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Le retour des Sénateurs... à Ottawa

logo de ici.radio-canada.caici.radio-canada.ca 2017-04-21
Le retour des Sénateurs... à Ottawa© Jana Chytilova Le retour des Sénateurs... à Ottawa

Cela fait plus de 20 ans que les partisans des Sénateurs d'Ottawa se rendent dans le secteur de Kanata pour voir jouer leurs hockeyeurs favoris. Avec un possible nouvel amphithéâtre au centre-ville, la formation pourrait bien redevenir une équipe urbaine.

Un texte d’Antoine Trépanier

25,5 km. C’est la distance que doit parcourir le maire Jim Watson de son bureau à l’hôtel de ville jusqu’au Centre Canadian Tire, à Kanata. Aucun maire d'une ville comportant une équipe de la Ligue nationale de hockey (LNH) ne devra parcourir pareille distance au lancement de la saison 2017-2018.

Mais ses moments dans le trafic ottavien pourraient bientôt être chose du passé.

En étant sélectionné par la Commission de la capitale nationale (CCN) pour le réaménagement des plaines LeBreton, le groupe d’Eugene Melnyk, le riche propriétaire des Sénateurs, a presque la main mise sur un projet qui pourrait gonfler non seulement les chiffres d’affaires de son entreprise et sa richesse personnelle, mais aussi transformer une ville dans son ensemble.

Et le maire d’Ottawa serait le premier à célébrer.

Ottawa et l’Amérique

À leur retour à Ottawa en 1992, les Sénateurs ont foulé la glace du Centre civique, tout juste à l’extérieur du centre-ville. Il s'agissait là d'un domicile somme toute assez accessible.

En emménageant quelques années plus tard au Palladium, les Sénateurs ont aidé à développer un nouveau secteur, aujourd’hui l’un des plus dynamiques de la ville, selon les élus municipaux. Mais, ils ont aussi ajouté du kilométrage sur l'odomètre du véhicule de nombreux amateurs.

En moyenne, les amphithéâtres accueillant les équipes de la LNH pour la saison 2017-2018 sont situés à 4,13 km de l’hôtel de ville locale. L’hôtel de ville, généralement un centre névralgique d’une municipalité, est parfois à bonne distance du quartier des affaires ou des spectacles.

Les Golden Knights de Las Vegas auront leur domicile à Paradise, un quartier de Vegas. Les 11,6 km les séparant de l’hôtel de ville sont toutefois trompeurs, puisque l’équipe a élu domicile au T-Mobile Arena, sur la « strip », l’un des boulevards les plus célèbres du monde.

C’est là qu'on retrouve les grands hôtels, les casinos et autres salles de spectacles de Vegas.

« Évidemment, si vous l’amenez dans un site au centre-ville avec des critères favorables, c’est-à-dire près des grands hôtels, près de l’animation urbaine, des restaurants, magasins, alors oui ça peut être intéressant », explique Michel Archambault, professeur émérite au Département d'études urbaines et touristiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Selon une étude menée par des chercheurs de l’Université d’Ottawa, la présence des Sénateurs a un impact économique annuel de 204 millions de dollars pour la région, en étant à 25,5 km du centre-ville.

À Montréal, la firme KPMG évalue à 2,9 millions le nombre de visiteurs au Centre Bell, bon pour une contribution de 338 millions de dollars à l'économie québécoise.

À Winnipeg, l'aréna des Jets a « relancé la ville », selon le directeur de l’Institut des études urbaines de l’Université de Winnipeg.

« Le centre-ville avait plus besoin du MTS Center que l’inverse. L’économie du centre-ville de Winnipeg était morose et d’avoir un projet catalyseur qui pouvait amener des restaurants, des bars des magasins, c’était très important pour le centre-ville et toute la ville », soutient Jino Distasio.

Le nouveau projet des plaines LeBreton, qui pourrait prendre forme en 2021, amènerait un nouveau souffle à l’économie de la capitale nationale. Une nouvelle dimension même.

« Ce serait un ‘’game changer’’ pour la ville et la destination. Absolument », tranche le vice-président de Tourisme Ottawa, Glenn Duncan.

Le groupe des Sénateurs d'Ottawa et la CCN sont en pourparlers en ce qui a trait à l'avenir du site. Si les deux parties s'entendent, les promoteurs iront de l'avant avec leur projet de quartier de divertissement. Si les discussions achoppent, la CCN se tournera vers un autre groupe.

Le dénouement de ces négociations pourrait être connu d'ici la fin de l'année, mais difficile à dire. Les deux parties restent de glace dans ce dossier.

M. Duncan soutient que, présentement, la situation est tout à fait acceptable, mais qu’un projet estimé à 3 milliards de dollars comme celui du groupe piloté par Eugene Melnyk amènerait une nouvelle dimension.

