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Le drame secret de Nordahl Lelandais

logo de L'Express L'Express 12/02/2019 Thibaut Solano

L'homme au passé énigmatique assure aux experts psy qu'un événement l'a fait basculer en 2017. Révélations.

Nordahl Lelandais est mis en examen dans quatre dossiers différents. © @ Doc/Maxppp, Archives, Septembre 2017 Nordahl Lelandais est mis en examen dans quatre dossiers différents.

"Un regard noir, intense, soutenu, fixe, vide de sentiment". Un regard qui met "au défi" celui qui lui fait face. C'est par ces mots qu'un expert psychologue décrit Nordahl Lelandais dans un rapport inédit, versé à ce dossier criminel labyrinthique, en décembre 2018. Un an après les premiers aveux de l'ancien militaire pour l'affaire Maëlys, la noirceur de ce regard dissimule encore son lot de secrets.

Quatre affaires mettent aujourd'hui en cause le maître-chien. D'abord le meurtre en avril 2017, vers Chambéry, du caporal Arthur Noyer, que Lelandais aurait pris en stop avant de lui asséner un coup mortel lors d'une bagarre, selon ses propres aveux. Ensuite, en juillet, l'agression sexuelle, filmée, d'une petite-cousine âgée de quatre ans. Puis en août, l'agression d'une autre petite cousine âgée de six ans, selon un mode opératoire identique. Et enfin, une semaine plus tard, le meurtre de la petite Maëlys, enlevée au cours d'un mariage à Pont-de-Beauvoisin (Isère).

Il y a plus d'un an, l'écho médiatique de l'affaire avait permis de relancer plusieurs dossiers de disparitions non élucidées dans sa région, en Rhône Alpes, avec une lancinante question en toile de fond : Lelandais, combien de victimes ? La gendarmerie a même mis en place une cellule spéciale baptisée Ariane pour, d'une part, retracer "le parcours de vie" du suspect, et, d'autre part tenter de rapprocher ou d'éliminer pas moins de 900 cas de disparitions, de cold case ou d'enterrés sous X au regard de ce parcours. Un an après, les conclusions de cette cellule sont toujours attendues.

"Un litre de rhum et un gramme de cocaïne par jour !"

Une évidence s'impose pour l'instant : si l'on excepte l'incendie criminel d'un snack à Paladru (Isère) commis avec des complices en 2008, tous les faits pour lesquels il est mis en cause se concentrent sur l'année 2017. Deux hypothèses demeurent : soit le jeune homme n'avait pas basculé dans le crime avant cette année-là. Soit des victimes plus anciennes restent introuvables à ce stade. 

Face aux différents experts psy qui l'ont interrogé à plusieurs reprises l'année dernière, Lelandais a accrédité la première théorie. Il a même identifié un épisode précis, en février 2017, qui lui aurait fait perdre pied : l'avortement de son ex-compagne A. qui attendait un enfant de lui. "C'est très dur à vivre sans (...) Je pourrais avoir un bébé et j'ai ôté la vie d'un enfant", s'est-il lamenté face à l'expert psychologue. A le croire, cette paternité impossible l'aurait plongé dans une profonde dépression : "J'étais no limit ! Un litre de rhum et un gramme de cocaïne par jour !" Il aurait aussi développé des troubles de la personnalité : par exemple, "l'impression que tout le monde savait tout sur moi".

Dans le rapport d'un expert psychiatre daté de 2018, Lelandais avait déjà décrit cette sensation étrange mais en la datant cette fois de son enfance : celle d'être le héros du film Truman Show, dans lequel l'acteur Jim Carrey incarne un homme dont la vie est retransmise 24 heures sur 24 à la télévision, sans qu'il ne le sache.

Quand Lelandais se fait passer pour un policier

"Depuis février, mars, j'étais plus moi du tout !" répète Lelandais. De fait, plusieurs événements troublants surviennent dans son quotidien à cette période. En février 2017, il se retrouve au coeur d'une altercation avec une automobiliste. Pour mettre fin au conflit, il brandit un insigne de police qu'il conservait dans sa voiture. Il sera condamné à quatre mois de prison avec sursis pour cette détention illégale.

