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La librairie Les Mots à la bouche victime de l'embourgeoisement du Marais

logo de Liberation Liberation 19/11/2019 Annabelle Martella
Devant les Mots à la bouche, dans le IVe arrondissement de Paris. © TRIPELON-JARRY/ ONLYFRANCE.FR Devant les Mots à la bouche, dans le IVe arrondissement de Paris.

Située dans le quartier gay parisien depuis 1983, la librairie va devoir déménager faute de renouvellement de bail, dans un secteur gagné par le tourisme et le luxe.

La librairie LGBT+ Les Mots à la bouche, installée depuis 1983 dans la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie dans le quartier du Marais, est menacée. Cette vénérable institution fondée par Jean-Pierre Meyer-Guiton, militant du Groupe de libération homosexuelle et reprise depuis par son compagnon, Walter Paluch, se voit contraint de déménager. Le propriétaire des murs, «un marchand de biens» selon le directeur, refuse de renouveler leur bail «souhaitant profiter de la gentrification du quartier». Assis à son bureau au sous-sol, encombré de livres et de cartons, le vieil homme ne cache pas son amertume : «Il y a trente-six ans, le quartier était insalubre. Notre institution fait partie de celles qui ont forgé l’identité du Marais ! Mais c’est clair que c’est un miracle que l’on soit encore là, quand on voit les autres commerces être remplacés par des boutiques de luxe.»

Dernier bastion 

Les lieux communautaires aux alentours de la librairie demeurent, mais ce sont les bars, les restaurants ou les sex-shops. La librairie sur deux étages avec au rez-de-chaussée les romans, les essais et les revues et au sous-sol les livres photo et les DVD, est ouvertes tous les jours jusqu’à 23 heures et après la fermeture non loin d’une maison de la presse, semble le dernier bastion d’une transformation en profondeur dans un quartier où les enseignes de vêtements de marques, les marchands de glace, un mégastore de produits italiens, des boutiques de design ou de lunettes hipsters grignotent un terrain de chalandise dense et hautement convoité. La fréquentation touristique y a par ailleurs explosé ces dix dernières années.

A ses côtés, Sébastien Grisez, le gérant de la librairie, fait partie des meubles. Ça fait plus de vingt ans qu’il écume ces rayons où se mêlent DVD de porno lesbiens, pièces de Jean Genet et biographies de David Bowie : «La librairie fonctionne bien en plus. Mais, ce qu’on ne dit pas assez, c’est que depuis plusieurs années le marché du livre n’a pas bougé et que c’est de plus en plus dur de faire de la marge.» Impossible pour eux d’assumer une augmentation de loyer. La mairie du IVe arrondissement (PS) manifeste pourtant son soutien à la librairie, «véritable symbole du Marais» mais ne peut pas contraindre le propriétaire à leur louer ses locaux. «C’est vrai que l’arsenal juridique à notre disposition est relativement mince, reconnaît Ariel Weil, maire de l’arrondissement. Récemment, nous avons fait voter un vœu au Conseil de Paris pour avoir la possibilité de nous opposer par exemple à la transformation de bureaux en hôtels touristiques et autres locations saisonnières.» Mais face à l’embourgeoisement déjà bien parachevé du Marais, il préfère temporiser, rappelant que «le cas des Mots à la bouche est exceptionnel et que de nouvelles librairies indépendantes ouvrent dans l’arrondissement».

«Les lieux proposés ne correspondent pas à nos attentes»

Quoi qu’il en soit, la piste favorisée par la municipalité reste de trouver un nouveau local pas trop loin de son emplacement initial. «Pour l’instant, les lieux proposés ne correspondent pas à nos attentes car trop éloignés du quartier ou d’une superficie trop grande pour la boutique», explique Walter Paluch, qui tient tout de même à bien préciser que la librairie ne ferme pas mais qu’elle attend de savoir où elle se pose pour un nouveau départ, si possible encore au cœur du périmètre LGBT+ de la capitale, ce qui tombe sous le sens. Dans le même temps, autre mauvais signe, la librairie féministe et LGBT+ Violette and Co, située dans le XIarrondissement, annonce sa décision de vendre le fonds : «Le temps a passé vite depuis la création de la librairie Violette and Co en février 2004, nous préparons maintenant celui de la retraite et de la réalisation d’autres projets. Aussi, nous cherchons une relève pour continuer l’activité de la librairie», ont annoncé les deux fondatrices, Catherine Florian et Christine Lemoine.

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