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Affaire Cédrika Provencher: des détails sur l’enquête finalement rendus publics

logo de Le Nouvelliste Le Nouvelliste 2018-07-12 Nancy Massicotte - Le Nouvelliste
© SYLVAIN MAYER

Trois-Rivières — La traque policière dont Jonathan Bettez a fait l’objet au cours des dernières années est d’une ampleur sans précédent dans la région.

Les policiers de la Sûreté du Québec n’ont en effet pas lésiné sur les moyens pour tenter de recueillir des preuves contre lui en lien avec l’enlèvement et le meurtre de Cédrika Provencher. À ce jour, il le considère comme le suspect principal dans cette histoire même si aucune accusation n’a été portée contre lui. Leur enquête a cependant permis de l’arrêter pour des présumés crimes de pornographie juvénile.

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Bettez a refusé le test du polygraphe à trois reprises

Les documents qui ont finalement rendus publics dans le cadre des audiences préparatoires en vue de son procès au terme de procédures impliquant les avocats de La Presse et Radio-Canada ont permis d’en apprendre plus sur les techniques d’enquête utilisées autant que sur la vie et les habitudes de cet individu dont le visage a fait le tour du Québec.

Surveillance physique, filature, géolocalisation, écoute électronique, installation de caméras cachées, entrées subreptices, vérifications informatiques et même un vaste projet d’infiltration qui a nécessité 25 scénarios.

Au départ, Jonathan Bettez été identifié au départ comme un suspect potentiel dans l’enlèvement de Cédrika Provencher parce qu’il était le propriétaire d’une Acura Rouge TSX qui correspondait à la description d’un véhicule suspect aperçu dans le secteur.

Rappelons que la petite avait quitté à vélo avec sa sœur le domicile familial le 31 juillet 2007 vers 18 h15 pour aller jouer. Elle devait revenir à 20 h 45 mais ce ne fût pas le cas. Son vélo avait été retrouvé vers 20 h30, appuyé sur une borne-fontaine au coin des rues Chapais et Chabanel à Trois-Rivières.

Dans le cadre de l’enquête sur la disparition, des gens ont affirmé avoir vu une Acura rouge dans le secteur au cours de cette soirée. Le véhicule a aussi été capté par les caméras de surveillance au garage Irving .situé sur le boulevard des Forges à 19 h 41.

Les policiers se sont donc mis à la recherche d’une Acura TSX rouge 2004. Les policiers en ont recensé 258. Parmi elles, six correspondaient spécifiquement à la description de la voiture recherchée sauf que tous les propriétaires avaient un alibi. Seul Jonathan Bettez n’en avait pas.

Il a d’ailleurs été rencontré à sept reprises entre le 6 septembre 2007 et le 24 octobre 2007 dans le but d’établir et de contrôler son alibi.

Toujours selon la policière qui a rédigé les affidavits, il a raconté aux policiers avoir joué un neuf trous au golf vers 16 h 30 le 31 juillet. Vers 19 h 30, il s’est ensuite rendu chez ses parents pour faire l’entretien de la piscine et des plantes mais comme sa tante était déjà sur place, il est retourné chez lui. Cette dernière a plus tard mentionné ne pas l’avoir vu. Bettez a aussi affirmé ne pas s’être rendu dans le secteur où l’enlèvement a eu lieu. Il confirme être le seul à avoir utilisé son véhicule le 31 juillet.

Lors de la première rencontre du 6 septembre 2007, il a accepté que les policiers procèdent à la fouille de son Acura. Par contre, celle-ci était au garage. Elle y est restée du 4 au 7 septembre. Et selon une facture recueillie plus tard par les policiers, auprès de Carrosserie Marc Pilon, du travail a été effectué à l’arrière. On peut y lire entre autres : « éliminer déchets dangereux ». Ce n’est en décembre 2007 en vertu d’un mandat que les policiers ont pu faire des expertises sur le véhicule.

Dans les déclarations policières, on peut y lire : «Personne n’a été en mesure de valider son alibi entre le moment où il quitte le golf le 31 juillet 2007 vers 18 h 30-19 h , et le 1er août 2007 à son retour au travail.»

Vaste projet d’infiltration

L’une des techniques d’enquête utilisées a consisté à mettre en place un vaste projet d’infiltration à partir de juin 2009. Pas moins de 25 scénarios d’infiltration ont été planifiés auprès de Jonathan Bettez pour tenter d’obtenir des renseignements pertinents à son sujet.

Les enquêteurs de la Sûreté du Québec lui ont tout d’abord fait croire qu’il avait remporté un concours dont le prix était un séjour à l’hôtel Fairmont du Mont-Tremblant, ce qui incluait les repas, des parties de golf et le transport en limousine. La formule était valide du 31 juillet au 2 août 2009.

C’est ainsi que plusieurs agents d’infiltration ont été mis à contribution autour de Bettez tel que le chauffeur de la limousine, une hôtesse de l’hôtel, les autres gagnants du concours et toutes les personnes qui vont interagir avec l’agent principal.

Ce dernier a en effet eu pour mission de se lier d’amitié avec Jonathan Bettez lors de ce week-end. Au fil des activités, il atteindra son objectif puisqu’ils s’échangeront leur numéro de téléphone et conviendront de se revoir.

Alors que les deux hommes jouent au golf le 2 août 2009, ils passent à proximité d’une maison et voient une jeune fille d’environ 10-12 ans en bikini dans une fenêtre. Jonathan Bettez a dit à l’agent: «As-tu vu le bikini?» Après une pause, Jonathan Bettez a ajouté: «Elle est un peu jeune», peut-on lire dans les documents de cour.

Dans les mois qui vont suivre, plusieurs autres scénarios seront mis en place dans la région de Trois-Rivières mais aussi à Québec et Montréal. Les hommes jouent au golf, vont souper au restaurant, sortent dans des bars et assistent à des parties de hockey.

Bettez lui parle de sa passion pour le poker et du fait qu’il joue trois à quatre heures par jour. Il avoue avoir perdu 20 000$ à Noël de l’année 2008. L’agent lui propose au départ de l’accompagner dans certaines « rencontres d’affaires » pour lui donner des conseils. Il promet de le rémunérer. Bettez accepte.

Il remettra ainsi des enveloppes à des soi-disant clients de son « ami ». À un certain moment, Bettez manifeste sa réticence sur la réelle teneur de ses activités mais l’agent le rassure en lui disant qu’il ne vend pas de drogue. Il lui donnera entre autres 1000$ et une caisse de vin pour aller porter une enveloppe.

C’est Bettez qui proposera à l’agent de faire de l’argent rapidement au poker. Il dit rêver de devenir un joueur professionnel sur le web mais qu’il a besoin de 15 000$ pour jouer à son plein potentiel. Quelques jours plus tard, l’agent d’infiltration lui remet l’argent comptant en lui disant qu’il lui la lui prête car «c’est son chum et qu’il souhaite qu’il fasse un million.»

En échange, il le prévient que lorsqu’il aurait besoin d’un coup de main, il compte sur lui. Effectivement, Bettez lui rendra certains petits services comme des livraisons et de la surveillance mais il sera rémunéré par l’agent qui déduira son salaire du 15 000 $. En août 2010, Jonathan Bettez décide par contre de prendre ses distances car il n’est plus à l’aise avec les « activités mystérieuses et le mode de vie de cet homme ». Il lui remet les 13 000$ qu il lui doit. La SQ n’a alors d’autre choix que de mettre fin à cette opération d’infiltration.

D’autres détails à venir

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(Vidéo par Radio-Canada.ca)

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