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Trois trucs pour ne pas se laisser piéger par les promesses des aliments «miracles»

logo de Le Figaro Le Figaro 26.10.2018 Cécile Thibert

Parce qu’il est très difficile d’évaluer l’effet d’un aliment sur la santé, les conclusions des études scientifiques en matière de nutrition doivent être prises avec précaution.

sante © Sabine Dietrich/Floydine - stock.adobe.com sante

Ils sont réputés pour être des remèdes anti-fatigue, anti-cancer et antioxydants. «Ils», ce sont les aliments «miracles», comme le curcuma, le gingembre ou encore l’ail. L’idée que ces supers aliments ont des effets bénéfiques puissants et immédiats sur la santé est très répandue, d’autant que ces affirmations s’appuient la plupart du temps sur des études scientifiques.

Seulement, en pratique, il est très difficile de distinguer avec précision l’effet isolé d’un seul aliment, tant la santé dépend d’une multitude de choses. Les chercheurs en ont d’ailleurs bien conscience, c’est pourquoi ils restent le plus souvent prudents afin de ne pas tirer de conclusions trop hâtives. Il arrive toutefois que ces précautions soient supprimées au moment où l’information est délivrée au grand public. D’où la nécessité de s’armer de vigilance et de garder en tête que, même parfaitement réalisée, une étude n’est jamais gage de vérité absolue, sans compter qu’elle peut être mal interprétée. Voici un petit florilège des biais les plus fréquemment rencontrés.

1. Le brocoli et le diabète: le problème des facteurs confondants

S’intéresser à l’effet d’un seul aliment sur la santé n’est pas chose aisée car il faut non seulement pouvoir le distinguer des autres aliments, mais il faut également prendre en compte les facteurs environnementaux susceptibles d’interférer.

Par exemple: des chercheurs veulent savoir si le brocoli protège du risque de développer un diabète de type 2. Ils demandent à 1000 personnes de remplir un questionnaire qui renseigne sur leur fréquence de consommation de ce légume. Ils découvrent alors que les gros consommateurs de brocolis sont moins fréquemment touchés par le diabète et concluent que le brocoli a un effet protecteur.

Mais c’est oublier tous les autres éléments qui entrent en jeu dans cette maladie multifactorielle. Peut-être que les adeptes du brocoli ont un mode de vie plus sain (alimentation équilibrée, activité physique...) tandis que ceux qui en mangent peu font moins attention à leur consommation de fruits et légumes, et à leur santé en général (consommation d’alcool et de tabac, moins d’activité sportive). Ne pas prendre en compte ces facteurs - appelés «facteurs confondants» - aboutit donc nécessairement à une conclusion faussée. Comment savoir si c’est bien le brocoli qui protège contre le diabète, et pas la choucroute ou le jogging du dimanche matin?

Certes, la plupart des études prennent en compte un maximum de facteurs confondants. Les chercheurs utilisent même des méthodes statistiques qui leur permettent de faire ressortir l’influence d’un seul élément parmi d’autres. Mais bien souvent, il existe tellement de variables au sein du groupe étudié que cet exercice s’avère périlleux. Les résultats reposent alors sur la solidité des analyses statistiques.

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2. Manger bio protège du cancer: corrélation n’est pas causalité

Une étude française récente réalisée auprès de 70.000 personnes a trouvé une association entre le fait de manger bio et un risque de cancer réduit de 25% par rapport à ceux qui mangent peu ou pas bio. Les chercheurs ont fait remplir un questionnaire aux participants avant de les classer en quatre groupes en fonction de leur niveau de consommation de bio. Il s’agit d’une étude dite «observationnelle». Au total, 269 cancers ont été diagnostiqués chez les gros amateurs de bio, contre 360 dans le groupe de ceux qui mangent pas ou peu bio. Soit une différence de 25%.

Impossible cependant d’affirmer à ce stade que manger bio protège du cancer: il ne s’agit que d’une corrélation. Car d’autres facteurs interviennent dans le déclenchement d’un cancer. L’étude montre d’ailleurs que ceux qui mangent le plus de bio ont des revenus plus élevés, fument moins et ont un indice de masse corporelle plus faible. En clair, ce sont les personnes qui prennent davantage soin de leur santé qui ont le moins de cancer. Les auteurs de l’étude ont bien pris en compte certains de ces facteurs confondants, mais pas tous. Par exemple l’exposition professionnelle aux agents cancérigènes n’a pas été considérée.

Pour établir un lien de cause à effet, il aurait fallu constituer au hasard des groupes de personnes de taille identique, parfaitement comparables en tous points: même catégorie socioprofessionnelle, même hygiène de vie, etc. C’est ce qu’on appelle un essai randomisé. Le seul élément qui doit varier entre les groupes est le niveau de consommation d’aliments bio. Si après plusieurs années de suivi, des différences émergent au niveau du nombre de cas de cancers, il est raisonnable de conclure qu’il existe un lien causal.

En pratique, ces études sont impossibles à mettre en place (très contraignantes, coûteuses). Faute de mieux, c’est l’accumulation d’études observationnelles dont les résultats vont dans le même sens qui doit mettre sur la piste d’un lien de cause à effet, sans toutefois pouvoir le prouver de manière formelle.

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3. Tomates et cancer de la peau: ce qui vaut chez la souris ne vaut pas chez l’homme

«Les tomates réduisent le risque de cancer de la peau», clamait il y a quelques mois un site d’information spécialisé en santé. L’article se fait l’écho d’une étude publiée dans le journal scientifique Nature. Cette nouvelle serait tout à fait réjouissante si l’étude n’avait pas été menée...chez des souris. Plus précisément, chez des souris génétiquement modifiées, plus à risque de développer un cancer de la peau.

Pour leur expérience, les scientifiques ont réparti les souris en deux groupes, tous deux soumis à des rayons ultraviolets, connus pour provoquer des cancers de la peau. Dans le premier, les rongeurs ont reçu une alimentation classique. Dans l’autre, une alimentation supplémentée en poudre de tomate. Les chercheurs ont alors découvert que les souris nourries avec de la poudre de tomate ont développé moins de tumeurs de la peau que les autres. Ce résultat ne permet pas pour autant d’affirmer que la tomate a un effet protecteur contre le cancer de la peau chez l’homme. Pour pouvoir le dire, il faudrait vérifier que les mêmes résultats sont obtenus chez l’homme, ce qui n’est pas possible pour des raisons éthiques évidentes. Les études chez les animaux donnent de précieuses informations préliminaires, mais leurs conclusions doivent toujours être maniées avec précaution.

D’une étude à l’autre, les conclusions se suivent mais ne se ressemblent pas et il est fréquent qu’un aliment porté aux nues un jour ne soit plus jugé si avantageux le lendemain. Il existe par exemple autant d’études affirmant que le café est bon pour la santé que d’études indiquant le contraire. Mieux vaut donc prendre du recul face aux allégations en matière de nutrition et préférer une alimentation équilibrée plutôt que de tout miser sur un seul aliment.

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