Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

La guerre des boutons perturbe le rapprochement entre les deux Corées

logo de Liberation Liberation 03/01/2018 Arnaud Vaulerin
Près de la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corées, côté sud, mercredi. © Kim Hong-Ji Près de la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corées, côté sud, mercredi.

Séoul et Pyongyang, qui ont repris des échanges téléphoniques mercredi, multiplient à l'approche des JO les gestes d'apaisement malgré les outrances de Trump sur son bouton nucléaire «plus gros» que celui de Kim Jong-un.

La guerre des boutons va-t-elle compromettre les hypothétiques retrouvailles coréennes ? Dans une énième surenchère tweetée dont le registre relève plus de la cour d’école que de la Maison-Blanche, Donald Trump s’est de nouveau montré menaçant au moment ou les deux Corées envisagent de se retrouver autour d’une table de négociations. Mardi soir, le président américain a vertement répliqué aux déclarations, la veille, du leader nord-coréen Kim Jong-un.

Le 1er janvier, celui-ci avait appelé les Nord-Coréens à «produire en masse des têtes nucléaires et des missiles», ajoutant que le «bouton nucléaire est toujours sur mon bureau. Les États-Unis doivent prendre conscience que ce n’est pas du chantage, mais la réalité».

Trump a rétorqué sans tarder : «Le leader nord-coréen Kim Jong-un vient juste d’affirmer que le "bouton nucléaire est sur son bureau en permanence"», a écrit le président américain mardi soir […] informez-le que moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et le mien fonctionne!» Le président américain a-t-il compris que son tweet pouvait être lu comme une reconnaissance tacite du statut nucléaire de l’État nord-coréen ?

Conflit fratricide

La tonitruante sortie présidentielle sur la Corée du Nord intervient au moment où Pyongyang et Séoul multiplient les déclarations et les gestes d’ouverture entre eux comme jamais depuis deux ans. Mais elle n’a pas dissuadé les Coréens de part et d’autre du 38e parallèle de relancer, mercredi, le téléphone rouge, coupé depuis février 2016. Instauré en 1972 dans le village de Panmunjon, il permet le dialogue transfrontalier, deux fois par jour, entre les deux pays qui sont techniquement toujours en guerre : ils ont signé un armistice le 27 juillet 1953 à l’issue du très meurtrier conflit fratricide intercoréen, mais n’ont jamais finalisé un plan de paix.

Ce téléphone sert de baromètre des tensions sur la péninsule. Quand la situation s’envenime à la suite d’un essai nucléaire, d’un tir de missile, d’un accrochage en mer ou sur la ligne de démarcation (DMZ), la ligne est coupée avant d’être rétablie à la faveur d’un réchauffement.

Mercredi, les deux Corées se sont parlé pendant vingt minutes. Cet appel suit deux jours de mains tendues par-delà la DMZ. Dans ses vœux lundi, Kim Jong-un avait appelé au «succès des Jeux olympiques de Pyeongchang», qui démarrent au Sud le 9 février. Les deux capitales doivent «tourner le dos au passé, améliorer leurs relations et mettre en place des mesures décisives pour réaliser une percée dans les efforts pour parvenir à la réunification» de la péninsule, avait-il poursuivi.

La Maison Bleue, le palais de l’Élysée sud-coréen, s’était félicitée de ce nouveau ton de Pyongyang. Avant de proposer une rencontre intercoréenne de haut niveau le 9 janvier à Panmunjon, ce qui n’est plus arrivé depuis 2015. Sudistes et nordistes devraient évoquer les JO et la participation du nord, mais aussi «d’autres questions d’intérêt mutuel pour l’amélioration des relations intercoréennes».

Palace flottant

En signe d’apaisement et de conciliation, le gouverneur sud-coréen de la province qui accueillera les JO à compter de février a proposé d’affréter un bateau de croisière pour aller chercher les Nord-Coréens et les héberger durant les Jeux d’hiver. En 2002, lors des Jeux asiatiques de Busan, la délégation du Nord était déjà venue à bord d’un véritable palace flottant qu’elle avait utilisé comme camp de base pendant les épreuves.

Mais pour l’heure, la présence des nordistes n’est pas confirmée. La participation de la Corée du Nord reste tributaire des tensions dans la péninsule. Depuis 1994 et une grave crise nucléaire avec les États-Unis qui avait failli dégénérer en conflit ouvert, jamais les risques d’une guerre n’ont été aussi élevés. Le face-à-face entre un Donald Trump va-t-en-guerre imprévisible et un Kim Jong-un déterminé à développer son arsenal balistique et nucléaire est allé crescendo depuis un an.

Malgré les signes de bonne volonté exprimés par Pyongyang et Séoul, Washington ne s’est guère montré enjoué. Outre les tweets de Trump, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a estimé que les discussions intercoréennes ne seraient qu’un simple «rafistolage». Pour la porte-parole du département d’Etat, Heather Nauert, Kim Jong-un «pourrait être en train de tenter d’enfoncer un coin» entre Séoul et Washington.

Séoul pourrait malgré tout être tenté de repousser après les JO les manœuvres militaires américano-sud-coréennes Foal eagle et Key Resolve qui, tous les ans, agacent la Corée du Nord à tel point qu’elle multiplie tirs et provocations.

Rayon de soleil

Depuis l’arrivée de Moon Jae-in à la présidence de la Corée du Sud, c’est la première fois que Kim Jong-un répond aux offres de dialogue du Sud. De par son passé d’artisan de la politique du rayon de soleil, qui a contribué au réchauffement des relations entre les deux frères ennemis dans les années 2000, Moon milite pour un apaisement et engagement avec le nord. Dans son entourage, certains sont allés jusqu’à évoquer une certaine «flexibilité» sur le nucléaire nord-coréen.

Le 6 juillet, dans la capitale si symbolique de Berlin, Moon s’était livré à un long discours plaidoyer pour un rapprochement avec Pyongyang. Il n’avait pas été entendu par la Corée du Nord, ni par les États-Unis, tous les deux lancés dans une surenchère guerrière. Ces dernières soixante-douze heures, en dépit des tweets de Trump, l’air de la guerre semble avoir perdu en intensité.

Publicité
Publicité

Plus d'info : Liberation.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon