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Acte XXII des gilets jaunes : les policiers ont-ils frappé des journalistes à Toulouse ?

logo de Liberation Liberation il y a 4 jours Fabien Leboucq
"Gilets jaunes " (gilets jaunes) les manifestants se tiennent derrière une poubelle car ils détiennent un drapeau noir et démontrent pour le 22e samedi consécutif, le 13 avril 2019, à Toulouse. La France a été bercé par des mois de protestations hebdomadaires du samedi par les gilets jaunes, qui a émergé sur les taxes sur le carburant avant le ballonnement dans une grande révolte contre le Président Français. © Pascal PAVANI/AFP "Gilets jaunes " (gilets jaunes) les manifestants se tiennent derrière une poubelle car ils détiennent un drapeau noir et démontrent pour le 22e samedi consécutif, le 13 avril 2019, à Toulouse. La France a été bercé par des mois de protestations hebdomadaires du samedi par les gilets jaunes, qui a émergé sur les taxes sur le carburant avant le ballonnement dans une grande révolte contre le Président Français.

Une vidéo montre des policiers frapper des journalistes et jeter une partie de leur matériel, le 13 avril à Toulouse, lors de la manif des gilets jaunes. CheckNews a retrouvé d'autres documents, et a parlé à l'une des victimes.

Question posée par le 15/04/2019

Bonjour,

Vous nous interrogez sur une vidéo virale filmée lors de l’acte XXII des gilets jaunes, à Toulouse. On y voit des policiers charger des manifestants, puis mettre à terre et frapper au moins deux personnes identifiées comme journalistes. Cette vidéo est authentique, comme l’ont confirmé plusieurs témoins à CheckNews, qui est aussi entré en contact avec la vidéaste victime de ces violences.

«Il est en train de frapper la presse !»

Toulouse devait être l’épicentre de la contestation de l’acte XXII : un appel national avait été lancé pour inviter les gilets jaunes à manifester dans la préfecture de Haute-Garonne. Le préfet avait d’ailleurs interdit par arrêté toute manifestation, samedi 13 avril de 12 heures à 21 heures, sur la place du Capitole.

Dès la mi-journée, la situation se tend. Plus, et plus vite qu’à l’accoutumée, selon le correspondant de Libé sur place, Frédéric Dessort. «Cela fait deux semaines que les interventions de la police sont plus musclées», précise Ulrich Lebeuf, photojournaliste de l’agence Myop qui collabore aussi avec Libération.

Il n’est pas encore 14 heures, selon l’autrice de la vidéo virale, contactée par CheckNews, quand un groupe de manifestants – plus capuches noires que gilets jaunes, à en croire les images – avance à couvert derrière une banderole, rue Merly. Les images de «Lelly Gijabet» disent le reste : face à la charge des policiers, le groupe détale en laissant la banderole. Quand la caméra pivote, on voit plusieurs personnes en train d’être maîtrisées à terre.

Parmi elles, une femme est assise. Un policier est près d’elle, s’empare de sa trottinette, puis va la jeter à quelques mètres. Alors qu’elle essaye de la récupérer, elle est poussée à terre. Le photographe qui tente de s’interposer reçoit un coup de matraque au casque, puis un coup de pied une fois au sol, de la part d’un autre policier. Pendant ce temps, la femme, à terre, se voit retirer sans ménagement son casque et ses lunettes, et prend aussi un coup de pied. On entend la vidéaste : «C’est la presse, il est en train de frapper la presse !»

Deuxième vidéo

CheckNews a retrouvé une autre vidéo de la scène. Elle est filmée par un «street medic» qui nous raconte être habitué à se trouver en «première ligne» lors des manifs. Nous l’avions déjà contacté car il avait filmé en décembre l’une des premières éborgnées du mouvement des gilets jaunes.

L’homme est bien en première ligne, ce samedi 13 avril à Toulouse, puisque à en croire ses images (elles démarrent à 12 minutes dans la vidéo ci-dessous), il se trouve parmi le groupe qui avance accroupi derrière la banderole. Après avoir évité la charge de police, il revient sur ses pas. Et son film montre les violences exercées contre l’homme et la femme identifiés comme journalistes (un peu après 13 minutes) sous un autre angle : «Regardez la presse», lance-t-il en direct à ses spectateurs sur Facebook, pendant que les policiers lui crient de reculer. Le vidéaste confirme à CheckNews que la scène se déroule vers 14 heures.

«Je ne faisais pourtant que filmer»

CheckNews a pu entrer en contact avec la femme que l’on voit être violentée par les policiers. De nationalité néerlandaise, elle préfère qu’on la qualifie de «watchdog» – chien de garde – plutôt que de «journaliste indépendante». Elle était en train de filmer au moment de la charge de police. Selon la vidéo postée sur sa chaîne YouTube (à partir de 59 minutes et 40 secondes ci-dessous), les policiers passent devant la vidéaste sans l’inquiéter. Au moins un homme est interpellé, au sol, par trois policiers, pendant que l’un des membres des forces de l’ordre crie : «Des grenades, des grenades, balancez vos grenades !»

La vidéaste filme cette arrestation de près, puis se tourne dans la direction dans laquelle sont partis les manifestants. D’un coup, un choc et des bruits sourds. Difficile de comprendre ce qui se passe à l’image pendant les 10 secondes restantes. On entend un homme hurler : «Assieds-toi !» Pendant qu’un autre répète «Arrête, arrête.»

La Néerlandaise dit avoir réussi à garder son casque, sa veste et son sac, mais raconte que les policiers ont rendu inutilisable son masque antipoussière, ainsi que sa trottinette : «Elle ne roulait plus, je l’ai portée mais j’ai dû la laisser de côté car je ne pouvais pas l’avoir sur le dos toute la journée.» Aussi, les policiers lui auraient pris sa caméra de type GoPro, et ne lui ont pas rendue, précise-t-elle à CheckNews. Elle ajoute : «Cela fait cinq semaines et quelques que je suis là, ça ne m’était jamais arrivé.»

Pourquoi l’avoir ciblée, alors qu’elle portait un casque «International Watchdog Live Stream» (qu’elle montre dans cette vidéo) ? «Je ne sais pas, je ne faisais pourtant que filmer», nous raconte la femme en anglais. Elle n’exclut pas de déposer plainte, et cherche actuellement un avocat.

Photojournaliste déjà violenté

Aucun de nos interlocuteurs n’a pour l’heure été en mesure de nous donner l’identité du photographe qui tente d’aider sa consœur, et qui reçoit des coups - malgré l’inscription «presse» lisible sur son casque. A l’instar de cette dernière, ce serait un habitué des manifs de gilets jaunes à Toulouse, raconte le rédacteur en chef adjoint de France 3 Occitanie à CheckNews, auteur d’un billet sur la vidéo virale. Selon le responsable de la chaîne publique, ce photojournaliste avait déjà été violenté lors d’une précédente manif toulousaine, le 23 mars.

Selon les vidéos du street medic et de la femme violentée, les policiers à l’origine de la charge seraient des membres de la brigade anticriminalité (BAC). Au moins un des policiers porte cette mention dans le dos de son uniforme.

Le dimanche 14 avril, la préfecture de Haute-Garonne publiait un bilan de l’acte XXII : «21 blessés en urgence relative dont un blessé parmi les forces de l’ordre [et] 43 placements en garde à vue.» A ce jour, par contre, pas un mot sur les journalistes violentés : ni la préfecture, ni la direction générale de la police nationale (DGPN) n’ont pour l’heure répondu à nos sollicitations.

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