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Genève met une sourdine aux musiciens de rue

logo de Tribune de Genève Tribune de Genève 12.08.2017 Selver Kabacalman
Genève met une sourdine aux musiciens de rue © (Tribune de Genève) Genève met une sourdine aux musiciens de rue

Des employés des Rues-Basses se sont plaints auprès de la Ville. Cette dernière adapte les horaires.

Les musiciens de rue vont devoir s’habituer aux nouveaux horaires. Depuis le 1er juillet, le Service de sécurité et de l’espace publics (SEEP) de la Ville de Genève a réduit leur temps de présence dans les Rues-Basses. Une décision prise «suite à des plaintes de plusieurs employés qui avaient en permanence de la musique devant leurs bureaux», explique Cédric Waelti, du Département de l’environnement urbain et de la sécurité. Et de poursuivre: «Même si l’été est une période très rentable pour les musiciens de rue, ceux-ci doivent aussi admettre que certains employés des Rues-Basses peuvent être moins sensibles à leur talent, surtout en pleine journée.»

Si auparavant l’autorisation courait de 10 h à 22 h dans les Rues-Basses, elle se morcelle désormais entre 12 h-14 h et 17 h-22 h en semaine; les horaires restent inchangés les week-ends.

Une décision qui fâche le plus célèbre des musiciens, Josef Hillemacher. Connu grâce à son orgue de Barbarie et son chat, nommé Toulouse, le vieil homme barbu arpente les rues genevoises depuis plus de vingt-sept ans. «Je fais la moitié de ma recette entre 14 h et 17 h», assure-t-il. «Une bonne journée tourne autour de 150-170 francs. Et c’est pendant cette tranche horaire qu’il y a le plus de monde à cet endroit. Aujourd’hui, à cause de cette nouvelle règle, j’atteins à peine les 40 francs.» Révolté, le septuagénaire a lancé une pétition le 8 août.

Du côté de certains usagers des Rues-Basses, ce changement d’horaires est une véritable bouffée d’oxygène. «Ecouter la même symphonie pendant deux heures est devenu insupportable», confie un avocat qui travaille dans le quartier depuis trente ans. «Tout ce qui se joue dans la rue ne peut être qualifié de musique. Il devrait exister un critère artistique, quitte à faire une audition.» Et d’ajouter: «Pas besoin d’être un virtuose du Victoria Hall, mais il faut que la Ville fasse en sorte d’avoir des artistes dignes de ce nom. Parce que franchement, c’est chiant.»

Vincent Piquard, responsable des magasins de chocolat Martel à Genève, est ravi de cette limitation. «Ils importunent mes clients», explique-t-il en jetant un regard courroucé au joueur d’orgue situé à quelques mètres de la terrasse de son établissement. «Les musiciens pourraient se mettre dans des angles de rue, mais non! Ils s’obstinent à se positionner juste devant les enseignes», déplore-t-il, las de les entendre jusqu’à l’intérieur du magasin.

D’autres zones existent

Les Rues-Basses ne constituent pas la seule zone de Genève où les musiciens sont autorisés à se produire. Deux autres lieux sont prévus à cet effet: la zone piétonne du Mont-Blanc et les quais genevois. Par ailleurs, dans ces espaces, les musiciens gardent la possibilité de se produire entre 10 h et 22 h. «Oui, mais ces endroits ne sont pas aussi fréquentés que les Rues-Basses», rétorque Josef Hillemacher. Cet ancien infirmier allemand, dont la rente émarge à «291 euros par mois», craint pour ses finances: «Ce sont précisément les Rues-Basses qui me rapportent le plus.»

Et les nouvelles règles, lui, il s’en moque. Il continue de tourner la manivelle de son instrument, en plein après-midi, sur la rue de la Croix-d’Or, malgré la présence des agents de la police municipale. «Ce n’est pas une loi, donc ils ne peuvent rien faire. S’ils me mettent une amende, je ne la paierai pas», affirme-t-il, le ton déterminé.

Sanction administrative

Les mauvais élèves seront-ils sanctionnés s’ils ne respectent pas ces nouvelles conditions? «Pour l’heure, nous adoptons une attitude permissive et informative», explique Angelo Di Stefano, adjoint de direction au SEEP. «Mais si une personne s’obstine en connaissance de cause, alors il y aura une sanction administrative», ajoute-t-il. Le service prévoit un retrait de la carte de légitimation. Pendant sept, puis trente et finalement nonante jours «si la personne persiste dans son entêtement». Le responsable défend une décision «mûrement réfléchie» de son service. «Nous avons pris en compte les intérêts des uns et des autres. Et pour satisfaire tout le monde, nous avons décidé d’affiner les horaires au lieu d’interdire totalement l’accès à cette zone où les bureaux sont nombreux. C’est la meilleure solution que nous pouvons proposer.»

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