Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Elèves handicapés : la grosse colère de Ruffin contre la majorité

logo de Liberation Liberation il y a 3 jours Laure Equy
VIDÉO SUIVANTE
VIDÉO SUIVANTE

Une proposition de loi LR visant à améliorer le statut des accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH), devait être discutée jeudi. LREM et le Modem ont voté une motion de rejet, coupant court à tout débat.

Les députés LREM présents jeudi dans l’hémicycle l’ont senti passer. Deux minutes de soufflante débitée à la mitraillette par un François Ruffin furibard. «Vous n’avez pas honte ? Honte de votre paresse, honte de votre sectarisme ?», leur a envoyé l'élu  (France insoumise) de la Somme. Evoquant la situation des accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), le parlementaire rappelle : «pour changer ça, quelle proposition de loi avez-vous porté ? Rien, aucune. Et le ministère, quel projet de loi ? Rien, aucun.» Le coup de gueule survient au moment de l'examen d'une proposition de loi pour «l’inclusion des élèves en situation de handicap». Or, la majorité avait prévu de voter une motion dite «de rejet préalable». Une procédure couperet qui permet de stopper net le débat : on s’en tient à la discussion générale et on passe l’examen des articles à la trappe.

«Vous empêchez carrément le débat, vous l’interdisez. J’espère que le pays ne vous pardonnera pas», s’époumone Ruffin au micro. Qui donne de sa personne pour défendre une proposition de loi dont il n'est pourtant pas l’auteur. Inscrite par la droite dans le cadre de sa «niche parlementaire», le texte est signé du député LR du Lot Aurélien Pradié, et vise notamment à améliorer la situation de ces professionnelles en créant un statut unique «d’accompagnant à l’inclusion scolaire», mieux rémunéré. Pour Ruffin, cette proposition de son «collègue de droite» – «moi, souligne Ruffin, je m’en fiche qu’il soit de droite, du centre, du Sud, de l’Est, de l’Ouest» – est certes «nettement améliorable». Mais elle a le mérite de braquer les projecteurs sur ces «milliers de femmes qui accompagnent les enfants handicapés dans les écoles, sous-payées, avec des contrats ultra précaires».

«Lever la main en cadence comme des Playmobil»

François Ruffin à l'Assemblée le 2 octobre. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT François Ruffin à l'Assemblée le 2 octobre.

Or, en commission, la semaine dernière, tous les groupes ont déposé des amendements pour le corriger, sauf LREM ou Modem. Si ce n’est deux petits amendements de suppression d’un article signés d’un député LREM. «Vous êtes 300 et aucun amendement. Vous vous êtes contentés de voter en troupeau, de voter contre, contre, contre, de lever la main en cadence comme des Playmobil», les enguirlande le député d’Amiens. Sur son banc de rapporteur, Aurélien Pradié, large sourire, applaudit à tout rompre son allié d'un jour. Lui-même s’était dit, peu avant, «consterné par l’attitude de mépris, l’attitude expéditive, l’attitude clanique avec laquelle les députés de la majorité ont abordé ce sujet essentiel».

Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a rétorqué que si le texte LR comportait des «éléments intéressant», les pistes étaient déjà inscrites dans les lois ou en train d’être explorées par le gouvernement, renvoyant notamment à une concertation qui doit s’ouvrir fin octobre devant le Conseil national consultatif des personnes handicapées. Défendant son action en matière d’accompagnement des élèves handicapés, le ministre a rappelé que 341 500 élèves en situation de handicap ont été accueillis à la rentrée, «20 000 de plus que l’an dernier», évoqué un grand plan de transformation de la profession des AESH engagé «tant sur le plan humain que budgétaire». Sur l’amélioration du statut prévue dans la proposition de loi Pradié, Blanquer assure que «c’est la feuille de route que nous nous sommes fixée» et fait valoir un décret pris cet été sur la formation initiale des accompagnants. «Vous verrez que les améliorations que vous appelez de vos vœux seront effectives en 2018 et 2019», fait-il miroiter, refusant de se laisser «caricaturer comme quelqu’un qui ne verrait pas les problèmes».

«Numéro de petit Robespierre»

Reste qu’en séance publique, les députés de la majorité auraient pu laisser la discussion se dérouler et voter contre à la fin. Ils ont choisi, par la motion de rejet, de l’écourter après le strict minimum, et de passer au texte suivant. «Mais nous avons eu ce débat pendant trois heures et demi en commission !» rappelle à Libération Bruno Studer, président (LREM) de la commission des affaires culturelles et éducation de l’Assemblée. Lui avance aussi le plan sur l’inclusion scolaire décidée cet été et «des mesures annoncées jusqu’à la fin du quinquennat». «Ils peuvent nous faire passer pour d’infâmes godillots sans cœur mais appliquons déjà la loi et ces mesures. Et nous députés, nous assumons de remplir notre mission d’évaluation et de contrôle pour voir ce qui marche ou pas», plaide Bruno Studer, agacé par le coup de colère de Ruffin : «on a forcément le mauvais rôle, pendant que lui fait son numéro de petit Robespierre. Mais instrumentaliser le sujet, c’est dommage.»

La motion de rejet préalable a été votée par 70 députés LREM et Modem, lors d’un scrutin public dont le détail est disponible sur le site Internet de l'Assemblée nationale. Ruffin a fait circuler la liste des noms sur les réseaux sociaux,  promettant à ses adversaires de la majorité que «ce vote (leur collerait) à la peau comme une infamie».

Publicité
Publicité

Plus d'info : Liberation.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon