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Les cicatrices de Columbine

logo de Le Devoir Le Devoir 2019-04-20 Fabien Deglise
Darrell Scott touchant le sol où sa fille Rachel est enterrée, en avril 2005, six ans après sa mort. La jeune fille est l’une des treize personnes qui sont tombées sous les balles de deux étudiants à l’école secondaire de Columbine, au Colorado, en 1999. © Ed Andrieski Associated Press Darrell Scott touchant le sol où sa fille Rachel est enterrée, en avril 2005, six ans après sa mort. La jeune fille est l’une des treize personnes qui sont tombées sous les balles de deux étudiants à l’école secondaire de Columbine, au Colorado, en 1999.

Il n’y avait pas eu de fusillade plus meurtrière en milieu scolaire depuis 1966 aux États-Unis. Le 20 avril 1999, entre 11 h 19 et 12 h 08, 12 élèves et un professeur perdent la vie sous les balles de deux élèves à l’école secondaire de Columbine dans la banlieue sud de Denver, au Colorado. La tragédie fera également 24 blessés.

20 ans plus tard, jour pour jour, cette tuerie en milieu scolaire se rappelle aux sombres souvenirs du présent comme un drame qui a peut-être réussi à en éviter d’autres, sans toutefois porter un coup fatal à ce type de gestes désespérés alimenté par un lobby des armes à feu qui commence à peine à perdre quelques plumes. Un changement lent sans doute sur le point de s’intensifier, estime toutefois l’historien Francis Langlois, professeur au cégep de Trois-Rivières, qui s’intéresse depuis plusieurs années à la culture de la violence chez nos voisins du sud.

 

De Virginia Tech en 2007 à Parkland en 2018, en passant par Sandy Hook en 2012, l’après-Columbine est marqué par une succession d’autres tragédies du même genre. Est-ce dire qu’aucune leçon n’a été tirée de cette tuerie ?

 

En fait, cet événement a très certainement réussi à éviter d’autres tueries, mais on en parle très peu. Columbine a précédé le développement d’une branche de la sociologie et de la psychologie qui cherche aujourd’hui à comprendre, à expliquer et à prévenir ce type de tuerie de masse en milieu scolaire. Dans les années qui ont suivi, le repérage d’individus à risque et de situations sur le point de dégénérer a sans doute épargné des vies. Mais à l’inverse, Columbine est aussi devenu un modèle pour d’autres tueurs, malheureusement. Une étude de Ralph W. Larkin de la John Jay College of Criminal Justice de New York a révélé qu’entre 1999 et 2007, 8 des 12 tueurs impliqués dans des fusillades en milieu scolaire ont fait des références claires à Columbine et au scénario établi par les deux élèves.

 

Prévenir c’est bien, mais cela ne règle pas la source du problème, soit l’accès à des armes à feu : depuis 1994, aucun projet de loi visant à mieux contrôler le commerce et la possession de ces armes n’a réussi à trouver sa route au sein de l’appareil législatif américain, qui liquide systématiquement ce type de projet. Est-ce que, 20 ans plus tard, les choses pourraient changer ?

 

Il est vrai que malgré la commotion provoquée, Columbine n’a pas favorisé une réglementation plus sévère sur les armes à feu. Les fusillades suivantes non plus, et ce, même avec le soutien très actif du président Obama. Mais Parkland [tuerie à l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas, en février 2018] a peut-être été un tournant dans cette lutte contre l’accès facilité aux armes. En se mobilisant, les survivants de cette tuerie, qui font partie d’une génération pour qui la fusillade en milieu scolaire fait partie du quotidien, ont réussi à plus faire bouger les choses en quelques semaines que tous les autres survivants en quelques années. L’an dernier, des survivants de Columbine ont rencontré ceux de Parkland pour s’excuser d’ailleurs de ne pas s’être mobilisés après leur tuerie. Mais dans les faits, ils ne disposaient pas des mêmes outils de communication pour le faire. Nous sommes désormais face à un début de changement qui reste toutefois à confirmer…

 

La pression de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes, reste encore très forte dans la société américaine. Est-ce le noeud du problème ?

 

La NRA a une très grande influence sur les élus américains, mais cette influence s’atténue. On l’a vu lors des élections de mi-mandat en 2018, où la NRA a perdu un grand nombre d’élus qui appuyaient leur cause au profit de nouveaux élus s’affichant clairement pour un plus grand contrôle qui sont entrés à la Chambre des représentants et au Sénat. Ce n’est pas rien. On a vu aussi de grandes entreprises qui accordaient des privilèges, des rabais aux membres de la NRA couper leur lien avec ce groupe de pression dans la foulée de Parkland. En même temps, les opposants commencent à s’organiser comme la NRA, du bas vers le haut. Un mouvement de fond apparaît.

 

Mais il reste que la tuerie en milieu scolaire est impossible à éradiquer dans le contexte social et commercial américain actuel ?

 

Il est impossible de garantir à 100 % la sécurité d’un milieu de travail, car il va toujours y avoir un individu qui va vouloir se venger, vouloir rejeter l’ensemble de la vie et emporter d’autres personnes dans sa folie destructrice. Quand l’outil est facile d’accès et qu’il y a des snénarios qui ont déjà été écrits, cela reste une possibilité très grande, aux États-Unis, comme au Canada d’ailleurs. Au Japon, là où l’accès aux armes à feu est très limité, il n’y a pas de fusillades dans les écoles.

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