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Sport: je me suis remise à la natation… à reculons

logo de Châtelaine Châtelaine 2018-10-11 Josée Boileau
Photo: Marcus Ng/Unsplash © Utilisé avec la permission de © Rogers Media Inc. 2018. Photo: Marcus Ng/Unsplash

J’ai beau lire assidûment les chroniques où des gens comme vous et moi racontent comment ils réussissent à s’entraîner malgré un horaire bien rempli, je n’arrive toujours pas à m’y reconnaître!

J’admets que c’est un vrai paradoxe : les récits de sportifs en tout genre attirent la non-sportive en moi. Je me dis qu’il finira bien par s’y glisser quelqu’un pour qui se tenir en forme n’est pas le nirvana, mais juste un élément d’hygiène de vie parmi d’autres. L’équivalent de se laver et de prendre le temps de déjeuner, mettons. Ça m’encouragerait.

Hélas, mon espoir est chaque fois déçu. Même quand ça part doucement – par exemple une travailleuse mère de famille débordée qui, trois fois par semaine, trouve une petite demi-heure pour s’activer –, on finit par apprendre que la fin de semaine, ladite dame enfile les kilomètres de course, de vélo ou de ski, quand ce n’est pas les trois en même temps. Sans oublier un peu de poids et haltères en passant!

Diantre, faudra-t-il que je l’écrive moi-même, cette chronique de la sportive à reculons?

Cet été m’en offre justement l’occasion.

J’aime nager et je vis depuis longtemps dans un quartier où, tout l’été, la piscine extérieure ouvre au petit matin pour celles et ceux qui veulent faire des longueurs avant les cours de natation destinés aux enfants. Mais jusqu’ici, un plus un n’avait pas fait deux pour moi. Ben quoi! Je ne suis pas une matinale, mes horaires de travail et ma vie familiale étaient très prenants, et je n’avais guère envie de parader en maillot devant le voisinage.

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N’allez pas croire que je ne bougeais pas. Pendant des années, alors que mes enfants apprenaient à nager, j’ai profité allègrement de la section de la piscine où les parents s’entraînaient de leur côté. Une fois mes rejetons devenus nageurs patentés, j’ai même renouvelé mon abonnement! Mais sans ces rendez-vous familiaux obligés, mon assiduité s’est mise à faire défaut jusqu’à s’éteindre tout à fait. Et les années ont passé.

Pourtant, en cette mi-juin 2018, allez savoir pourquoi, j’ai été saisie d’un élan irrépressible. Je n’ai plus d’enfants dont je dois m’occuper (ils vivent tous en appartement!), mes engagements professionnels se déroulent tard en journée, le body-shaming est passé de mode, et même en marchant lentement, la piscine est à trois minutes de chez moi. Plus d’excuses, je m’inscris!

Ce ne fut pas si simple. Au comptoir, en réponse à mes questions, une jeune préposée m’a affirmé que ceux qui s’inscrivent à la période de natation matinale devaient y participer durant l’heure entière, en suivant le programme préparé par le maître-nageur, ce qui exigeait d’être en forme. Gulp!

J’ai tourné les talons, néanmoins perplexe. Ça ne correspondait pas à ce que m’avait raconté ma cadette, grande utilisatrice de la piscine locale. Pour en avoir le cœur net, je suis allée voir comment se déroulait ladite heure de natation. Ma séance d’observation m’a rassurée: chaque nageur faisait sa petite affaire sous l’œil morne d’une sauveteuse. Rebelote, je m’inscris. Vingt-quatre heures plus tard, j’étais à l’eau!

Depuis, j’y suis deux ou trois fois par semaine. Autour de moi, on est ébahi. «Hein, tu t’es remise à nager?», «Quoi, t’es dans la piscine à sept heures et quart? Pour vrai?», «T’arrives à te lever pour ça?», «Tu y vas même s’il pleut?» Oui monsieur, certainement madame! Du coup, les encouragements fusent. Un délicieux moment.

C’est le stade suivant qui est plus embêtant. Celui où la copine qui s’entraîne tous les jours me lance avec enthousiasme: «Après, tu dois tellement te sentir énergisée pour la journée!» Euh… non.

J’ai eu dans ma vie des moments où j’ai pratiqué assidûment le jogging, la danse ou le conditionnement physique en salle… Or jamais, je le jure, je n’ai atteint cet état de manque dont parlent les adeptes: «Tu vas voir, à force d’en faire, tu ne pourras plus t’en passer.» Ben non, j’y arrive très bien! Une journée sans lecture? Le manque serait terrible. Mais l’exercice? Aucun problème!

Si je persiste, c’est parce que je suis du type discipliné, sinon…

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Prenons mon été de piscine. Dès ma première séance, j’ai vite constaté que j’étais dans une forme pitoyable. «Ça va madame?», m’a d’ailleurs dit la sauveteuse, soudain sortie de sa torpeur. Ouais, ça va aller une fois que je serai revenue du choc de constater que cinq ans sans nager, ça laisse des traces!

Mais je me suis encouragée: d’une séance à l’autre, j’allais forcément m’améliorer! Mouan… Progresser à petits coups de crawl ou de brasse, c’est pas très inspirant! Autour de moi, pendant ce temps, ça enfile les longueurs à toutes sortes de vitesse mais toujours avec constance, avec élégance, même. Arrgh! Vaut mieux ne pas regarder!

Au bout de 20 minutes top chrono, j’attends toujours, en vain, l’état de grâce qui accompagne l’affaire. Pire, à mesure que l’été avance, mon élan de départ s’efface. Pourquoi tu t’accroches? a osé me demander ma raison. Parce que j’ai un abonnement, me suis-je répondu!

Enfin si, il y a autre chose. Un plaisir qui n’a rien à voir avec la remise en forme. C’est le bout de ciel que je contemple quand je finis ma séance par un peu de dos crawlé. Souvent bleu, parfois nuageux, mais toujours si joli que ça me fait du bien! Est-ce que ça entre dans les bravos?

L’été achève, la piscine va fermer. Que vais-je faire? Il y a les piscines intérieures, mais elles sont à plus que trois minutes à pied de chez moi. Gros défi à relever!

Pendant que je nageais, j’ai toutefois vu quelques joggeurs qui faisaient le tour du petit parc à leur rythme, sans ostentation. Voyons voir: sors du lit, saute dans les souliers plutôt que dans le maillot, trois minutes vers le parc, 15 minutes à s’activer, puis retour à la maison. Avec, en chemin, plein de bancs publics pour finir ça les yeux levés vers le ciel. Oui, ça vaudrait bien des chroniques.

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***

Journaliste depuis plus de 30 ans, Josée Boileau a travaillé dans les plus importants médias du Québec, dont au quotidien Le Devoir où elle a été éditorialiste et rédactrice en chef. Aujourd’hui, elle chronique, commente, anime, et signe des livres.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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