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Voyager autrement: une vision responsable

logo de Protégez-Vous Protégez-Vous 2017-08-09 Simon Diotte
© Shutterstock.com

De plus en plus de voyageurs veulent contribuer à la construction d’un monde meilleur en voyageant de façon responsable. Tourisme solidaire ou équitable, volontariat, écotourisme: on fait le point sur les nouvelles façons d’envisager le voyage.

Pendant six semaines, Robert Mailhot a vécu dans une petite famille de Dharamsala, une ville du nord de l’Inde où siège le gouvernement en exil des Tibétains, dans une maison sans toilettes ni douche. Comme ses hôtes, il se levait à l’aube, puis partait travailler quelques heures dans une usine de lampes en compagnie de réfugiés tibétains, leur apprenant quelques mots d’anglais, sans recevoir de salaire: une expérience inusitée, que cet entrepreneur en systèmes de sécurité de 62 ans a adorée.

«Pendant 30 ans, j’ai voyagé exclusivement en formule quatre ou cinq étoiles, mais de cette façon, on ne rencontre pas les gens du pays qu’on visite. On n’apprend rien sur leur culture ni sur leur façon de vivre. En Inde, je mangeais avec des Tibétains, je travaillais avec eux, je partageais les repas avec ma famille d’accueil. Pour moi, le contact humain a fait toute la différence», raconte ce sexagénaire, qui a répété l’expérience l’année suivante au Sénégal.

>> À voir aussi sur notre site: Carte interactive des agences de voyages québécoises

M. Mailhot a réalisé ces deux périples avec le Cégep Marie-Victorin, qui organise depuis 2006 des voyages solidaires pour les 50 ans et plus dans des communautés défavorisées réparties dans sept pays. Le but: vivre une immersion culturelle complète tout en menant une action solidaire dont l’objectif n’est pas de venir en aide à une communauté, mais de mieux la comprendre, dans une optique de partage. «Ce sont nos partenaires sur place qui proposent les actions solidaires à nos voyageurs», explique Jocelyne Dionne, conseillère au Bureau du développement international au Cégep Marie-Victorin.

Le tourisme durable et ses déclinaisons

Dans le milieu des institutions internationales, comme à l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), on qualifie cette façon de voyager de tourisme durable, qui prend en compte les impacts économiques, sociaux et environnementaux du voyage. Le tourisme durable se décline en diverses appellations: tourisme responsable, solidaire ou équitable, écotourisme et, dans une moindre mesure,volontariat. Ces expressions se distinguent souvent par des nuances très subtiles et leurs définitions ne font pas toujours l’unanimité. En effet, un voyage peut être qualifié par les uns de responsable et par les autres de solidaire. Ainsi, certaines agences décrivent leurs voyages comme étant à la fois responsables et équitables.

Le voyageur qui souhaite contribuer à l’édification d’un monde meilleur et vivre des expériences authentiques peut facilement se perdre dans pareil dédale terminologique. Voici quelques éclaircissements qui vous aideront à vous y retrouver.

Le tourisme durable

Très utilisé par les organisations internationales, dont les Nations unies, qui ont d’ailleurs proclamé 2017 Année internationale du tourisme durable pour le développement, ce terme trouve cependant moins d’écho chez les consommateurs. «Le tourisme durable correspond davantage à l’offre. Ce sont des destinations qui offrent du tourisme durable», explique Charles Mony, fondateur de Village Monde, une organisation qui propose 120 destinations dans 24 pays des quatre coins de la planète.

• Le tourisme responsable

Ce terme décrit surtout le comportement du voyageur qui veut maximiser les retombées locales et réduire son empreinte environnementale. «Le tourisme responsable inclut la notion de plaisir, de partage et de rencontres sans être pour autant du tourisme humanitaire [voir définition plus bas]», explique Isabelle Pécheux, directrice de l’agence de voyages Passion Terre, qui se spécialise dans cette manière de voyager. Par exemple, le voyageur responsable délaisse les chaînes hôtelières internationales au profit d’hébergements locaux, qui génèrent davantage de retombées locales.

 Le tourisme solidaire

Très proche du tourisme responsable, cette façon de voyager comprend une forme d’engagement dans la communauté par le soutien de projets de développement économique. «Elle s’inscrit dans le développement du territoire et l’amélioration des conditions de vie de ses habitants», explique Jocelyne Dionne. Elle est aussi axée sur les rencontres interpersonnelles. Par exemple, des voyageurs séjournent en pension complète dans un gîte qui appartient à une communauté autochtone et sont sensibilisés aux réalités du milieu.

