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La police genevoise cherche aussi Maëlys

logo de Tribune de Genève Tribune de Genève 14.09.2017 Thierry Mertenat

Des moyens importants ont été déployés pour retrouver la fillette. La Police de la navigation, avec son sonar et son robot, se retrouve en première ligne sur le lac d'Aiguebellette. Reportage.

La police genevoise cherche aussi Maëlys © (Tribune de Genève) La police genevoise cherche aussi Maëlys

Un calme presque artificiel, une eau couleur émeraude, un lac de dépliant touristique comme sorti de nulle part. Aiguebelette, à une heure d’autoroute de Genève, en contrebas de la sortie du tunnel de l’Epine, taillé dans le massif du même nom. Depuis le week-end dernier, ce site naturel a perdu l’innocence des jours de départ en vacances. Son petit port, son chenal et ses débarcadères sont devenus le point de jonction de forces de police engagées dans la recherche de la fillette disparue le 27 août à l’occasion d’un mariage en campagne se déroulant dans une salle des fêtes située à une dizaine de kilomètres de là.

Des plongeurs, des «sonaristes», spécialisés dans la recherche électronique subaquatique, des équipes de détection basées à Strasbourg et dépendant de la gendarmerie nationale, des membres aguerris de la brigade nautique d’Aix-les-Bains, mais aussi des opérateurs genevois de la Police de la navigation. Les moyens mis en œuvre sont à la mesure de la pression médiatique et politique suscitée par cette disparition. L’affaire est suivie heure par heure de Paris, les chaînes de télévision assurent des veilles à rallonge sur la rive.

Feu vert de Monica Bonfanti

Le temps presse, on a donc fait jouer les accords franco-suisses qui permettent – à travers le Centre de coordination policière et douanière basé à Genève – un engagement facilité en régions Rhône-Alpes et Auvergne. La demande est parvenue vendredi 8 septembre à la «Pol-Nav». Le jour même, la commandante Monica Bonfanti signait l’ordre d’engagement.

«Samedi, de bonne heure, on préparait le matériel, nous tenant prêts à prendre la route avec le véhicule tractant la remorque, sur laquelle on a hissé l’un de nos bateaux d’intervention, celui que l’on utilise habituellement sur le Rhône», résume le sergent Johann Renaud. Il pleuvait samedi, fenêtre météo défavorable. «Mais dès dimanche, nous étions sur zone, sans plus compter nos heures», poursuit le policier expérimenté, qui connaît déjà le lac d’Aiguebelette pour y avoir, pas plus tard que cet été, recherché le corps d’un nageur reposant par 60 mètres de fond, suite à un accident de baignade.

Le cabanon du suspect

Pourquoi à nouveau ce lac-là, si loin en apparence du fait divers? Parce que l’homme suspecté d’avoir enlevé l’enfant y avait ses habitudes, promenant ses chiens sur les berges deux à trois fois par semaine, arpentant le ponton qui prolonge le cabanon familial. Les berges ont été fouillées par les plongeurs. Les sonars embarqués ont pris le relais, s’éloignant des bords, dépassant les bouées des lignes d’eau réservées aux entraînements d’aviron, distribuant leurs ondes acoustiques dans un rayon de 20 mètres.

Ces poissons tractés ressemblent à des torpilles; ils exigent une manutention fine et dynamique, survolant le fond entre 3 et 7 mètres d’altitude pour éviter de percuter des éléments rocheux, de s’enliser dans la vase. Guidés ainsi, multipliant les traversées en suivant un cap précis, répétant les passages à la moindre suspicion, ils renvoient des «échos» qui s’affichent en surface, sur un écran d’ordinateur. Cet écran-là est scanné par des yeux humains extrêmement concentrés.

Zone vaste

Le binôme de policiers genevois aux affaires ce mercredi matin – l’appointé Pierre-Alain Gattolliat et le gendarme André Duport – ne se laisse pas distraire par la présence de deux passagers agréés. Ils sont conscients de l’importance de la tâche, s’étendant sur une zone de recherche inhabituellement vaste. En l’absence de témoignages, signalant une activité particulière dans ce décor lacustre en lien avec l’affaire, «c’est l’ensemble du lac que l’on doit sonder», poursuit l’appointé, d’une voix ferme et motivée. Pas le moindre découragement dans ce «tapissage» en profondeur, couvrant un plan d’eau de 5 kilomètres carrés et 14 kilomètres de berges.

