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Le Canada se rappelle maintenant la nature mondiale du commerce

logo de Le Devoir Le Devoir 2018-01-12 Éric Desrosiers
Le premier ministre Justin Trudeau était de passage à Washington, en octobre. Seul, le Canada n’a pas les moyens de jouer les gros bras face à la superpuissance américaine. © Drew Angerer Getty Images Agence France-Presse Le premier ministre Justin Trudeau était de passage à Washington, en octobre. Seul, le Canada n’a pas les moyens de jouer les gros bras face à la superpuissance américaine.

Le Canada s’est fait plaisir en lâchant une bombe contre les États-Unis à l’OMC. Reste maintenant à voir comment cette approche servira sa cause commerciale à court et plus long terme.

La nouvelle a retenti comme un coup de tonnerre dans le petit univers feutré de la diplomatie commerciale. Il n’est pas rare qu’un pays en accuse un autre de pratiques commerciales déloyales et saisisse de l’affaire le plus important tribunal international en la matière, c’est-à-dire le mécanisme de règlement des différends de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais mercredi, il était question du Canada qui accusait son principal partenaire commercial, et plus grande économie du monde, de systématiquement violer les règles de l’OMC au détriment de l’ensemble de la communauté internationale.

Les pratiques rapportées dans le document de 32 pages, qui cite six grands types de violation illustrés par des dizaines d’exemples concernant plus d’une trentaine de pays, ne sont pas nouvelles. Cela fait des années qu’on accuse les États-Unis d’utiliser son droit d’imposer des droits antidumping et compensatoires de façon malhonnête afin de perturber à son avantage les secteurs visés, d’asphyxier financièrement la concurrence étrangère et d’essayer de permettre aux entreprises américaines de ne profiter que des avantages du libre-échange. L’arrivée à la Maison-Blanche d’un nouveau gouvernement ouvertement protectionniste et fier de sa conception agressive des relations commerciales est en voie cependant d’aggraver singulièrement le problème.

Le dévoilement, cette semaine, par l’OMC, de la plainte déposée presque un mois auparavant par le Canada est tombé le même jour que des sources gouvernementales canadiennes faisaient courir la rumeur qu’Ottawa craint de plus en plus que Donald Trump mette bientôt à exécution sa menace de retirer son pays de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, n’a démenti qu’à moitié ces rumeurs jeudi, répétant pour une énième fois que le Canada espère toujours obtenir une entente, mais qu’il « se prépare au pire » dans la renégociation du traité censée se conclure avant le mois de mars et où le fossé entre les États-Unis et ses deux partenaires canadien et mexicain semble ne pas cesser de se creuser.

Appel à des alliés

Si l’envie du Canada de dire à Donald Trump ses quatre vérités est facile à comprendre, on doit se demander ce que la souris canadienne pense pouvoir gagner en allant sur la scène mondiale placer ce gros pétard sous l’éléphant américain !

À court terme, le gouvernement Trudeau s’est simplement rendu compte, avec le pourrissement des conflits autour du bois d’oeuvre, de la CSeries de Bombardier et du papier journal, que son approche, basée sur le dialogue et la conciliation avec le gouvernement Trump, ne marchait pas et a décidé de passer au plan B, a avancé jeudi un chroniqueur du Globe and Mail. Le ministre canadien du Commerce international, François-Philippe Champagne, a semblé accréditer cette hypothèse en déclarant jeudi : « Quand les gens voient que vous êtes fermes, vous gagnez le respect. »

Seul, le Canada n’a évidemment pas les moyens de jouer les gros bras face à la superpuissance américaine. Il n’a toutefois échappé à personne à l’OMC que la façon dont sa plainte a été formulée équivalait à un appel du pied à l’intention des autres membres de la communauté internationale qui voudraient se rallier à sa cause, notamment en Europe, au Japon et en Chine.

Des analystes ont observé que les rumeurs qu’on a fait circuler sur l’échec probable de la renégociation de l’ALENA permettaient à Ottawa de préparer le coeur des Canadiens, mais aussi de les rassurer en disant que leur gouvernement est prêt à toutes les éventualités. On pourrait ajouter qu’elles servent aussi d’appel à l’aide auprès des nombreux alliés politiques et économiques que l’ALENA compte toujours aux États-Unis afin qu’ils s’activent et exercent le maximum de pression possible sur le gouvernement Trump à la veille de la sixième et extrêmement délicate ronde de négociations à Montréal dans deux semaines.

Une planète

À plus long terme, le coup d’éclat du Canada à l’OMC de cette semaine ramène aussi à l’avant-scène une approche multilatérale en perte de vitesse depuis plusieurs années. Jusqu’à présent, le gouvernement Trudeau avait beaucoup laissé entendre que, quoi qu’il arrive, les deux voisins et amis nord-américains finiraient bien par trouver une entente commerciale mutuellement satisfaisante, quitte à ce que ce soit seulement à deux. Son appel maintenant aux règles et à l’arbitrage d’une organisation internationale, comptant plus de 160 pays membres représentant 98 % du commerce mondial, rappelle non seulement que sa meilleure arme pour se défendre ne sera jamais la force, mais la règle de droit, mais aussi qu’en matière de commerce — comme d’environnement, de terrorisme, de paradis fiscaux ou d’immigration —, les problèmes, comme leurs solutions, ne sont pas bilatéraux, mais mondiaux.

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