« Je ne vois pas comment l’impact des Sénateurs pourrait être amoindri avec un nouveau quartier de divertissement. Ce serait en croissance », affirme-t-il.

Il cite notamment les villes de Columbus, en Ohio, et de Los Angeles pour illustrer ce qu’un nouveau quartier de divertissement peut amener à une ville. Et il ne passe pas sous le silence le cas d’Edmonton.

L’exemple d’Edmonton

Jim Turner était conseiller municipal pour le secteur du centre-ville d’Edmonton de 1995 à 2001. Au moment de son élection, il raconte que la ville était en pleine décrépitude.

« Le centre-ville était au point le plus mort de son histoire », dit-il, encore découragé.

Le vieux Rexall Place du nord de la municipalité n’avait pas rempli la mission qu’on lui avait donnée en 1974 : dynamiser le secteur de la ville avec les Oilers d’Edmonton. Dans les années 1980, les victoires de l'équipe en finales de la Coupe Stanley se sont multipliées, mais les projets de développement dans un rayon de 5 km du centre-ville étaient inexistants.

Puis, 2001 arriva. Jim Taylor est alors nommé directeur général de l’Association de développement économique du centre-ville. Son mandat, titanesque, était de revitaliser le centre-ville.

En 2005, Cal Nichols, alors propriétaire des Oilers a convaincu la Ville d'Edmonton de mettre en place un comité pour étudier la possibilité de déménager le Rexall Place au centre-ville. Sans nouvel aréna, fini l’aventure des Oilers.

En 2007, le rapport est tombé. Un nouvel aréna était impératif. Les années qui ont suivi ont été rocambolesques pour M. Taylor et les promoteurs du projet.

Neuf ans plus tard, l’aréna est construit. Connor McDavid et ses coéquipiers ont foulé pour la première fois la glace du Rogers Place, un amphithéâtre d’environ 500 millions de dollars qui appartient à la Ville et qui est la pièce maîtresse d’un plan urbain qui atteindra les milliards de dollars. Tour à condos, hôtels, restaurants, magasins. Bref, tout virevolte dans ce secteur.

Aujourd’hui, les autorités municipales et les promoteurs évaluent à environ 4 millions le nombre de nouveaux visiteurs à Edmonton depuis la construction du Rogers Place, il y a un an.

« Ça a littéralement changé la ville. Nous sommes passés d’une ville moribonde en 1995 à une année historique en 2015, sur le plan du développement [des] constructions résidentielles et commerciales et [de] l’économie en général. Juste à cause de l’amphithéâtre », explique M. Taylor, qui a récemment pris sa retraite, une fois la construction complétée.

Et Kanata dans tout cela?

Dans les derniers mois, le propriétaire des Sénateurs a réitéré qu’il ne se débarrasserait jamais de son équipe et que si le projet aux plaines LeBreton ne devait pas aboutir, il resterait au Centre Canadian Tire.

Après tout, l’édifice lui appartient et seul lui en contrôlera sa destinée. Et c’est peut-être cela qui inquiète le plus les résidents de Kanata.

Des idées sont lancées : un planétarium, un genre de Biodôme, un centre d’attraction comme le West Edmonton Mall. La réponse viendra uniquement du portefeuille d’Eugene Melnyk.

Le conseiller municipal du secteur, Allan Hubley, admet que l’ambiance n’est pas festive présentement dans la communauté. Le seul fait que les Sénateurs songent à quitter l’endroit a l'effet d'une douche froide pour les résidents et les commerçants.

« Laissez-moi être très clair maintenant », écrit le conseiller Hubley dans un échange courriel avec Radio-Canada. « L’endroit où l’équipe joue ne fait pas une réelle différence pour notre économie locale, pourvu que la ville reste dans la ville. »

Ce dernier affirme que cette année plus de gens délaissent l’amphithéâtre pour aller regarder les matchs dans les commerces locaux.

« Cela m’indique que la transition est déjà commencée », dit-il.

Mais si la transition est belle et bien commencée, les autorités ne disent pas pour autant s’être penchées sur le dossier.

La directrice générale de la Chambre de commerce de l’ouest d’Ottawa, Sueling Ching, affirme qu’il n’y a pas eu de discussion formelle sur une approche à suivre pour pallier le départ des Sénateurs.

« À ce moment, il n’y a rien dans les cartes. La seule chose qu’on puisse faire, c’est de garder contact la communauté d’affaires et s’assurer qu’on puisse intervenir lorsque ça bougera », explique-t-elle.

Et si Eugene Melnyk veut que ça bouge, Kanata devrait le prendre au mot.

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