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Mark Zuckerberg : le génie de Facebook est-il trop puissant ?

logo de Capital Capital 08.11.2018 Marion Perrier
Mark Zuckerberg : le génie de Facebook est-il trop puissant ? © Al Drago/Bloomberg via Getty Images Mark Zuckerberg : le génie de Facebook est-il trop puissant ?

Geek arrogant ou milliardaire philanthrope, l’hégémonique P-DG cumule les critiques tandis que le réseau social continue de gagner des utilisateurs.

Sur son visage poupon d’éternel adolescent, l’air est grave et les traits sont tirés. Auditionné par les sénateurs américains, en avril dernier, pour répondre de la responsabilité de Facebook dans un énième mais retentissant scandale sur l’utilisation des données personnelles de ses utilisateurs, Mark Zuckerberg ne semble pas très détendu. Pour autant, il n’a finalement pas lâché grand-chose face au feu nourri des questions des élus. C’est peut-être l’un des paradoxes qui le résument le mieux. Souvent décrit comme timide, mal à l’aise en public, le désormais trentenaire règne pourtant sur le plus important réseau social du monde, qu’il a su pérenniser en le faisant sans cesse évoluer. Une réussite qui lui vaut d’être perçu comme un génie du numérique.

Il a en tout cas développé ses talents précocement : né en 1984 d’un père dentiste et d’une mère psychiatre, dans l’Etat de New York, Mark Zuckerberg, surnommé “Zuck”, se frotte très vite aux ordinateurs. Initié à l’informatique par son père, il relie par exemple les ordinateurs de la maison familiale avec celui du cabinet paternel pour leur permettre de communiquer via une messagerie instantanée. Plus tard, il invente Synapse Media Player, un lecteur de musique capable de s’adapter aux goûts de l’utilisateur, grâce à l’intelligence artificielle. C’est donc avec déjà un sérieux bagage informatique qu’il intègre Harvard en 2002.

D’une communauté d’étudiants au réseau planétaire

Au sein de la prestigieuse université, il se fait vite remarquer en développant Facemash dans sa chambre d’étudiant. Il s’agit d’un programme qui permet aux étudiants de voter pour choisir, entre deux personnes du campus, celle qu’ils considèrent la plus “sexy”. Le service suscite 22.000 votes en quelques heures mais provoque un tollé. Les photos des étudiants utilisées ont été piratées. Convoqué par le conseil d’administration, Mark Zuckerberg ferme le site. En 2004, il lance, avec Dustin Moskovitz, Eduardo Saverin, Andrew McCollum et Chris Hughes, Thefacebook, sorte d’annuaire en ligne permettant de connecter ses membres entre eux. D’abord réservé aux étudiants de Harvard, il est progressivement ouvert à d’autres universités, et au grand public en 2006.

Mark Zuckerberg abandonne alors l’université an de se consacrer au développement du site, rebaptisé Facebook, et s’installe à Palo Alto en Californie. Progressivement, il augmente les fonctionnalités du réseau, modulant par exemple la présentation du fil d’actualité, intégrant le “like” en 2005, ouvrant ensuite la possibilité à des tiers de développer des applications intégrées sur le réseau ou celle de discuter en direct entre utilisateurs. Rapidement, le réseau tisse sa toile, faisant de plus en plus d’adeptes dans le monde. Il passe la barre des 500 millions de membres en 2010 et le milliard en 2012. Aujourd’hui, Facebook compte 2,23 milliards d’utilisateurs actifs chaque mois. Son point fort : évoluer sans cesse pour répondre aux besoins des utilisateurs.

  • Mark Zuckerberg en 4 chiffres :
  • 19 ans : c’est l’âge qu’il avait lorsqu’il a lancé Facebook. 2,23 milliards d’utilisateurs actifs du réseau, par mois, en 2018. 40,65 milliards de dollars de chiffre d’affaires de facebook en 2017. 71 milliards de dollars : c’est le montant estimé de sa fortune personnelle.

À la recherche de nouvelles fonctionnalités

La plate-forme, qui est constamment modifiée, n’a d’ailleurs plus grand-chose à voir avec ce qu’elle était à ses débuts. Elle teste de nouvelles fonctionnalités en permanence. Certaines sont des succès, comme le “like” et la panoplie de réactions aujourd’hui disponible. D’autres sont abandonnées, comme le Fil Explorer, une expérimentation consistant à exclure les annonceurs et les médias du fil d’actualité pour les rassembler sur un fil distinct. Peu importe, l’essentiel étant, pour le patron, d’”agir vite et casser des choses” pour pouvoir apprendre de ses échecs et continuer à progresser rapidement. 

