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Rougeole: et si obliger la population à se vacciner était la solution?

logo de Le Figaro Le Figaro 11.04.2019 Soline Roy
Des mères de famille opposées à l’obligation vaccinale, le 28 mars dans l’État de New York. © MIKE SEGAR/REUTERS Des mères de famille opposées à l’obligation vaccinale, le 28 mars dans l’État de New York.

Des poursuites pénales, et 1.000 dollars d’amende: telle est la promesse faite mardi 9 avril par la ville de New York aux habitants de quatre zones situées au nord-ouest de Brooklyn, «ayant pu être exposés à la rougeole» et ne se faisant pas vacciner. Quant aux garderies et écoles destinées à la communauté juive orthodoxe, communauté où la résurgence de la maladie est particulièrement forte, elles seront passibles de poursuites pénales et même de fermeture administrative si elles acceptent les enfants non vaccinés, rapporte l’AFP. Jusqu’ici, l’État de New York obligeait à une série de vaccinations pour intégrer le système scolaire mais accordait des exemptions pour motifs religieux. À New York, 285 cas de rougeole ont été enregistrés depuis octobre, contre seulement 2 en 2016. Après des mois de campagne pour inciter à la vaccination, «il était temps de passer à une approche plus musclée», a estimé Bill de Blasio, le maire de la ville.

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Fin mars, c’est le comté de Rockland, au nord de New York, qui faisait parler de lui en bannissant des lieux publics tout mineur non vacciné contre la maladie (soit presque un tiers des 1 à 18 ans). Le chef du comté, Ed Day, s’était ensuite félicité qu’en deux jours, plus de 500 nouvelles vaccinations contre la rougeole avaient été faites. Ed Day estimait alors que son comté était «en bonne voie» pour atteindre un taux d’immunisation par première injection de 93%, proche du niveau jugé nécessaire pour mettre fin à cette épidémie. Depuis octobre, plus de 17.000 vaccins ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole) auraient été administrés dans le comté. À la date du 8 avril, le comté a enregistré 168 cas confirmés de rougeole. Près de 83% des malades n’avaient jamais été vaccinés contre la maladie, officiellement éradiquée depuis 2000 mais revenue semble-t-il en septembre par l’intermédiaire de sept voyageurs étrangers.

Hélas, quelques jours après sa mesure de bannissement, la Cour suprême de l’État rendait une ordonnance contre l’état d’urgence déclaré le 26 mars par ce comté de 300.000 habitants, qui interdisait pour 30 jours les lieux publics aux mineurs non vaccinés. «Je ne suis absolument pas d’accord avec l’opinion du juge selon laquelle cette crise de rougeole n’atteint pas le niveau d’une urgence, alors qu’en fait, nous faisons face à la plus longue épidémie actuelle au pays et à la plus grande épidémie dans l’État de New York depuis 30 ans», a déclaré le chef du comté dans un communiqué publié le 8 avril. Le comté a annoncé qu’il ferait appel de cette décision, et prévoyait de nouvelles mesures «afin de garder les personnes qui ont pu être exposées à la rougeole dans leurs maisons et loin des lieux publics».

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La mesure d’éviction radicale était censée aider à «éteindre cette épidémie et protéger la santé de ceux qui ne peuvent pas être vaccinés pour des raisons médicales ou les enfants trop jeunes pour être vaccinés», avait alors expliqué Ed Day. Le site internet officiel du comté indiquait fin mars que parmi les cas confirmés, près de 15% concernaient des bébés de moins de 1 an (la première injection étant habituellement faite entre 12 et 15 mois). Face à l’épidémie, le département de la santé du comté recommande une première injection entre 6 et 11 mois. Quant aux 1-3 ans qui ont déjà été vaccinés une première fois, il est conseillé de ne pas attendre pour leur faire une seconde injection (habituellement faite entre 4 et 6 ans).

L’Organisation mondiale de la santé s’est alarmée début mars d’un retour de la rougeole dans le monde, avec 136.000 morts en 2018 et un bond d’environ 50% des cas signalés l’an dernier par rapport à 2017. Une augmentation due, dans les pays pauvres, à une difficulté d’accès aux vaccins, mais alimentée dans les pays riches par une défiance envers les vaccins en général et le ROR en particulier, soupçonné à tort de provoquer l’autisme. Face à cette défiance grandissante, les responsables de la santé publique semblent tentés par l’obligation vaccinale.

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L’obligation vaccinale semble efficace en France

En Allemagne, l’association des pédiatres a appelé la coalition gouvernementale à rendre obligatoire le vaccin contre la rougeole, avant d’y adjoindre 7 autres vaccinations (rubéole, diphtérie, tétanos, polio, coqueluche, oreillons et varicelle). Ils soutenaient une proposition du ministre de la Santé Jens Spahn, favorable à une obligation de vacciner contre la rougeole les enfants scolarisés.

En France, l’obligation de vacciner les enfants contre 11 maladies instaurée en janvier 2018 et très critiquée à l’époque, semble porter ses fruits: «La couverture de la vaccination hexavalente (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, Haemophilus influenzae de type B et hépatite B) continue de progresser», se félicitait le gouvernement le 25 mars à l’issue d’un Comité interministériel pour la santé, annonçant une hausse de la couverture vaccinale de 93 à 98,6% (selon les premières estimations sur les enfants nés entre janvier et mai). «La couverture vaccinale contre les infections à méningocoque C est estimée à 75,7 % alors qu’elle n’était que de 39,3 % pour la même période en 2017», ajoutait le dossier de presse. Pour savoir si cette hausse de la couverture vaccinale concerne aussi la rougeole, il faudra cependant attendre: en France, la première injection est (hors contexte épidémique) obligatoire à 12 mois, la seconde entre 16 et 18 mois.

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