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MyBuBelly : une arnaque qui prétend aider les femmes à choisir le sexe de leur enfant ?

logo de Le Figaro Le Figaro 04.01.2019 Cécile Thibert

Une application de coaching propose à ses clientes de les aider à choisir le sexe de leur enfant à naître. Une méthode facturée 149 euros par mois qui ne repose sur aucune base scientifique.

sante © 207837183/Antonioguillem - stock.adobe.com sante

«Fille ou garçon? Et si vous pouviez choisir», se demandait Le Parisien en couverture de son édition du jeudi 3 janvier dans laquelle deux pages étaient consacrées à l’application MyBuBelly. Commercialisée par l’entreprise française éponyme, elle promet aux femmes de choisir le sexe de leur enfant en les aidant à adopter un régime alimentaire particulier et à cibler la date de conception. Ce service de coaching personnalisé, facturé 149 euros par mois (puis 120 euros à partir du septième mois d’utilisation), revendique 90% de réussite. Un argument vendeur qui fait le succès de la petite entreprise depuis son lancement en mai 2017. «Depuis juin, nous avons entre 100 et 150 nouveaux membres chaque mois», assure Sandra Ifrah, sa fondatrice, au Figaro.

La méthode repose pourtant sur des bases scientifiques plus que douteuses. «C’est une belle escroquerie», assène le Pr Bernard Hédon, gynécologue-obstétricien et spécialiste de la médecine de la reproduction. «Il n’existe pas de méthode naturelle pour choisir le sexe de son enfant. Tous les couples ont une chance sur deux d’avoir une fille ou un garçon. Les utilisatrices de cette application auront donc 50% de chance de voir leur souhait se réaliser. Mais ce ne sera pas lié à la méthode, simplement au hasard».

Les femmes qui souhaitent suivre le programme de MyBuBelly doivent commencer au moins trois mois avant la conception. Elles devront donc débourser au minimum 447 euros. Mais en réalité, il faut compter en moyenne sept mois pour concevoir un enfant. Le coût réel pourrait donc approcher les 1000 euros! Sur son site internet, tout en bleu et rose, MyBuBelly indique toutefois que les parents seront «comblés ou remboursés». L’argument est malin car même si la méthode est totalement inefficace, l’entreprise n’aurait a priori à rembourser que la moitié des sommes engrangées... «Quoi qu’il arrive, l’entreprise est bénéficiaire», ironise le médecin. De son côté, le Pr Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens, n’hésite pas à parler de «charlatanisme» dans les colonnes du Parisien.

Comprendre la méthode MyBubelly

La méthode MyBuBelly repose sur l’idée qu’en laboratoire, les spermatozoïdes porteurs du chromosome Y - qui donnent un garçon - et ceux porteurs du chromosome X, qui donnent une fille, ne se comportent pas exactement de la même manière. «Le chromosome X est plus lourd que le chromosome Y donc les spermatozoïdes qui portent un chromosome X sont plus lents, mais aussi plus résistants en milieu acide», affirme le Dr Véronique Bied Damon, gynécologue et membre du conseil scientifique de MyBubelly. En ajustant le niveau d’acidité du vagin et en choisissant la date de conception idéale, il serait possible de favoriser le passage des uns ou des autres.

«Il est certes possible de modifier légèrement le pH (le niveau d’acidité, NDLR) vaginal avec l’alimentation, mais personne n’a jamais pu prouver que cela avait une influence sur la détermination du sexe de l’enfant à naître», explique le Pr Hédon. Une grande partie de l’application repose pourtant sur des recommandations alimentaires à observer dans les mois qui précèdent la conception (manger des produits laitiers et des légumes verts et bannir les aliments salés et le fromage de chèvre pour avoir une fille ; privilégier la viande, les plats salés, les bananes ou encore le poisson pour un garçon...).