• Le tourisme équitable

Ce mode de voyage valorise les achats sans intermédiaires et une rémunération plus juste pour les services reçus, exactement comme le commerce équitable. Il vise à rééquilibrer les relations commerciales Nord-Sud. «Le terme tourisme équitable est plus utilisé dans les pays anglo-saxons», dit Charles Mony, de Village Monde.

• L’écotourisme

Les adeptes d’écotourisme font du tourisme durable axé sur la découverte des richesses de la nature, en respectant les principes du tourisme responsable et en minimisant leur impact écologique. On y associe aussi les activités d’interprétation de la nature. «L’écotourisme aide à la protection de l’environnement en donnant une valeur économique aux milieux naturels», dit Pierre Gaudreault, directeur général d’Aventure Écotourisme Québec. Si on voyage dans la nature sans respecter les trois piliers du développement durable (économique, social et environnemental), on ne fait pas de l’écotourisme, mais du tourisme d’aventure.

• Le volontourisme ou tourisme humanitaire

Ces expressions décrivent l’activité de voyageurs qui vont faire du bénévolat, généralement pour une courte période, dans un pays défavorisé. Ce type d’expérience, où les gens payent pour travailler dans un orphelinat ou dans une école, par exemple, soulève l’ire des organisations de coopération internationale, qui considèrent son impact comme négligeable ou carrément néfaste (voir plus bas Le tourisme humanitaire ou volontourisme: les questions à se poser avant de s’envoler).

• Le volontariat

À l’opposé du volontourisme, les gens qui font du volontariat sont sélectionnés pour leurs compétences par des organisations de coopération internationale en vue d’aller soutenir des projets durables dans des pays en voie de développement. Règle générale, les volontaires ne payent pas leur voyage : ils sont rémunérés modestement, et partent généralement pour des séjours de longue durée.

Le tourisme responsable: 10 points à respecter

Respect de la dignité humaine, interactions axées sur la rencontre de l’autre et relations d’égal à égal : voici 10 commandements du tourisme responsable proposés par les professionnels consultés.

1. Sortir des sentiers battus en visitant des communautés où notre présence aura un impact positif. Pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour influencer le cours des choses. Voyager au Québec dans un village dévitalisé de la Côte-Nord renforce aussi son économie, comme le propose Voyages Coste.

2. Aller à la rencontre de l’autre, dans le respect de son environnement.

3. Se considérer comme un invité de passage et non comme un consommateur exigeant à qui tout est dû, propose la Charte des voyageurs de Village Monde.

4. Faire preuve d’ouverture d’esprit. «On n’est pas là pour juger les gens ni leur dire quoi faire et comment, mais pour les comprendre. Sinon, on tolérera difficilement les différences», dit Jocelyne Dionne, conseillère du Bureau du développement international au Cégep Marie-Victorin.

5. Respecter l’environnement humain en minimisant son impact sur le mode de vie local, ajoute Isabelle Pécheux, de Passion Terre.

6. Partir à la découverte des milieux naturels tout en préservant leur intégrité et en minimisant les perturbations de la faune et de la flore.

7. Faire preuve de flexibilité. «Le choc culturel peut être intense. On doit apprendre à lâcher prise, à vivre le moment présent», dit Jocelyne Dionne.

8. Privilégier les moyens de transport les plus écologiques. «On peut aussi compenser nos émissions de gaz à effet de serre en contribuant à un organisme qui fera de la plantation d’arbres», dit Pierre Gaudreault, d’Aventure Écotourisme Québec.

9. Consommer local. Manger les produits locaux bénéficie à l’agriculture régionale.

10. Voyager en petit groupe et en prenant son temps, au contraire de ce que propose le tourisme de masse.

 Le tourisme humanitaire ou volontourisme: les questions à se poser avant de s’envoler

Depuis quelques années, une véritable industrie se développe autour du tourisme humanitaire. Des agences de voyages qui se déguisent en organisations d’aide humanitaire offrent des séjours dans les communautés les plus pauvres de la planète, où les touristes sont invités à jouer les apprentis coopérants en participant bénévolement à un projet humanitaire, comme construire une école ou creuser un puits.

