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"A partir de demain, la France vit à crédit": vraiment?

L'Express L'Express 09/11/2015 Raphaële Karayan
L'Etat français affichait fin mars un léger recul de son déficit cumulé depuis le début de l'année, à 26,3 milliards d'euros contre 28,0 milliards un an plus tôt © afp.com/Joel Saget L'Etat français affichait fin mars un léger recul de son déficit cumulé depuis le début de l'année, à 26,3 milliards d'euros contre 28,0 milliards un an plus tôt

A partir du 9 novembre, la France aura dépensé toutes ses recettes et vivra donc à crédit jusqu'à la fin de l'année, selon l'Institut Molinari. La formule est frappante, mais attention aux raccourcis.

Le think tank libéral Institut Molinari a trouvé un bon moyen de communiquer sur le problème de la dette et du déficit français. Dans une étude comparative des 28 pays de l'Union européenne, il a mesuré de manière théorique le jour à partir duquel les États avaient épuisé toutes leurs recettes annuelles et commençaient à vivre à crédit. Ce travail a été effectué à partir des dernières données annuelles d'Eurostat.

En fait, il revient à faire une règle de trois, pour calculer à combien de jours correspond la différence entre les dépenses et les recettes. Pour la France, c'est 53 jours. Ce qui place l'Hexagone parmi les mauvais élèves européens (le dernier quart, en matière d'équilibre budgétaire). Seuls l'Espagne, le Portugal, la Slovénie, la Croatie, Chypre et la Bulgarie font pire. A contrario, l'Allemagne, le Danemark, l'Estonie et la Lituanie dégagent suffisamment de recettes et contiennent suffisamment leurs dépenses pour tenir toute l'année sans emprunter.

"Une vraie bombe à retardement"

L'Institut Molinari étaye son propos en insistant sur le fait que les finances de la France sont dans le rouge depuis 35 ans, et surtout, que toutes les composantes de son budget sont déficitaires, comme le relève le JDD. En cela, la situation de la France est préoccupante. "Cela ressemble à des cas du type de la Grèce", analyse l'Institut pour le Journal du Dimanche. D'autres mauvais élèves, comme l'Italie et le Portugal, n'enregistrent pas de déficits pour leurs organismes de Sécurité sociale et les collectivités territoriales.

En France, tant la Sécurité Sociale, que les collectivités locales et les administrations centrales affichent des comptes négatifs. Par ailleurs, les finances du pays ne s'améliorent que très lentement. Pour Cécile Philippe de l'Institut Molinari, interrogée par le JDD, les retraites sont le poste le plus critique. "La dette des retraites pèse pour 388% du PIB français. C'est une vraie bombe à retardement", estime-t-elle.

Frappant, mais pas très rigoureux

Si cette étude a le mérite de clarifier la notion de déficit, habituellement exprimé en pourcentage du PIB - ce qui n'est pas parlant pour le profane -, elle surfe sur une façon de présenter les choses à la mode dans les médias, qui prend quelques libertés avec la réalité. 

Exemple : l'ONG Global Footprint calcule le "jour du dépassement", censé être le jour de l'année à partir duquel la Terre dépasse ses capacités de production et consomme plus de ressources qu'elle n'en produit. Évidemment, ce n'est pas la cloche qui sonne le début de la famine mondiale.

Même principe avec la parité salariale entre hommes et femmes. Depuis le 2 novembre, les femmes européennes travaillent pour rien, nous disent trois commissaires européens. Ramené à une année de travail, l'écart de rémunération entre hommes et femmes correspondrait, pour ces dernières, à 59 jours de travail non payés.

L'Institut Molinari a bien compris que le gimmick fonctionnait... puisqu'il l'utilise déjà avec son concept de "libération fiscale" : le jour où les contribuables commenceraient à travailleur "pour eux", après avoir cotisé et payé leurs impôts. Un indicateur dont la méthodologie, contestable, avait été décortiquée par Le Monde.

Toutes les dépenses au même niveau

Dans le cas précis du déficit budgétaire, il ne faut pas imaginer que ce dimanche, les caisses de l'Etat sont vides. La France a régulièrement recours aux emprunts, tout au long de l'année, afin d'honorer ses échéances. Et le budget de l'Etat n'est pas construit comme celui des ménages. L'Institut place par ailleurs toutes les dépenses au même niveau, que ce soit les salaires des fonctionnaires, les dépenses de santé, les pensions de retraite ou les investissements.

Dans l'optique libérale de Molinari, la construction de ces indicateurs vise à décrédibiliser la dépense publique. Mais la punchline est au prix d'une simplification qui nuit à la rigueur de la démonstration.

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