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L'accablant rapport de Tracfin sur le micro-parti de Marine Le Pen

logo de Challenges Challenges 07/12/2017
Marine Le Pen, en juin 2017 © Denis Charlet / AFP Marine Le Pen, en juin 2017

EXCLUSIF La cellule anti-blanchiment du ministère des Finances, Tracfin, a ausculté les comptes du micro-parti qui vend les tracts et affiches aux candidats frontistes. Les mouvements de fonds avec le FN avoisinent les 4 millions d'euros. 

La tuyauterie financière des campagnes du Front national est plus que jamais dans le viseur de la justice. Le système de financement des campagnes législatives de 2012 vaudra au parti un procès pour complicité d’escroquerie en 2018. Le 25 septembre, le micro-parti Jeanne et son secrétaire général Jean-François Jalkh, également vice-président du Front national, ont encore été mis en examen pour escroqueries et recel d’abus de biens sociaux dans une nouvelle enquête sur le financement des campagnes municipales de 2014 et départementales de 2015.

La recette est connue : en centralisant la fourniture de tracts et affiches aux candidats via le micro-parti Jeanne, les caciques du FN ont maximisé les remboursements publics des frais de campagne accordés aux candidats récoltant plus de 5 % des voix. Une mécanique que Tracfin, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances, a minutieusement auscultée dans un rapport de juin 2016, que Challenges a pu consulter.

16,5 millions d'euros prêtés avec intérêts

Premier constat : les sommes brassées par Jeanne sont colossales. Entre 2014 et 2016, années où se sont succédé les élections municipales, européennes, départementales, sénatoriales et régionales, le micro-parti a prêté quelque 16,5 millions d’euros à des candidats frontistes, généralement à un taux d'intérêt de 6,5%. En retour, il a perçu pas moins de 22,4 millions d’euros de la part des candidats, eux-mêmes largement remboursés de leurs frais de campagne par l’Etat.

Début 2014, Marine Le Pen a ainsi bénéficié de 373.000 euros pour mener sa campagne des européennes, qu’elle a remboursés sept mois plus tard. Florian Philippot, ex-stratège du FN devenu leader des Patriotes, a, lui, reçu la coquette somme d’un million d’euros en deux ans pour ses campagnes municipales, européennes et régionales. "Ces prêts ont tous été remboursés", assure-t-il aujourd’hui.

Les mouvements de fonds entre le Front national et Jeanne sont fréquents. Entre janvier 2014 et avril 2016, le FN verse 3,9 millions d’euros au micro-parti et encaisse 3,4 millions. "Cela correspond simplement à des avances du Front à Jeanne pour l’aider à financer les campagnes de nos candidats, justifie Wallerand de Saint-Just, le trésorier du Front. Si les banques faisaient leur travail, ce ne serait pas nécessaire".

Pas d'économies d'échelle

Les enquêteurs de Tracfin relèvent quelques bizarreries dans le financement des campagnes frontistes. Exemple : lors des départementales de 2015, certains candidats ont versé leur chèque à Jeanne pour l’achat de leurs tracts et affiches après les élections... Le tarif de la mise en forme des comptes de campagne par le cabinet de Nicolas Crochet, un expert-comptable très proche de Marine Le Pen, variait en outre du simple au triple d’un candidat à l’autre !

Comme lors des élections législatives de 2012, les experts de Tracfin soupçonnent un gonflement des frais de campagne des candidats FN pour augmenter les remboursements publics. Et s’étonnent que la centralisation des dépenses via le micro-parti Jeanne n’ait pas conduit à des économies d’échelle… Pis, ils évoquent une possible entente entre le micro-parti Jeanne et son sous-traitant, l’agence de communication Riwal, dirigée par un ami de vingt-cinq ans de Marine Le Pen, pour surévaluer le montant des factures.

Un étrange versement de 480.000 euros

Les limiers de la lutte anti-blanchiment s’étonnent aussi de versements à une société baptisée HMD Finance. Cette ancienne entreprise de sécurité, reconvertie dans le conseil pour les affaires en 2014, a touché la bagatelle de 480.000 euros du micro-parti Jeanne entre 2014 et 2016. Des opérations dont Tracfin se demande bien à quelles prestations elles correspondaient, dès lors que HMD Finance ne compte aucun salarié et a très peu de dépenses courantes.

Le principal associé d’HMD Finance, Olivier Duguet, qui n’est autre que l’ancien trésorier de Jeanne, a effectué plusieurs virements vers des sociétés qui ressemblent fort à des coquilles vides, dont une située au Bénin. Une autre, spécialisée dans le commerce de véhicules, semblait assumer des dépenses d'ordre privé n’ayant rien à voir avec son activité : séjours au Futuroscope, à Arcachon et dans le pays basque, achats chez Foot Locker, Toys R Us ou Castorama.

Contactés, les dirigeants du micro-parti Jeanne n’ont pas souhaité répondre à Challenges et Olivier Duguet n’a pu être joint le 7 décembre.

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