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«Il faudrait supprimer les notes au moins au collège»

logo de Liberation Liberation 12/06/2019 Marlène Thomas

une ado triste assise sur son lit en train de lire une lettre © AntonioGuillem / Getty une ado triste assise sur son lit en train de lire une lettre une ado triste assise sur son lit en train de lire une lettre © AntonioGuillem / Getty une ado triste assise sur son lit en train de lire une lettre

«Libération» donne la parole à tour de rôle à des élèves de seconde pour recueillir leur avis sur le système éducatif et les réformes en cours. Aujourd’hui, Maxence, 16 ans.

Il se passe rarement deux jours d’affilée sans que l’on parle et que l’on s’écharpe au sujet de l’éducation dans les médias. Pourtant, on entend très rarement l’avis des premiers concernés : les élèves. Que pensent-ils de l’école ? Des réformes ? Et du ministre de l’Education nationale ? Dans cette nouvelle chronique, «Le bulletin des secondes», Libé donne la parole à de jeunes lycéens. Une évaluation en onze questions, toujours les mêmes, pour mesurer leur perception du système éducatif. Aujourd’hui, Maxence, 16 ans, en seconde générale au lycée Le Garros à Auch (Gers).

Pouvez-vous résumer votre scolarité ?

Je crois que j’ai toujours été plutôt bon élève, j’aimais bien l’école car ma mère est institutrice. J’ai eu quand même des difficultés car on a beaucoup déménagé, 17 fois environ. C’était un peu dur de changer d’école souvent même si j’arrivais assez bien à m’intégrer. J’ai fait trois collèges, j’ai eu pas mal de problèmes en 5e et en 4e. J’ai été déscolarisé pendant six mois, c’était une sorte de phobie scolaire, on n’a pas très bien identifié le souci. Au final, je suis retourné dans un autre collège et ça s’est bien passé. Des élèves me posaient problème dans l’autre collège. Ça n’allait pas jusqu’au harcèlement, mais vu que j’étais ultrasensible n’importe quoi pouvait me faire perdre les pédales. Au lycée, ça se passe bien, c’est très agréable car tout le monde est mélangé, c’est très diversifié en termes de mixité sociale.

Qu’est-ce que l’école vous a apporté ?

Ça m’a ouvert à énormément de choses, j’ai rencontré des gens, appris à m’affirmer ou à me laisser écraser et constaté ce que ça faisait après. Ça m’a appris à savoir vivre avec les autres. Ça m’a aussi apporté des connaissances, mais ce n’est pas ce que je retiens en premier. On peut toujours les apprendre ailleurs.

Y a-t-il un enseignant qui vous a marqué, et pourquoi ?

Oui, mon enseignant de CM2 m’a beaucoup marqué. Je l’aimais énormément alors que ma mère ne l’aimait vraiment pas. Elle disait qu’il n’était pas sympa avec les élèves, qu’il n’aidait pas les personnes en difficulté. Mais il était très drôle, il affublait les élèves de noms genre «crétin des Alpes», ça me faisait vraiment trop rire donc je l’adorais. Ma mère avait travaillé avec lui et avait bien vu qu’il était étrange, qu’il avait des méthodes de travail un peu louches.

Ma prof d’espagnol au collège était également formidable. Elle m’a beaucoup fait rire aussi. Je crois que je suis très sensible à l’humour, j’aime beaucoup les gens qui me font rire. Elle m’a fait aimer l’espagnol comme aucune autre langue, a été très bienveillante avec moi, c’était en 4e quand je n’allais pas bien du tout.

Quel est votre pire souvenir scolaire ?

Je pense que c’était le jour de mon anniversaire en 5e. J’étais très sensible, n’importe quoi pouvait dévaster tout mon monde, c’était un peu compliqué. J’ai appris que la fille que j’adorais, dans le sens où je la trouvais incroyable, avait dit à d’autres filles de la classe que je dansais très mal alors que j’en faisais depuis neuf ans, la danse était quelque chose d’important pour moi. Du coup, je me suis mis à pleurer en plein milieu d’un cours d’histoire, puis le prof d’histoire m’a plaqué contre le mur et m’a crié «tu vas me raconter tout, tout de suite !» Il m’a fait hyper peur. C’était dur pour une journée d’anniversaire.

Qui est le ministre de l’Education ?

Monsieur Blanquer.

Si vous étiez ministre, quelle réforme mèneriez-vous ?

Déjà j’aimerais mener une réforme pour introduire plus de mixité sociale dans les écoles primaires. A Auch par exemple, il n’y a aucune mixité sociale quasiment, il y a une école REP qui devrait être une REP+, c’est une véritable catastrophe là-dedans, ma mère y travaille et c’est très compliqué. Et il y a les autres écoles où tout va bien presque. Après,  il y a beaucoup d’autres choses à faire je pense dans l’éducation comme supprimer les notes, au moins au collège. C’est trop stressant, ça met une barre trop haute à atteindre, une compétitivité entre les élèves. C’est insupportable, même au lycée là c’est horrible, à cause des notes j’ai peur de chaque contrôle. Alors que ce n’est qu’un contrôle.

Que veut dire «réussir à l’école» selon vous ?

Avoir de bonnes notes, je pense que c’est ce qui ressortirait directement. C’est le système qui veut ça. Avec Parcoursup notamment, on a besoin d’avoir de bonnes notes. L’année prochaine, nos notes, bulletins vont tous compter. Donc quand t’as une bonne note, t’es content. Mais il n’y a pas que ça. Je pense que pour réussir à l’école, il faut se sentir bien dans l’établissement où l’on est. Le côté social est quand même hyper important.

Pensez-vous que l’école donne les mêmes chances à tous les élèves ?

Non pas du tout. Il y a un seul système, ce n’est pas adapté aux élèves individuellement. Un bout peut suivre et l’autre bout est coincé. Je peux suivre mais ça ne me plaît pas ce système de compétition, de toujours plus. Ce n’est pas épanouissant.

Que savez-vous de la réforme du lycée ?

Je sais ce qu’on en dit en manifs surtout, j’en ai fait pas mal. Ce qu’il va se passer avec la réforme des spécialités, du bac, je ne sais pas si c’est mieux ou pire qu’avant mais ça ne sera pas grandiose. Avec toutes les conséquences que ça implique, je ne sais pas si c’est vraiment mieux d’enlever les trois filières pour en ajouter des tonnes. De toute façon, elles vont se recréer au fur et à mesure en fonction de ce que prennent les gens comme spécialités.

Avez-vous entendu parler de Parcoursup ?

Oui. Je ne sais pas exactement ce que c’est, je n’ai pas bien compris. Mais je sais que c’est très stressant pour les élèves, que ce système va déterminer notre avenir, c’est quand même quelque chose d’assez énorme. Souvent c’est assez traître, c’est une machine quand même… Je crois qu’il y a des histoires de coefficients. Je n’ai pas tout saisi, mais je sais que c’est pas hyper bien.

Avez-vous une idée de ce que vous ferez après le bac ?

Non je n’ai aucune idée car il y a beaucoup trop de choses qui me plaisent et il faut choisir. Du coup, c’est compliqué. Je suis une option audiovisuelle, donc le cinéma me plaît énormément, l’histoire me plaît aussi, j’adore l’espagnol, je voudrais travailler dans l’humanitaire, j’adore les arts. Ça commence à faire beaucoup.

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