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Laurent Wauquiez, l'anti-Macron affûte ses armes

logo de leJDD leJDD 19/06/2017 Redaction JDD

Le vice-président du parti, Laurent Wauquiez, est déjà dans les starting-blocks. Objectif : conquérir ce qu'il reste de LR pour devenir l'opposant numéro un à Macron

Le vice-président du parti, Laurent Wauquiez, est déjà dans les starting-blocks. Objectif : conquérir ce qu'il reste de LR pour devenir l'opposant numéro un à Macron © Sipa Le vice-président du parti, Laurent Wauquiez, est déjà dans les starting-blocks. Objectif : conquérir ce qu'il reste de LR pour devenir l'opposant numéro un à Macron

Lui n'est ni "En marche !" ni "constructif", et il le revendique. Trois jours après la victoire d'Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez se vantait devant des militants Républicains du Val d'Oise d'avoir refusé d'appeler à voter pour lui entre les deux tours de la présidentielle : "Parce que je sais où je suis : je suis de droite, je suis fier des valeurs de droite, et je ne fais pas le porteur d'eau pour un candidat issu de la gauche." Quand certains de ses "amis politiques" veulent tendre la main au nouveau pouvoir, le vice-président de LR fait le choix inverse : incarner l'opposition à Macron. Et à l'heure où beaucoup annoncent la mort des partis, lui veut s'emparer de ce qui reste du sien lors du congrès prévu à l'automne. Voilà des années qu'il s'y prépare minutieusement.

"Laurent, c'est quelqu'un qui construit un parcours. Il réfléchit à très long terme"

"Laurent, c'est quelqu'un qui construit un parcours. Il réfléchit à très long terme", souligne son ami Camille Pascal, ex-plume de Nicolas Sarkozy. C'est pour cela qu'il s'est lancé fin 2015 dans la bataille des régionales. Deux mois avant le scrutin, il détaillait ses motivations : se doter d'un fief – et quel fief, Auvergne-Rhône Alpes, une région dotée d'un budget de 3,7 milliards d'euros –, gagner son "autonomie" politique, et appliquer ses idées pour "revenir dans quelques années avec des résultats concrets" devant les Français. Et aussi, ajoutait-il, "casser mon image de chien fou qui se précipite sur toutes les balles".

Contrairement à Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet, il a renoncé à se présenter à la primaire de 2016, pour jouer la fidélité à un Nicolas Sarkozy pas dupe alors de ses arrière-pensées : "Laurent a une bonne stratégie. Il se met dans mon sillage, c'est tout bénéfice." L'ancien chef de l'État lui avait aussi promis le parti en cas de victoire en 2017. À lui l'appareil, à François Baroin Matignon. Et que le meilleur gagne en 2022. La victoire de François Fillon à la primaire a ruiné ce beau scénario. Mais l'objectif de Wauquiez n'a pas varié : commencer par prendre le parti.

"Wauquiez est seul sur le créneau de la droite décomplexée et c'est le créneau majoritaire auprès des militants"

François Baroin ayant choisi de s'effacer, Xavier Bertrand est l'un des rares à envisager de lui disputer la direction des Républicains. "Où sont ses troupes?" balaie un proche de Wauquiez. Lequel peut compter sur une petite armée, avec peu de généraux, mais des bataillons de militants. Or ce sont eux, les adhérents du parti, qui doivent élire le nouveau président du mouvement. Ils restent très majoritairement sarkozystes et Wauquiez est à leurs yeux celui qui porte l'héritage de l'ancien président. N'a-t-il pas à ses côtés Brice Hortefeux, le fidèle entre les fidèles de Sarkozy? "Wauquiez est seul sur le créneau de la droite décomplexée et c'est le créneau majoritaire auprès des militants", constate un ténor du parti qui ne le porte pas dans son cœur.

