demandes autorisées au total au CHU, au CIUSSS de la Capitale-Nationale, à l’Institut de cardiologie de Québec), de la Mauricie et du Centre-du-Québec (14), des Laurentides (13), de Lanaudière (22) et de Chaudière-Appalaches (14). Le nombre de demandes d’aide à mourir a d’ailleurs plus que doublé en six mois dans cette dernière région et dans l’ouest de la Montérégie.

 

Des refus plus nombreux

 

Par ailleurs, même si le nombre de demandes d’aide à mourir a bondi, le taux de refus est passé de 33 % à près de 37 %. En effet, le taux de demandes refusées ou non administrées parce que la mort du patient ou sa condition l’a rendu inapte à donner son consentement avant de recevoir ce soin de fin de vie est en progression. Les établissements qui présentent les plus forts taux de demandes « non administrées » sont le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean (66 %), de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal (71 %), du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal (57 %), du Nord-de-l’Île (66 %), alors que les CISSS de l’Estrie (25 %), de la Capitale-Nationale (20 %) et les CIUSSS de la Montégérie Est, Centre et Ouest (17 %, 14 %, 11 %) affichent les plus faibles taux de refus.

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