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La liberté assassinée

logo de L’Obs L’Obs 18/10/2020 Sylvain Courage
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Qui a tué Samuel Paty ? Le professeur d’histoire de Conflans-Sainte-Honorine n’a pas seulement été égorgé par Abdoullakh A., fanatique de 18 ans, pour avoir présenté des caricatures de Mahomet en classe de quatrième dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression.

S’il est mort dans des circonstances inédites, c’est parce qu’une collégienne, qui n’avait même pas assisté à la leçon, s’est prétendue persécutée ; qu’un père de famille s’est cru fondé à réclamer la suspension de l’enseignant voltairien ; que des élèves se sont permis de le harceler ; qu’un activiste religieux, indigne de tout prophète, a traité le prof de « voyou » sur une vidéo virale ; que des milliers de haineux dissimulés derrière l’anonymat des réseaux sociaux ont colporté ses insultes ; et qu’il se trouve, dans notre pays, suffisamment d’intolérance accumulée pour qu’un djihadiste autoradicalisé finisse par trancher le cou d’un innocent.

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L’islam avant la République ?

Si Samuel Paty a été décapité et apparaît comme un martyr de la liberté, ce qu’il n’a jamais voulu être et n’aurait jamais dû devenir, c’est qu’une partie des Français qui se reconnaissent dans la religion musulmane persistent à placer l’imaginaire de Mahomet au-dessus des Droits de l’Homme. Qu’une fraction de nos concitoyens qui ont l’heur de vivre sous le régime de la liberté de conscience et de parole, prétendent la dénier aux autres.

« Cette histoire de caricatures agitait tout le monde ici »

S’affranchissant insidieusement du pacte républicain, ces croyants sans confiance libèrent la violence des esprits enténébrés. Le mal est profond, hélas. En première ligne, l’éducation se trouve face à un défi historique. Selon un récent sondage IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès, 74 % des Français musulmans de moins de 25 ans affirment placer l’islam avant la République. En se souvenant de Samuel Paty, il faudra pourtant leur enseigner l’esprit des lois et les convaincre enfin d’une idée simple et lumineuse : en démocratie, gouvernement du peuple par le peuple, la liberté d’autrui garantit la mienne.

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Vieille dialectique

Si Samuel Paty a payé de sa vie son engagement professionnel, c’est aussi que des esprits prétendument éclairés persistent à souffler sur les braises de la violence en politique. A leurs yeux, les souffrances et les injustices induites par notre société peuvent justifier la régression communautaire. De leur point de vue, la lutte émancipatrice des minorités ne saurait aboutir sans quelques dommages collatéraux. L’horreur absolue du meurtre de Samuel Paty les a effarés.

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Félicitons-nous qu’il ne se soit pas trouvé de voix pour tenter d’expliquer la barbarie par la sociologie. Pourtant certains commentaires de ténors de la gauche radicale laissent deviner une gêne. Ils accusent la droite d’instrumentaliser la tragédie pour mieux instruire le procès de tous les musulmans. Certes. Mais cette vieille dialectique consiste aussi à déplacer le débat pour éviter de se remettre en cause. Que partage cette gauche communautariste pleine de bonnes intentions avec les fous d’Allah ? Rien, sinon la certitude de détenir une vérité supérieure et le projet de changer l’homme. Le martyre bien réel de Samuel Paty devrait l’inciter à repenser sa stratégie. En fustigeant sans vergogne l’iniquité de la République et en trouvant d’improbables excuses à l’obscurantisme, elle sape notre universelle devise : Liberté, Egalité, Fraternité, quoi qu’on en dise…

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