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Pas de salut hors de la première place ? Le pari très risqué de Macron aux Européennes

logo de Liberation Liberation 19/05/2019 Alain Auffray
French president Emmanuel Macron gives a press conference as part of his visit in Biarritz, on May 17, 2019, ahead of the upcoming G7 summit. (Photo by IROZ GAIZKA / POOL / AFP) © IROZ GAIZKA French president Emmanuel Macron gives a press conference as part of his visit in Biarritz, on May 17, 2019, ahead of the upcoming G7 summit. (Photo by IROZ GAIZKA / POOL / AFP)

En dramatisant l'affrontement des progressistes contre l'extrême droite, la majorité fait passer au second plan son projet européen.

Les élections intermédiaires se soldent en général par une sanction des urnes contre le pouvoir en place. S’agissant du scrutin, l’une des rares exceptions à cette règle fut la victoire aux européennes de la liste UMP en 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Alors que l’Europe venait d’affronter une crise financière d’une exceptionnelle gravité, les électeurs avaient, cette année-là, conforté la droite dans la plupart des grands Etats de l’UE. Dix ans plus tard, toutes les conditions semblent réunies pour qu’Emmanuel Macron, au plus bas dans les sondages depuis plus de six mois, n’échappe pas, lui, à sa punition de mi-mandat. Etait-il bien raisonnable dès lors de faire de la première place de la liste conduite par Nathalie Loiseau l’unique enjeu de ce scrutin ?

En dramatisant l’affrontement des «progressistes» contre les «nationalistes», le chef de l’Etat et ses stratèges ont parié sur un sursaut pro-européen. Plus que l’élection à la proportionnelle des 74 élus français qui siégeront au Parlement européen, le scrutin du 26 mai est une sorte de réplique du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017. Une nouvelle fois, il s’agirait d’offrir un «front républicain» uni face à une extrême droite menaçant l’Europe. Les arguments ne manquent pas à l’appui de cette thèse. Et ce week-end en aura fourni deux nouveaux avec l’arrivée à Paris de Steve Bannon, ex-stratège de Donald Trump qui proclame dans les médias français son soutien à Marine Le Pen, avant la retentissante démission du chef de l’extrême droite autrichienne Karl-Heinz Strache, filmé en train de négocier le soutien financier d’oligarques russes. «La nouvelle internationale de l’extrême droite […] est en train de se concrétiser pour détruire l’Union européenne. Le Rassemblement national, c’est l’idiot utile de ce projet politique, le cheval de Troie de Trump et de Poutine», déclarait dimanche sur CNews Pascal Canfin, numéro 2 de la liste LREM.

Voter Renaissance pour faire, encore, barrage à l’extrême droite ? A en croire les derniers sondages qui placent tous le RN légèrement en tête, le slogan n’est guère mobilisateur. A gauche comme à droite, nombreux sont les électeurs qui refusent de se laisser enfermer dans ce match. Selon une enquête Odoxa, 36 % des sympathisants LFI auraient une bonne opinion du parti de Marine Le Pen : il y aurait plutôt un risque de «vote utile» pour la liste RN afin de faire barrage à Macron. «Votez contre Macron», peut-on d’ailleurs lire en grosses lettres jaunes sur un tract électoral diffusé à 5 millions d’exemplaires par le RN.

Dans la majorité, certains mettent en garde contre les serments définitifs. Ils font valoir qu’il ne s’agit pas seulement d’être ou de ne pas être en tête le soir du 26 mai. Ils aimeraient que la campagne porte avant tout sur le projet européen et sur les nouvelles alliances qu’ils ont l’ambition de nouer. La vraie victoire, selon eux, serait de fédérer autour des macronistes français un «groupe central» sans qui aucune majorité ne serait possible à Strasbourg. Même dans l’hypothèse où Renaissance arriverait deuxième dimanche, ce résultat ne deviendrait pas nécessairement inaccessible. Quoi qu’en disent aujourd’hui les dirigeants de LREM, tout ne se joue pas sur cette première place. Il y a d’ailleurs fort à parier, en cas de courte défaite, qu’ils ne manqueront pas de se féliciter de n’avoir tout compte fait pas si mal résisté au vote sanction…

Peut-être auraient-ils pu méditer la morale de la campagne de 2009 : les partis qui avaient entrepris de transformer le scrutin en référendum anti-Sarkozy (FN, PS et Modem) avaient tous subi une sévère défaite. «C’est la sanction du vote sanction», s’était alors félicité l’ancien chef de l’Etat. Il avait fait campagne sur son bilan et son projet européen, tout comme l’écologiste Daniel Cohn-Bendit qui établissait, cette année-là, un record de France du vote écolo. La leçon s’est perdue.

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