En mars, c'est-à-dire quelques semaines avant la mort d'Arthur Noyer, le jeune homme occupe un poste d'intérimaire dans une usine de sirop mais obtient un arrêt de travail. "J'ai fait un faux mouvement en portant des cartons", raconte-t-il. Un détail qui n'en est pas un : sa vie professionnelle est jalonnée de congés maladie (une vingtaine rien qu'entre septembre 2001 et décembre 2005). Comme si "la désorganisation mentale de Nordhal Lelandais s'exprim[ait] au travers de son corps", selon les mots d'un expert psychologue.

Il "a pu s'identifier à ses chiens"

Ce même expert dresse un portrait glaçant du personnage, dépeint en dissimulateur hors pair. Selon lui, la personnalité du trentenaire comporte des troubles "déjà retrouvés chez les criminels en série" avec "un triptyque psychopathique, pervers narcissique et psychotique". Le rapport souligne également que le meurtre de Maëlys est un "crime soigné, méthodique et ce n'est que grâce au développement des techniques d'investigation criminelle qu'il sera démasqué. Nul doute qu'il ne l'aurait jamais été sinon".

L'expert développe d'ailleurs une analogie surprenante entre le comportement de Lelandais et celui...d'un chien, dont le suspect apprécie tant la compagnie (il avait deux malinois avant son interpellation) : " Il partage (...) avec ces animaux des points communs qui lui ont notamment permis de retrouver la trace puis les restes de Maëlys". Le tueur présumé explique lui-même être doté d'un "très bon sens de l'orientation" et d'un "très très bon odorat" : "vous me mettez à un endroit et dix ans après, j'y retourne comme ça ". Le psy note une similitude entre le comportement de Lelandais et celui d'un "animal qui ramène sa proie morte au domicile de ses maîtres ". Avant d'ajouter : "cet homme a pu s'identifier, au cours d'expériences de dissociations pathologiques, à ses chiens, incorporant leur animalité, leurs instincts, perdant ainsi une part de son humanité. "

"Je peux pas en avouer d'autres "

D'autres corps sont-ils cachés dans la nature ? Nordhal Lelandais le nie : "Je peux pas en avouer d'autres, il n'y en a pas d'autres." Pour mieux dissiper l'ombre d'un serial killer qui lui colle à la peau, il cite d'ailleurs plusieurs affaires médiatisées pour lesquelles il a été mis hors de cause : celle d'Estelle Mouzin disparue en 2003 à Guermantes (il se trouvait en Guyane), celle de Lucas Tronche évaporé dans le Gard en 2014 (selon l'exploitation de ses données téléphoniques, Lelandais se trouvait ailleurs) et celle d'Antoine Zoia, également dans le Gard en 2016 (l'adolescent a depuis été retrouvé pendu dans un bois).

Selon une source proche du dossier, "c'est davantage le profil de prédateur sexuel de Lelandais qui devrait être creusé plutôt que celui de tueur en série". Cette même source s'interroge sur d'éventuelles autres agressions commises sur des enfants de son cercle familial - cercle très large puisque sa mère compte 11 frères et soeurs. Après avoir nié ses penchants pédophiles dans un premier temps, le mis en examen a finalement avoué, en décembre dernier face à la juge d'instruction les agressions de deux petites-cousines. Des penchants qui ne seraient pas récents ("ça m'est déjà arrivé quand j'étais plus jeune" a-t-il expliqué lors ses aveux) mais qui se seraient transformés en passage à l'acte en 2017. Toujours sous l'effet de la drogue et de l'alcool, selon lui. Stratégie de défense ou aveux sincères ? Pour les enquêteurs, le "défi" consiste désormais à trouver la vérité derrière son "regard noir".

C'ÉTAIT SUR MSN : Affaire Daval, Nordahl Lelandais, Rédoine Faïd... : les faits divers marquants de 2018

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