La deuxième recommandation porte quant à elle sur le moment de la conception. Les spermatozoïdes X, qui donnent des filles, seraient a priori plus résistants, selon MyBuBelly. Si le rapport sexuel a lieu plusieurs jours avant l’ovulation ce serait donc eux qui survivraient prioritairement, augmentant ainsi leur chance de féconder l’ovule. Au contraire, les spermatozoïdes Y seraient plus rapides. Des rapports sexuels au moment de l’ovulation les favoriseraient, augmentant les chances d’avoir un garçon. Sur le papier, cela semble très simple. Mais dans la réalité... «Le ciblage de l’ovulation n’a aucun impact sur le sexe de l’enfant», rappelle Bernard Hédon.

90% de réussite, vraiment?

En dépit de ces approximations, MyBuBelly revendique une efficacité spectaculaire de son programme, à condition de l’initier au moins trois mois avant la conception. «Sur environ 100 femmes qui ont suivi notre méthode, cela a marché 9 fois sur 10», affirme Sandra Ifrah. Un résultat qui étonne le Dr Véronique Bied Damon, qui travaille pourtant en collaboration avec MyBuBelly. «J’ai appris ce chiffre par la presse et j’ai été choquée», regrette-t-elle. «Je n’ai pas accès aux données mais on ne peut pas valider une méthode sur la base des 100 premiers cas. Ce n’est pas correct sur le plan scientifique. Il faudrait faire une étude pour le prouver.»

«Toute méthode qui n’est pas démontrée scientifiquement est critiquable, d’autant plus si on utilise la crédulité des gens», ajoute Hervé Chneiweiss, président du comité d’Éthique de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. «C’est tout à fait abusif et malhonnête.»

Pour défendre son business, Sandra Ifrah, qui évoluait jusque-là dans le domaine de l’art, s’appuie sur une étude du Dr François Papa, un gynécologue obstétricien controversé qui prône depuis plusieurs décennies la méthode du régime alimentaire. Dans les années 1980, ce médecin a mené une étude avec 200 femmes suivies à la maternité de Port-Royal à Paris. Les résultats, publiés dans le Journal de gynécologie obstétrique et biologie de la reproduction (sans comité de lecture, ce qui signifie que l’étude n’a pas été évaluée par des médecins avant sa publication), annonçaient 80% de réussite. Mais près de trois quarts des patientes avaient en réalité abandonné en cours de route... Ces résultats n’ont de toute façon jamais pu être reproduits par la suite.

Une experte de MyBuBelly désavoue l’application

«J’ai moi-même pratiqué cette méthode avec le soutien d’un médecin et d’un nutritionniste et ça a marché», fait valoir Sandra Ifrah. «J’ai simplement eu envie de la partager plus largement». La fondatrice de MyBuBelly s’est entourée d’une brochette d’«experts», dont une experte culinaire, des naturopathes, mais aussi sept médecins, dont les photos et les témoignages qui figurent sur le site internet sont censés rassurer les «clientes». «Certains s’impliquent certainement de manière sincère», estime le Pr Israël Nisand dans Le Parisien. «Reste qu’ils ne s’appuient sur rien de solide».

Dans les rangs du comité d’experts de MyBuBelly, le vent tourne. «Je suis rentrée dans ce comité car je trouvais l’idée intéressante. J’avais lu qu’il y avait des différences de comportement entre les spermatozoïdes porteurs d’un chromosome X et d’un chromosome Y», témoigne le Dr Véronique Bied Damon, qui assure n’avoir jamais touché d’argent de l’application. «Est-ce que cette méthode naturelle est efficace? Je reconnais que cela reste à démontrer. L’aspect commercial me dépasse totalement.»

En réalité, il n’existe actuellement que deux méthodes fiables pour choisir le sexe d’un bébé: le tri des spermatozoïdes par cytométrie de flux (80% d’efficacité) et le tri des embryons par diagnostic préimplantatoire (presque 100% de fiabilité). Sur le plan éthique, «la première technique est interdite en France et la seconde est strictement limitée à la prévention de maladies génétiques graves et incurables dont l’origine se situerait sur le chromosome X ou Y», rappelle le Pr Hédon.

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