Pour asseoir la domination de sa plate-forme, Mark Zuckerberg ne se contente d’ailleurs pas d’encourager l’innovation en interne, il mise aussi sur celle d’autres start-up. Ainsi, il a racheté l’application d’échange de photos Instagram, pour 1 milliard de dollars, et a déboursé 22 milliards de dollars pour s’offrir WhatsApp, appli de messagerie instantanée. Des investissements qui lui assurent une audience chez les jeunes, qui plébiscitent ces deux réseaux. Si l’ambitieux P-DG peut se permettre de telles opérations, c’est parce qu’il a fait de Facebook une véritable machine à cash.

  • Il mise sur la méthode des hackers. Imprégné de la culture geek, Mark Zuckerberg expliquait en 2012 utiliser le “hacker way” pour faire grandir sa plateforme. Cette méthode des pirates consiste à tester en permanence de nouvelles choses, sans hésiter, quitte à se tromper.

Le jeune milliardaire veut changer le monde

Les recettes de la plate-forme proviennent principalement des revenus publicitaires. Or, Facebook attire les annonceurs en leur offrant la possibilité de cibler précisément les profils des utilisateurs grâce à leurs données personnelles. Plus Facebook offre de fonctionnalités, plus les utilisateurs sont amenés à partager des informations sur eux et plus le site peut faire de l’argent. L’année dernière, la plate-forme a réalisé un chiffre d’affaires de 40,65 milliards de dollars, en hausse de 47%, et un bénéfice net de 15,93 milliards de dollars. Avec une fortune personnelle évaluée à 71 milliards de dollars, Mark Zuckerberg figure donc parmi les cinq hommes les plus riches de la planète, selon le magazine américain Forbes. Mais l’argent ne serait pas sa principale motivation. 

Ce que veut ce féru de mythologie grecque, qui se fixe chaque année un nouveau challenge – apprendre le mandarin, créer une intelligence artificielle domestique, visiter chaque Etat des Etats-Unis –, c’est changer le monde. “A l’origine, Facebook n’a pas été créé pour être une entreprise. Facebook a été construit pour accomplir une mission sociale, pour rendre le monde plus ouvert et plus connecté”, a-t-il écrit dans une lettre à ses actionnaires. Il est convaincu que la transparence est un progrès et que sa plate-forme peut améliorer le monde. L’entrepreneur est aussi un philanthrope, donnant en faveur des projets éducatifs ou à la Fondation de la Silicon Valley avec sa femme Priscilla Chan, une pédiatre, rencontrée à l’université. Le 1er décembre 2015, le couple annonce la naissance de leur première fille, Maxima, et la création de la Chan Zuckerberg Initiative. L’organisation chargée d’oeuvrer en faveur de la santé et de l’éducation sera progressivement dotée de 99% de leurs actions Facebook, expliquent-ils dans une lettre publiée sur le réseau social. Le milliardaire se construit ainsi une image qui tranche avec la figure du génie arrogant que décrit notamment le film de David Fincher The Social Network, sorti en 2010 et qui retrace l’histoire de la création du site.

Vol d’idées, utilisation des données perso… les polémiques s’accumulent

La saga Facebook est en effet émaillée de scandales. Mark Zuckerberg aurait d’abord piqué leur idée à un groupe d’étudiants qui lui avaient demandé de travailler sur leur projet, ressemblant étrangement à Facebook. Leurs plaintes aboutissent à un accord financier. Le patron est ensuite accusé par Eduardo Saverin, un des cofondateurs, de l’avoir évincé de l’entreprise. Mais, au-delà de sa personnalité, c’est le fonctionnement et l’influence de Facebook qui font polémique. Harcèlement en ligne, propagation de fake news, défaut de modération, la plate-forme fait l’objet de nombreuses critiques. Sa politique de la confidentialité et l’utilisation des données personnelles des utilisateurs sont régulièrement questionnées. “La notion de vie privée lui est étrangère, analyse Christophe Deshayes, conférencier et expert de la transformation numérique. Mark Zuckerberg est un hackeur né. Pour lui, dès lors que les données sont disponibles, il peut s’en servir.”

Dernier scandale en date, le piratage de plus de 50 millions de comptes, révélé en octobre, suite à la découverte d’une faille de sécurité. Un bug qui tombe mal après l’affaire Cambridge Analytica qui avait plongé Facebook dans la tourmente après la fuite des données de 87 millions de comptes, utilisées par ce cabinet de conseil dans un but de profilage politique. Convoqué par les sénateurs américains puis par le Parlement européen, Mark Zuckerberg avait alors multiplié les excuses et assuré que le réseau travaille dur pour éviter qu’un tel détournement ne se reproduise. Raté ! Et plutôt hypocrite vu que son business model repose justement sur l’exploitation des données des utilisateurs. Des rumeurs appelant à la démission du milliardaire circulent. Mais, avec 60% des droits de vote, le petit génie a assuré ses arrières. Il ne peut être viré. Reste à voir si celui qui a refusé à plusieurs reprises de vendre son bébé pour une coquette somme lors de ses débuts prometteurs pourrait choisir de quitter le navire en pleine tempête. 

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