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Croissance, chômage, déficit : le miracle Macron se fait attendre

logo de Challenges Challenges 11/02/2019 Denis Jeambar
L'efficacité revendiquée par E. Macron, affirmant que ses prédécesseurs en avaient manqué, n'est toujours pas au rendez-vous © MEIGNEUX/SIPA L'efficacité revendiquée par E. Macron, affirmant que ses prédécesseurs en avaient manqué, n'est toujours pas au rendez-vous

La crise des gilets jaunes et le grand débat ont fait passer au second plan la macro-économie. Mais les statistiques montrent que l'efficacité promise par Emmanuel Macron n'est pas au rendez-vous. Loin de là même, comme vient de le dire abruptement la Cour des Comptes.

« Désormais, gouverner c'est suivre et gérer les émotions collectives. » Nulle formule ne résume mieux la situation actuelle de la France que ce propos de Régis Debray. On pourrait y ajouter que l'instantanéité de l'information a créé un état permanent d'impatience dans l'opinion, une sorte de loi du « tout/tout de suite » accompagnée du sentiment de tout savoir sur tout. Ce nouveau terreau social a à la fois bouleversé les lois de la politique, qui reposent en principe sur le temps long, et raccourci les délais de réussite accordés aux gouvernants. Nos présidents ne sont pas jugés sur cinq ans mais après quelques mois d'exercice du pouvoir, quand ce n'est pas au terme de quelques semaines. Nicolas Sakozy, François Hollande et Emmanuel Macron ont subi le même sort : l'impopularité les a frappés entre trois et six mois après leur installation à l'Elysée. Certes, tous les trois ont fait mine de se moquer de ce désamour mais, en vérité, les sondages sont devenus leur boussole et ont dicté à la fois leur comportement et leurs choix politiques. Ils se sont donc adaptés plus ou moins vite au terrain, pour essayer de retrouver les faveurs l'opinion. En vain, hier, pour Sarkozy et Hollande. Sans garantie de succès, aujourd'hui, pour Macron.

Le chef de l'Etat demeure en effet sur le fil du rasoir. Sans doute a-t-il eu tort de croire trop longtemps qu'il subirait un sort différent de celui de ses deux prédécesseurs, avançant sans s'inquiéter d'une confiance du pays qui fondait pourtant comme neige au soleil, aveugle aux signaux d'alerte et, finalement, par cécité sociale, pris de court par la crise des gilets jaunes. Il avait pourtant eu la prudence de ne s'engager sur aucun calendrier précis pour obtenir des résultats et de renvoyer au courant de cette année 2019 l'apparition des premiers signaux positifs de son action. Nous n'y sommes pas encore mais les données économiques, après 21 mois de  « macronomics », permettent d'évaluer ses chances de réussite. Alors qu'il défend les réformes entreprises et que ses troupes proclament que jamais gouvernement n'a autant agi en si peu de temps, les chiffres permettent, sans tirer des conclusions définitives, de mesurer l'efficacité réelle de sa politique dans le domaine macro-économique.

« Efficacité », tel était le mantra d'Emmanuel Macron quand il s'est installé à l'Elysée, laissant entendre, voire affirmant haut et fort, que tous ses prédécesseurs en avaient sérieusement manqué. Les statistiques, certes, ne disent pas tout mais elles ont le mérite, dans leur sécheresse, de limiter les controverses et de dépolitiser le débat.

Pas de miracle Macron

Commençons par la croissance, cette faiseuse de miracles  que tous les gouvernants agitent devant nous comme un mirage depuis le début des années 1980. Elle a abandonné en fait notre pays depuis la fin des Trente Glorieuses et ses records (5,7% en moyenne  par an entre 1960 et 1974 et une pointe à 7,1% en 1969 !). Chaotique et discontinue à partir de 1980, elle n'a plus jamais dépassé les 3% à l'exception des années 1988, 1989, 1998,1999 et 2000. Un peu revigorée entre 2004 et 2007 (2,3% de moyenne), elle s'effondre après la crise économique et financière  mondiale de 2008 et plonge même en 2009 à -2,9%. Du jamais vu depuis 1945 ! La France entre alors en récession et n'a pas vraiment rebondi par la suite avec une croissance moyenne annuelle poussive de 1,1% au cours des dix dernières années, en retrait par rapport à la moyenne annuelle de la zone euro (1,7% de 2009 à 2018).

Emmanuel Macron n'a donc pas hérité d'une situation favorable, néanmoins, pour la première fois depuis 2011, la croissance  repasse la barre des 2% en 2017 (plus 2,2%). Très brève embellie - fruit surtout du retour de la croissance mondiale et de quelques décisions de François Hollande - que le nouveau pouvoir sorti des urnes au printemps 2017 n'a pas réussi à prolonger : le taux retombe comme une crêpe à 1,5% en 2018. Certes, c'est toute l'Europe qui souffre et recule, passant de 2,4% de croissance en 2017 à 1,8% en 2018 mais  la France reste la mauvaise élève de la zone euro et se retrouve une fois de plus à la traîne.  Bref, pas de miracle Macron.