En fin de matinée, au large du port d’Aiguebelette, un écho s’affiche sur l’écran. L’opérateur agrandit le volume identifié, lance ses calculs de mesure, pendant que son collègue vire à tribord pour recueillir une image sous un angle différent. La levée de doute exige souvent plusieurs manœuvres conjointes, en variant les angles de passage. La dernière permet d’écarter la fausse piste. «Nous sommes là pour trouver; pour l’instant on ne trouve pas, lâche un sonariste français au retour de sa mission. Donc, nous allons continuer.» Tout en composant dès aujourd’hui avec une météo qui s’annonce hostile. Et l’attitude d’un suspect qui ne lâche rien et s’enferme dans son silence.

L’épais mystère autour de la disparition de la fillette

C’est le 26 août au Pont-de-Beau­voi­sin (Isère) qu’Anne-Laure et Eddy se marient. Deux cents personnes sont réunies dans la salle des fêtes pour le vin d’honneur et le repas de fête. Il a fait chaud et ensoleillé cet après-midi de fin d’été, se souviennent les convives de ces noces qui ont tourné au cauchemar. En effet, depuis 3 heures du matin de cette nuit festive, Maëlys de Araujo, 9 ans, s’est volatilisée. La commune, la région, la France entière s’interrogent, la Suisse aussi, comme le Portugal, dont sont originaires les parents. Qu’est devenue la petite Maëlys? Le pire, la suspicion, l’incertitude font leur œuvre de désolation parmi les proches. Pourtant, les moyens engagés sont considérables. La gendarmerie est sur le pied de guerre depuis les premières heures. Un appel à témoins a été largement diffusé, les forêts environnantes ont été sillonnées, un hélicoptère a survolé les bois, la rivière a été sondée, tout comme les plans d’eau de la région. Rien n’y a fait. Pas même la mobilisation générale qui voit 1000 personnes ratisser les environs ni la page Facebook qui rassemble des milliers d’émotions bienveillantes.

L’enquête, ouverte rapidement, a permis de réunir des éléments. Mais rien de probant pour l’instant. Un homme de 34 ans est en détention provisoire. Cet ancien militaire a été invité aux noces à la dernière minute. Il a été vu en discussion avec la petite Maëlys durant la soirée. «C’est mon ton­ton, c’est mon co­pain, il est gen­til. Il me montre des chiens sur son té­lé­phone», aurait affirmé Maëlys à sa maman pen­dant la soi­rée. Dans sa voiture, une trace ADN de la disparue a été retrouvée. Il s’est absenté durant la nuit. Son téléphone a buggé durant ces quelques heures où le dramatique mystère a pris corps, ce qui rend sa localisation impossible. Son attitude est jugée trouble dans les moments de panique qui ont saisi les convives du mariage prenant conscience de la gravité de l’événement. Tous ces éléments pointent le soupçon vers cet homme. Mais il nie toute implication dans la disparition.

Bientôt vingt jours après cette nuit, le mystère autour de Maëlys reste opaque. Elle était venue à ce mariage avec ses parents et sa grande sœur. Ils sont liés au marié. La communauté portugaise suisse est évidemment touchée par le drame qui frappe l’un de ses compatriotes: le père de la petite Maëlys, domicilié à Mignovillard (Jura), près de Frasne, est employé dans une entreprise en Suisse. «On en parle entre nous, ce qui arrive à cette famille est dramatique», glisse un pilier de la communauté lusitanienne dans le Nord vaudois. «On a très peu d’informations», avance un autre responsable romand.

En France voisine, c’est justement le silence complet. Le Centre hospitalier de Pontarlier se contente de confirmer que la mère de la fillette est infirmière dans son établissement. «Il va sans dire que divers soutiens ont été mis en place et que nous avons participé à la cagnotte mise sur pied à l’échelon national. Notre directeur a assuré la famille de tout son soutien», précise Romuald Vivot, porte-parole de l’établissement des rives du Doubs. Quant au petit village de Mignovillard, il a convenu avec la préfecture de ne pas communiquer. «Que ce soit sur des éléments d’enquête ou sur l’élan de solidarité, nous avons décidé de ne rien commenter sur cette affaire», lâche d’un ton péremptoire le maire, Florent Serrette. Une façon, peut-être, de préserver aussi les camarades de classe de la petite Maëlys, qui ont fait leur rentrée sans elle lundi dernier. Il y avait par contre des psychologues dans les classes, ainsi qu’un dispositif de gendarmerie dans le village muré dans le silence, rapporte L a Voix du Jura.

Frédéric Ravussin, Erwan Le Bec et Xavier Alonso

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