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Un patron voyou recrutait des employés gratis dans les foyers

logo de 24 heures 24 heures 11.07.2018 Eric Budry
Un patron voyou recrutait des employés gratis dans les foyers © (24 heures) Un patron voyou recrutait des employés gratis dans les foyers

Un employeur a été condamné pour avoir exploité un requérant vivant en foyer. Le cas est loin d’être unique, dénonce Unia.

Souleymane (un prénom d’emprunt) a gagné son bras de fer contre l’entreprise de nettoyage Top Clean. Après deux ans de procédure, le Ministère public a condamné l’associé gérant de cette société pour faux dans les titres, violation de la loi sur les étrangers et non-respect des conditions de travail en vigueur dans le secteur du nettoyage.

Souleymane a nettoyé des restaurants Mc Donald’s, la nuit, durant un mois, 47 heures par semaine, sans toucher le moindre franc. Il n’aura bénéficié que de quatre jours de congé durant ce laps de temps. Précisons que Mc Donald’s a résilié en décembre 2015 le contrat avec cette société, rapidement après avoir été interpellé par le syndicat Unia. Cette condamnation pénale permettra justement à ce détenteur de permis F (admission provisoire relevant de l’asile) de requérir auprès du Tribunal des prud’hommes afin de toucher le salaire dû pour ses services ainsi qu’un dédommagement. Son avocat, Olivier Peter, demandera 7000 francs. Les quatre autres travailleurs cités dans l’ordonnance pénale du 26 juin ne pourront en revanche rien réclamer.

«Comme souvent, la société s’est mise en faillite, explique Camila Aros, la responsable du secteur nettoyage du syndicat Unia. Pour Souleymane, on ira chercher le patron. Mais pour les autres, leurs éventuelles prétentions civiles ne pourront être formulées devant un tribunal.»

Des personnes vulnérables

Selon le syndicat, c’est une véritable filière d’exploitation de personnes vulnérables qui a ainsi été démantelée. Elle agissait selon le même mode opératoire également dans le canton de Vaud. Top Clean disposait en réalité de deux catégories d’employés: ceux qui étaient déclarés et ceux qui travaillaient au noir, en demeurant invisibles.

Pour convaincre Souleymane de travailler pour lui, l’associé-gérant lui a promis qu’il pouvait lui obtenir un permis B. Il fallait pour cela qu’il accepte de faire trois semaines de formation puis d’effectuer trois mois d’essai. D’argent, il n’en a pas été question. Ce n’est que lorsqu’un de ses compagnons de foyer lui a expliqué qu’il n’obtiendrait jamais de permis qu’il a décidé de réagir. «Ce patron lui a clairement fait de fausses promesses, profitant de la méconnaissance de ses droits, poursuit Camila Aros. Il a également rédigé de fausses fiches de salaire en prétendant avoir payé des travailleurs alors que ce n’était pas vrai.»

Guidé par le seul appât du gain

Pour les différentes infractions retenues, le Ministère public condamne le prévenu à une peine pécuniaire de 180 jours-amendes, le jour-amende étant fixé à 60 francs. Il devra également s’acquitter d’une amende de 6000 francs ainsi que de 1500 francs de frais de procédure.

Le Ministère public estime que «ses motivations relevaient du seul appât du gain, sans considération aucune pour les interdits en vigueur, ainsi que d’un regrettable mépris de la législation».

«Tous les foyers sont concernés»

«Top Clean s’assurait d’un flux continu de main-d’œuvre ignorant ses droits grâce à plusieurs contacts dans des foyers de requérants d’asile, assure la secrétaire syndicale. Ce cas met en lumière l’exploitation criminelle de travailleurs particulièrement fragilisés en raison de leur statut et de leur méconnaissance de la législation.» Les sollicitations auraient touché les foyers des Tattes, de Feuillasse, de Saconnex et de Lagnon.

«Oui, cela concerne tous les foyers, enchaîne Souleymane. Cette condamnation me satisfait car j’espère qu’il y aura moins de gens qui viendront nous chercher dans les foyers pour travailler au noir. Les assistants sociaux, eux, ne font rien. Il faut absolument que les syndicats puissent venir nous informer de nos droits.»

En Suisse depuis 2008, lui souhaiterait aujourd’hui simplement trouver un emploi: «Avec le permis F, on peut maintenant travailler et j’ai suivi des formations. Mais en réalité, c’est extrêmement dur d’être embauché.»

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