L'efficacité revendiquée par le chef de l'Etat n'est pas non plus au rendez-vous dans la lutte contre les déficits et la dette. Alors que le Président parcourt la France, volant de débat en débat dans un brillant exercice de réponse à tout, les chiffres sont implacables. La Cour des Comptes, arbitre impartial, les a résumés dans son rapport annuel présenté le 6 février dernier en une formule : « Un scénario de finances publiques préoccupant ». L'appréciation délivrée par la Cour à l'élève Macron est  éloquente : « Les efforts de redressement engagés par la France ces dernières années semblent désormais s'essouffler. » Un jugement sévère qui sous-entend qu'Emmanuel Macron est au fond moins sérieux que ses prédécesseurs qu'il a tant critiqués pour leur inefficacité. Un effet boomerang inscrit dans  le déficit budgétaire 2018, 2,7% comme en 2017, et surtout dans une prévision de 3,2%, voire pire, en 2019.

La France dernière de la classe européenne

Le fait est déjà acquis : l'hexagone sera cette année le dernier de la classe européenne dans la lutte contre les déficits. A l'exception de la France, aucun Etat membre de la zone euro ne mordra la ligne rouge des 3% de déficit. Notre pays se retrouve du coup «en décalage croissant avec les autres pays européens », précise la Cour. Difficile de donner des leçons autour de soi dans ces conditions et de prétendre au leadership européen. Difficile aussi pour le chef de l'Etat et ses troupes de continuer à s'en prendre au vieux monde d'avant mai 2017. Non seulement les 21 premiers mois du quinquennat n'ont pas été à la hauteur des promesses faites mais ils ont mis en péril le travail de redressement entrepris depuis la crise mondiale de 2008.

Le constat de la Cour des Comptes est rude : la maîtrise des dépenses publiques n'a pas été suffisante pour éviter ce dérapage et les recettes ont diminué. Surtout, selon la Cour, la suite risque fort de ne pas être placée sous le signe de l'efficacité : « Le haut niveau d'endettement et le niveau important de déficit ne laissent que peu de marges de manœuvre... » La menace est d'autant plus grande que la conjoncture internationale fléchit et  que la magie de la croissance mondiale ne sera pas au rendez-vous comme vient de l'annoncer le Fonds monétaire international : 1,6% pour la zone euro cette année au lieu des 1,9% encore espérés  l'automne dernier.

Chômage et commerce extérieur en berne 

Certes, le chômage est stabilisé, voire recule à petits pas, mais il demeure à un niveau très élevé. Et la décrue a peu de chance de s'accélérer dans les mois à venir. Président « pro business », théoricien du premier de cordée, Emmanuel Macron ne peut afficher des résultats démontrant par ''A plus B'' l'efficacité de sa théorie et de sa stratégie. Là encore, les statistiques sont cruelles.  La production industrielle du  pays avait connu en 2016 et 2017 un heureux rebond : plus 1,1% en 2016 et un très bon plus 4% en 2017. Ce dernier résultat permit cette année-là de créer  plus de 300.000 emplois nets dans le secteur privé. Fin de partie, hélas, en 2018 : la production industrielle a reculé de 1,4% l'an dernier et la création d'emplois a, du coup, été divisée par trois.

Ces données confirment le lent déclin industriel du pays : l'industrie manufacturière y représentait encore 22% du PIB au début des années 70, elle y pèse désormais moins de 11% (contre plus de 20% en Allemagne!). L'hémorragie n'a donc pas été garrottée depuis le printemps 2017. Les chiffres du commerce extérieur en sont la preuve : 59,9 milliards de déficit cumulé en 2018 après 57,8 milliards en 2017. La glissade est continue depuis 15 ans et n'a pas du tout été stoppée par la politique mise en œuvre depuis bientôt 22  mois.

Ce bilan macro-économique peu glorieux n'est pas, aujourd'hui, au cœur du grand débat. Le chef de l'Etat est lancé dans une incertaine opération de reconquête centrée sur le quotidien des Français et leurs revendications. Il s'est même délesté des contraintes de la macro-économie en lâchant 11 milliards au mois de décembre pour faire retomber la température sociale et endiguer le mouvement des gilets jaunes. Des sommes très importantes qui, comme le dit la Cour des Comptes, « modifient la trajectoire des finances publiques. » Rien, surtout, ne garantit pour l'heure qu'en ouvrant les vannes financières et en pariant sur le ministère de la parole à tout-va, le Président parvienne à ses fins et calme le jeu. En s'exposant en première ligne, il crée des attentes très fortes mais a peu de chance de réveiller le désir qui l'a porté au pouvoir. Il est donc impératif qu'il ne déçoive pas au terme de son marathon à travers l'hexagone car il se retrouverait face à une opinion soit désenchantée soit à la colère redoublée et un pays dont les fondamentaux seraient encore plus déséquilibrés. Qui, on ne peut que s'en inquiéter, pourrait alors croire encore à sa stratégie de l'efficacité ?


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