Toutefois, le volontourisme – terme qui associe volontariat et tourisme – soulève la controverse un peu partout dans le monde. «Les gens partent souvent avec de bonnes intentions, mais en réalité, cette manière de voyager génère très peu de retombées positives», affirme Odette McCarthy, directrice générale d’Uniterra, un programme canadien de coopération internationale. Katina Binette, chargée de programme à l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), renchérit: «Le volontourisme met surtout en scène la misère humaine. Elle est carrément contre-productive, car elle ne change pas les structures en place qui contribuent aux inégalités.»

Si vous souhaitez vraiment donner un coup de pouce à une communauté dans le besoin, voici quelques questions à vous poser.

• Votre présence est-elle vraiment nécessaire? Vous pouvez éprouver un sentiment du devoir accompli en peinturant les murs d’un orphelinat ou en construisant des habitations rustiques. «Mais vous ne devez pas vous substituer à la main-d’œuvre locale. Les pays en développement ne manquent pas de travailleurs potentiels, mais souvent de moyens financiers», rappelle Katina Binette, de l’AQOCI.

• Quel est l’objectif de développement? Si votre projet ne se réalise pas dans une perspective de développement à long terme, vous devez vous questionner sur sa valeur exacte. Qu’est-ce qui a été fait avant? Quelles seront ensuite les retombées pour la communauté locale? «Les organisations qui font du volontourisme ne se basent pas sur les besoins réels des communautés où elles interviennent, mais souvent sur la répétition d’une activité qui plaît aux voyageurs», dit Odette McCarthy, d’Uniterra.

• Votre action contribuera-t-elle au changement? Du bénévolat de deux ou trois semaines dans une communauté pourra-t-il changer quelque chose sur le terrain? Les spécialistes en doutent. «Par exemple, si vous travaillez pendant quelques jours dans un orphelinat, vous risquez de créer des liens affectifs avec les enfants, liens que vous briserez aussitôt. Les bienfaits sont négligeables, tandis que les dommages humains peuvent être importants», dit Katina Binette.

• Quel est le but de l’organisateur du voyage: aider ou engranger des profits? Financé par le gouvernement canadien, Uniterra doit rendre des comptes sur ses activités, mais qu’en est-il des agences de voyages qui organisent des «missions humanitaires» à l’étranger? «Il s’agit d’un marché non réglementé», indique Mme McCarthy. Leur motivation principale est-elle seulement d’engranger des profits? «Elles tendent à favoriser une relation commerciale avec leurs partenaires, ce qui crée des relations malsaines, comme la mise en scène de la misère humaine, que les touristes photographient à outrance», dit Mme Binette.

• Avez-vous les compétences nécessaires? Si vous n’avez pas l’expertise pour construire des habitations au Québec, qu’est-ce qui vous autorise à le faire à l’étranger? Pourtant, les volontouristes accomplissent souvent des tâches qu’ils n’auraient jamais pu réaliser légalement dans leur pays d’origine, faute d’accréditation nécessaire, comme faire du travail social ou prodiguer des soins infirmiers, rapportent des enquêtes journalistiques. «Si votre mission n’exige aucune compétence particulière, ça devrait soulever des doutes dans votre esprit sur sa pertinence», dit Odette McCarthy. Il ne faut pas confondre tourisme humanitaire et aide humanitaire. Cette dernière est mise sur pied par des ONG ou des agences gouvernementales pour intervenir dans des zones de conflit ou dans une région sinistrée. « Leur personnel est composé d’experts », dit Mme Binette. On est loin du tourisme…

De bonnes références pour voyager de manière responsable

Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI): 66 organismes membres offrent diverses expériences de voyage, de coopération et d’immersion culturelle à l’étranger. 

Aventure Écotourisme Québec: association de pourvoyeurs d’aventure ayant obtenu l’accréditation Écotourisme. 

Cégep Marie-Victorin: propose des voyages d’immersion culturelle, avec hébergement dans une famille d’accueil. Durée: sept semaines.

Passion Terre: met de l’avant des expériences de tourisme responsable. 

Québec sans frontières: permet aux Québécois de 18 à 35 ans de réaliser des stages de solidarité internationale basés sur des principes de partage, de solidarité et d’engagement social.

Uniterra: vise l’amélioration économique et sociale des populations les plus pauvres de la planète. Durée des missions: de quelques semaines à deux ans. 

Village Monde: aide à commercialiser l’offre d’hébergements solidaires partout dans le monde. 

Voyages Coste: met en valeur les richesses naturelles et humaines de la Côte-Nord et de l’île d’Anticosti.

Cet article a été réalisé grâce à un partenariat entre Protégez-Vous et l’Office de la protection du consommateur, dans le cadre de leur mission d’information et d’éducation des consommateurs.

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