Côté parlementaires, Wauquiez réunit deux fois par mois, depuis plus de deux ans, un groupe d'élus, dont beaucoup sont de sa région : outre Hortefeux y figurent les députés Philippe Meunier, Philippe Cochet, Arnaud Viala, Jean-Pierre Vigier, Stéphanie Pernod-Beaudon, Françoise Guégot et Dino Cinieri, les sénateurs Mathieu Darnaud et Alain Marc, et le député européen Philippe Juvin, par ailleurs président de la fédération LR des Hauts-de-Seine. Son cercle d'amis englobe aussi Éric Ciotti, Rachida Dati, Pierre Charon, Jérôme Chartier, Guillaume Peltier ou le patron du groupe LR Christian Jacob. Wauquiez étend par ailleurs ses réseaux au sein des parlementaires comme de la droite "hors les murs" en organisant tous les deux mois un déjeuner autour d'une personnalité, auquel il convie une poignée d'élus. Parmi les invités d'honneur de ce think tank informel : la démographe Michèle Tribalat, l'avocat Thibault de Montbrial, le directeur de l'Institut Montaigne Laurent Bigorgne, le professeur de philosophie François-Xavier Bellamy et, dernièrement, le philosophe et historien Marcel Gauchet.

"Certains d'entre nous préféreraient casser le parti que le lui donner"

Ces derniers mois, l'homme a aussi soigné ses relations avec Sens commun, émanation de La Manif pour tous, qui a prouvé avec le meeting de Fillon au Trocadéro sa capacité de mobilisation. Si le mouvement associé à LR n'a encore pas officiellement pris parti, on voit mal comment son soutien pourrait échapper à celui qui affirmait encore en janvier : "Il faudra avoir le courage de revenir sur […] la loi Taubira" sur le mariage pour tous. D'ailleurs, Wauquiez a été convié à participer aux "journées de la France silencieuse" que Sens commun organise les 14 et 15 octobre à Asnières (Hauts-de-Seine).

Il sillonne par ailleurs les fédérations pour asseoir sa popularité auprès des cadres, majoritairement sarkozystes depuis les élections internes de 2015. "Depuis 2012, il a fait des déplacements dans 80 départements sur 100", évalue un de ses proches. Toujours sous le même format : une rencontre avec les cadres locaux, suivie d'une réunion militante. Depuis février, il a nettement accéléré sa campagne silencieuse, avec une trentaine de fédérations visitées sous couvert de soutien aux candidats aux législatives. L'occasion de défendre ses idées devant des assemblées de quelques centaines de sympathisants, et de récupérer des adresses mail. Son équipe revendique une base de 450.000 contacts. Son ancien attaché parlementaire, Aurane Reihanian, organise quant à lui un réseau de "jeunes avec Wauquiez". Ce sont eux qui devraient donner le top départ de sa campagne en lançant un appel à sa candidature, après les législatives.

"Il a déjà tout verrouillé", se désole un élu de la droite parisienne. Lui en est tellement convaincu qu'il se prépare à… quitter le parti. Il ne devrait pas être le seul, tant l'homme à la parka rouge fait figure de repoussoir pour une partie de son camp. "Certains d'entre nous préféreraient casser le parti que le lui donner", prévenait il y a quelques mois un ancien ministre de Sarkozy. De fait, la naissance du courant "constructif" doit autant à l'attraction exercée par Macron qu'au rejet de Wauquiez. Un député sarkozyste s'attend donc à d'autres départs demain. "Mais Wauquiez s'en fout, ajoute-t-il. Il préfère un parti plus petit mais cohérent, plutôt qu'un truc ramasse-tout. Il veut faire un parti pour lui." Et après, cap sur 2022.

Christine Ollivier (avec Gaël Vaillant)

Les régions, bastions de la fronde?

Réduite à la portion congrue à l'Assemblée nationale, l'opposition à Emmanuel Macron peut s'appuyer sur de solides bastions à l'extérieur du Parlement : les super-régions issues de la réforme de 2015. Sept d'entre elles ont des présidents de droite, dont des opposants revendiqués au nouveau pouvoir : Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône Alpes, Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France et Valérie Pécresse en Île-de-France. Il faudra aussi compter avec le filloniste Bruno Retailleau (Pays de la Loire), le centriste Hervé Morin en Normandie ou les socialistes Alain Rousset (Nouvelle-Aquitaine) et Carole Delga (Occitanie).

Christine Ollivier

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