Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

(Br)Exit Theresa May

logo de Le Devoir Le Devoir 2019-05-25 Fabien Deglise
Theresa May a annoncé sa démission, vendredi, au cours d’une conférence de presse chargée d’émotion. © Tolga Akmen Agence France-Presse Theresa May a annoncé sa démission, vendredi, au cours d’une conférence de presse chargée d’émotion.

Le sacrifice de la première ministre britannique Theresa May, qui a démissionné vendredi après avoir maintenu dans l’impasse, depuis le début de l’année, le processus du Brexit au Royaume-Uni, est loin de mettre un terme à la crise politique actuelle, estiment plusieurs spécialistes consultés par Le Devoir. Pire, ce départ attendu risque même de l’accentuer en radicalisant davantage les divisions affichées sur ce divorce impossible de l’Union européenne (UE).

 

« Les jours de Theresa May étaient comptés depuis son entrée en poste en 2016, fait remarquer à l’autre bout du fil Philippe Marlière, professeur de science politique à l’University College de Londres. Sa démission n’est donc pas une surprise, mais elle intervient dans un contexte favorable à la radicalisation du débat sur cette question. » « En partant, Theresa May laisse derrière elle un pays profondément divisé, dans l’impasse, et qui devrait encore le rester longtemps », assure George Ross, professeur au Minda de Gunzburg Center for European Studies de Harvard.

 

Au lendemain des élections européennes en Grande-Bretagne — dont les résultats vont être connus dimanche — et deux jours après avoir présenté son « nouvel accord » de sortie de l’Union européenne, qu’elle devait soumettre au vote dans la semaine du 3 juin, la conservatrice Theresa May, sous la pression des élus de son parti, a décidé de se soustraire au supplice de la goutte vendredi en annonçant son départ, moins de trois ans après avoir pris en charge le processus du Brexit déclenché par voie référendaire en juin 2016.

 

La sortie du Royaume-Uni de l’UE devait se faire le 29 mars dernier. Ce divorce manqué est depuis au coeur d’une interminable saga qui en a repoussé l’échéance au 31 octobre prochain, dans une incertitude toujours aussi ancrée. Le mandat de Mme May comme chef du Parti conservateur — et de facto comme chef du gouvernement —, lui, va prendre fin dans deux semaines.

 

« Cela restera un profond regret de ne pas avoir été capable de mettre en oeuvre le Brexit, a-t-elle indiqué lors d’un point de presse chargé d’émotion tenu devant le 10 Downing Street. Quand vous donnez un choix aux gens, vous avez le devoir de mettre en application leur décision. J’ai fait de mon mieux […] pour convaincre les députés de soutenir [mon] accord [de retrait de l’UE]. C’était la bonne décision de persévérer, même si les chances de succès étaient faibles. Mais il est évident que pour l’avenir du pays, un nouveau premier ministre doit désormais diriger le processus. »

     

Législatives européennes

La démission de Theresa May précède le résultat des élections législatives européennes, qui pourraient bien confirmer la débâcle des conservateurs, mais également l’ascension du populiste et eurosceptique Nigel Farage, une figure forte du mouvement de séparation de l’UE, dont le Brexit Party était en tête dans les sondages avant le vote.

Les prétendants au siège se mettent également en file devant sa porte pour en espérer les clés, à commencer par Boris Johnson, ancien maire de Londres, ex-ministre des Affaires étrangères et artisan du Brexit.

 

« S’il arrive à atteindre le poste de premier ministre, il va tenir la ligne dure, jusqu’au-boutiste, des partisans d’un Brexit sans accord, dit M. Marlière. Cette perspective, avec l’affaissement des deux partis traditionnels [les conservateurs et les travaillistes] et la montée de l’extrême droite populiste, rend alors tout possible, surtout le maintien du pays dans l’impasse et dans la crise. »

 

Pour la juriste Nanette Neuwahl, professeure de droit à l’Université de Montréal et chercheuse au Centre Jean-Monnet de Montréal, cette démission pourrait être l’occasion de mettre un terme au processus du Brexit, dont l’échec est confirmé selon elle par le départ de la première ministre. Le Royaume-Uni peut, de manière unilatérale, révoquer sa demande de sortie de l’UE. « Mais il est plus concevable que son ou sa remplaçante soit une personne pour le Brexit », dit-elle annonçant même une intensification d’un appel à la séparation sans accord et, par le fait même, « un avenir incertain » pour le Royaume-Uni.

 

En guise de carburant pour entretenir le mouvement circulaire qui, depuis décembre dernier, influe sur le Royaume-Uni et le moral des Britanniques, l’Union européenne a rappelé vendredi que l’accord de retrait négocié entre Theresa May et les 27 autres pays membres de l’UE n’était pas modifiable. Rappelons que cet accord a été rejeté à trois reprises par les députés britanniques depuis le début de l’année. Lors de sa dernière présentation, la première ministre avait d’ailleurs promis de démissionner afin de convaincre les élus réticents d’appuyer son plan de sortie. Cette semaine, elle a ouvert la porte à la tenue d’un nouveau référendum, sur l’accord de séparation, sans que ce scénario lui assure une majorité au Parlement pour le faire finalement adopter.

 

Processus complexe

« Le processus de sortie du Royaume-Uni est extrêmement compliqué, dit M. Marlière, et quel que soit le scénario à venir, cela va rester un cauchemar. » Cauchemar entretenu d’ailleurs par une configuration de la Chambre qui n’accorde pas de majorité aux conservateurs et qui va conserver la division sur la question et la mécanique du Brexit, poursuit l’universitaire. Au sein même du parti de Theresa May, une poignée d’élus s’opposent au Brexit et ont voté systématiquement contre l’accord. « Les blocages vont perdurer, peu importe qui va succéder à Mme May, dit-il. Ce qui peut finir par clarifier les choses, c’est le déclenchement d’une élection anticipée ou la tenue d’un deuxième référendum. »

 

La crise politique déclenchée par le Brexit a des effets sur l’idée même d’une séparation de l’Union européenne qui, depuis deux ans, perd des appuis. Les derniers sondages sur cette question, si elle devait être soumise à un nouveau référendum, donnent en effet 53 % à l’option du remain (rester) alors que le leave (partir) n’obtient désormais que 46 % des intentions de vote. Rappelons qu’en juin 2016, 52 % des Britanniques ont voté pour un départ de l’Union européenne.

 

Publicité
Publicité

Plus de Le Devoir

image beaconimage beaconimage beacon