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Plácido Domingo, balance ton ténor

logo de Liberation Liberation il y a 5 jours SERVICE CULTURE
Placido Domingo, dans «la Traviata», le 31 juillet 2016 à Orange (Vaucluse). © BERTRAND LANGLOIS Placido Domingo, dans «la Traviata», le 31 juillet 2016 à Orange (Vaucluse).

Le chanteur et chef d'orchestre espagnol est accusé de harcèlement sexuel par huit chanteuses et une danseuse.

Le ténor et chef d’orchestre espagnol Plácido Domingo est accusé de harcèlement sexuel par huit chanteuses et une danseuse qui, à l’exception de l’une d’entre elles, Patricia Wulf, ont tenu à rester anonymes. Elles se sont confiées à Associated Press, racontant en détail des affaires qui se sont déroulées du début des années 80 aux années 2000.

Domingo, aujourd’hui âgé de 78 ans, par ailleurs directeur du Los Angeles Opera, est décrit comme un insupportable harceleur profitant de sa position dominante dans le monde lyrique (certaines plaignantes le comparant même à Dieu dans le milieu) pour s’attirer les faveurs de chanteuses. Mains sur les genoux, sur les jupes, baisers sur la bouche, supplications de rendez-vous et incessants coups de fil nocturnes se retrouvent d’un témoignage à l’autre. Et, alors même que certaines victimes lui intimaient d’arrêter, il recommençait.

Une attitude connue dans le métier, où Domingo fait figure de prédateur. Les jeunes chanteuses sont d’ailleurs le plus souvent averties par leurs collègues de son avidité. «Il fallait à tout prix éviter les contacts avec lui.» Certaines racontent qu’il est de notoriété publique d’esquiver le maestro, de ne pas se retrouver seule dans la même pièce que lui  et d’avoir toujours une excuse prête pour ne pas accepter ses invitations du soir, que ce soit pour prendre un verre ou être raccompagnée chez soi. «J’en étais arrivée au point que, même en sortant de scène et en me glissant derrière un pilier, il aurait trouvé le moyen de me suivre», décrit l’une d’elles.

«Baiser visqueux»

«Un déjeuner de travail n’a rien d’étonnant, mais quelqu’un qui tente de vous prendre la main ou qui pose ses mains sur vos genoux pendant un déjeuner de travail l’est déjà un peu plus. D’une façon ou d’une autre, il essayait toujours de vous toucher et de vous embrasser», explique une autre, quand une troisième se souvient, alors que Domingo était entré sans prévenir dans sa loge pour la complimenter : «Je lui ai tendu la joue mais il a fait pivoter mon visage et m’a embrassé sur les lèvres. Soudain, il y avait deux lèvres humides sur les miennes pour un baiser visqueux. […] Pour moi, c’était la mort du héros, la mort de mon rêve.»

Toutes associent ces agressions à des périodes de création professionnelle. Il devient difficile de toujours éviter Domingo, surtout pour travailler – d’autant qu’il pouvait être à l’origine de l’engagement des chanteuses. Il est aussi compliqué pour les plaignantes de parfois faire la part des choses entre le harcèlement ou la blague lourdingue, comme lorsqu’il embrasse goulûment une chanteuse pour les besoins d’une répétition des Contes d’Hoffmann et lui glisse à l’oreille : «Si seulement nous n’étions pas sur scène.» Il l’a ensuite appelée pour la complimenter et lui assurer de son soutien si elle cherchait des rôles. Jusque-là, la chanteuse était «flattée».

D’autres dérapages sont plus clairs. «Il s’est assis au piano et nous avons vraiment chanté cette aria. Nous avons travaillé dessus et il m’a donné des conseils très utiles. Puis, quand c’était fini, il s’est levé et a glissé ses mains sur ma jupe au moment où j’allais partir.» Associated Press raconte la fin en détail : il l’a suivie dans le couloir, lui a demandé de rester et a fait un geste vers le bas disant qu’il en avait «pour deux heures», ce qu’elle a pris comme une référence à une assistance érectile chimique.

«Allégations troublantes»

Plácido Domingo, selon leurs témoignages, ne connaît pas la valeur du mot «non» et insiste tant que certaines, de guerre lasse et par crainte de voir leur carrière compromise, finissaient par lui céder et ont eu des relations sexuelles avec lui. D’une manière générale, elles évoquent une sortie des radars de sa maison d’opéra si elles se refusaient.

Le ténor n’a pas répondu en détail aux accusations d’AP mais a expliqué que ces «allégations, qui pour certaines remontent à plus de trente ans, étaient troublantes et, telles que présentées, inexactes». Il avance une forme d’incompréhension : «Il est douloureux pour moi d’apprendre que j’ai pu offenser des chanteuses alors que je pensais que toutes mes intentions étaient bienvenues et réciproques.» Se décrivant comme quelqu’un qui n’offenserait ou ne ferait souffrir intentionnellement personne, il a «reconnu que les règles et usages par lesquels nous sommes évalués aujourd’hui sont très différents de ceux qu’ils étaient par le passé».

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