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"Bordel": Emmanuel Macron parle-t-il trop cash?

logo de BFMTV BFMTV 06/10/2017 Robin Verner


En accusant mercredi en Corrèze des salariés de GM&S de "foutre le bordel" au lieu de chercher du travail ailleurs, Emmanuel Macron a déclenché une polémique qui a affolé l'Elysée. Et si le président de la République manquait de tact et usait parfois d'un langage trop direct? 

Agacé Emmanuel Macron. Agacé par l'accueil qui lui a été fait par des salariés de GM&S, le président de la République a lâché: "Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas". Une réponse du tac-o-tac au au président du Conseil régional d'Aquitaine, Alain Rousset, qui avait évoqué une entreprise en pleine activité du département.

Salariés, syndicalistes, personnalités politiques ont réagi, souvent avec indignation, à la sortie présidentielle. Ce jeudi matin, Christophe Barbier, éditorialiste sur BFMTV, a défini: "C’est la stratégie politique du parler cash, d’appeler un chat un chat, pour rafler des voix." La question est posée: Emmanuel Macron gagnerait-il à user d'un langage diplomatique, et à se préoccuper davantage des nuances?

Son entourage veut calmer le jeu

Ce jeudi après-midi, le porte-parole de la présidence, Bruno Roger-Petit, soucieux de désamorcer la crise aexpliqué que le président "assumait sur le fond", mais il "ne savait pas qu'il était filmé et, par conséquent, son registre de langage relevait du privé". La tentative d'apaisement est apparue d'autant plus nécessaire que, comme notre journaliste Camille Langlade l'a rappelé, le chef de l'Etat n'en est pas à son premier écart de langage.

"Ce n’est pas la première fois qu’il exprime des regrets. On peut faire le distinguo entre les phrases d’Emmanuel Macron très polémiques comme celle sur les ‘fainéants’, les ‘Français détestent les réformes’, mais prononcées dans le cadre des discours à l’étranger et les énormes bourdes, rappelez-vous de ses mots sur les ‘kwassa-kwassa’." Elle a alors fait observer: "C’est un habitué de ces sorties polémiques et après, c’est une communication mal maîtrisée qui parasite totalement ces deux jours qui devaient montrer qu’il marchait plutôt sur sa jambe gauche que sur sa jambe droite."

Sur notre plateau ce même jour, le porte-parole du gouvernement,Christophe Castaner, a minimisé le désordre provoqué: "Cette phrase a suscité beaucoup de commentaires, mais a-t-elle choqué? Je ne sais pas." Il a alors semblé curieusement faire le parallèle entre cette parole présidentielle et un propos de comptoir: "C’était une conversation privée, entre Alain Rousset et lui, mais filmée. Ces mots, on les utilise tous. Il m’arrive des fois quand je suis au troquet avec des amis d‘utiliser ces mots. Ils sont extrêmement banals, même s’ils sont surprenants dans la bouche d’un président de la République." Bruno Bonnell, député "La République en marche" élu dans le Rhône, est intervenu sur notre antenne. Il n'a pour sa part pas repris l'argument des zincs: "Un président qui sait à la fois manier la langue française comme il sait le faire et exprimer quelquefois un peu plus crûment le sentiment d’une partie des Français, c’est intéressant."

Emmanuel Macron © LUDOVIC MARIN / AFP Emmanuel Macron

Un langage plus proche de Sarkozy que de Mitterrand

Mêlant l'ironie à son analyse, l'éditorialiste de Valeurs Actuelles, André Bercoff, n'a pas non plus reproché à Emmanuel Macron sa rude rhétorique: "Communication et cynisme. Les deux vont en général ensemble. Il est bon d’ailleurs qu’il utilise parfois le mot ‘bordel’, on le croit toujours propre sur lui. Là, il montre qu’il est capable de dire des gros mots comme un vulgaire Sarkozy." Pour lui, le bât blessait ailleurs: "Moi, c’est le côté ‘y a qu’à’ qui me paraît un peu simpliste venant d’un président de la République en exercice. Ce n’est pas si facile pour des familles, pour des gens, d’y aller." 

Annick Steta, chroniqueuse pour la Revue des deux mondes, a estimé qu'on ne pouvait balayer la question du choix sémantique d'un revers de main:

"Le langage, ça ne suffit pas, ce n’est pas en parlant que vous êtes un charretier que vous allez faire oublier que vous êtes un énarque, passé chez Rotschild. François Mitterrand s’exprimait extrêmement bien, on ne l’a jamais à ma connaissance, entendu tenir des propos de cette nature – certes, il y avait moins de caméras – et Jacques Chirac tenait souvent des propos égrillards ou de corps de gardes mais ça correspondait à une personnalité assez chaleureuse. Il n’y avait pas cette volonté 'disruptive', pour reprendre un terme proprement macronien."

"Jupiter devient commun, et peut-être bientôt vulgaire"

Le premier danger auquel sa parole expose Emmanuel Macron est d'être perçu comme porteur d'un véritable mépris social. Le parlementaire Bruno Bonnell s'est récrié: "Il est d’une empathie exceptionnelle et d’un charisme que tout le monde qui l’a approché connaît donc parler de mépris pour Emmanuel Macron est aussi ridicule que la caricature qu’on fait parfois des syndicats en disant qu’ils sont obtus." "Il y a quelque chose qui n’est pas très cohérent avec sa volonté de représidentialiser sa parole. Jupiter devient commun, peut-être bientôt vulgaire", a quant à elle posé Annick Steta. 

Dans son édito matinal, Christophe Barbier avait déclaré: "Ce n’est pas légitime de parler comme ça. On ne parle pas comme ça de gens qui sont dans un drame social." Toutefois, il a assuré que le président de la République cherchait ici un (double) bénéfice politique: "Macron, dès qu’il en a l’occasion, il s’adresse à une France de droite globalement qui considère qu’en effet, il y a des 'fainéants', qu’en effet il y a des 'agitateurs syndicalistes' qui partent d’un plan social pour en faire une action politique qui pensent plus à leurs indemnités qu’à retrouver un boulot, qui ne sont pas à considérer comme des pauvres salariés brisés par la mondialisation. Il y a une France comme ça." Une France à laquelle Emmanuel Macron voudrait s'adresser à travers ces phrases emportées. "Il fait même coup double car en agressant ces gens-là, il fait monter une France d’ultra-gauche et s’installe encore une fois dans le duopole Macron-Mélenchon", a conclu Christophe Barbier. 

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