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Le gouvernement slovaque vacille après la mort d'un journaliste

logo de Liberation Liberation 16/03/2018 Aude Massiot
Le Premier ministre Robert Fico (à gauche) remet sa démission au président slovaque, Andrej Kiska, jeudi 15 mars. © VLADIMIR SIMICEK Le Premier ministre Robert Fico (à gauche) remet sa démission au président slovaque, Andrej Kiska, jeudi 15 mars.

Jeudi, le président slovaque a accepté la démission du Premier ministre Robert Fico, deux semaines après l'assassinat du journaliste Jan Kuciak et de sa compagne Martina Kusnirova. Malgré cela, des manifestations sont attendues vendredi.

Lundi, le ministre de l’Intérieur démissionne. Mercredi, c’est le Premier ministre qui jette l’éponge. En Slovaquie, le gouvernement social-démocrate a basculé en quelques jours, poussé par la rue. Vendredi 9 mars, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues manifester contre le pouvoir, dans ce pays de 5,5 millions d’habitants.

La raison de leur mécontentement : le manque de réactions des autorités après le meurtre du journaliste Jan Kuciak, retrouvé mort avec sa compagne Martina Kusnirova à leur domicile, le 25 février. Jan Kuciak travaillait alors pour le site d’informations Aktuality.sk sur un article révélant les liens entre des collaborateurs du Premier ministre Robert Fico et des membres de la mafia italienne Ndrangheta. Après vérifications des équipes du journal, l’enquête a été publiée de manière posthume.

«Je n’ai jamais vu un tel climat ailleurs»

«Nous avons trouvé un pays profondément déchiré, rapporte l’eurodéputée allemande Ingeborg Grassle (PPE), membre de la délégation parlementaire qui s’est rendue en Slovaquie du 7 au 9 mars, après l’assassinat du journaliste. La population n’a plus confiance dans la classe politique et dans les institutions publiques. Ils craignent que leurs libertés soient maintenant menacées. Je n’ai jamais vu un tel climat d’instabilité ailleurs.» Un nouvel appel à manifester a été lancé pour vendredi, une semaine après les mouvements populaires dont l’ampleur a été comparée à celle de la «révolution de velours» qui a conduit, en 1989, à la chute du régime communiste dans l’ex-Tchécoslovaquie.

La crise politique a éclaté bien que les motifs de l’assassinat de Jan Kuciak et Martina Kusnirova n’ont pas été confirmés par les services de la police slovaque. Les enquêteurs, aidés par le FBI et Europol, privilégieraient tout de même la piste d’un meurtre motivé par les recherches professionnelles de Kuciak. L’an dernier, le journaliste avait porté plainte après des menaces proférées contre lui par l’homme d’affaires slovaque Marian Kocner, proche de la mafia locale. La police n’avait pas donné suite.

Le 1er mars, la police slovaque a interrogé 7 citoyens italiens, liés à la Ndrangheta et opérant dans l’est du pays. Deux jours après, ils ont été libérés. «En 2017, les autorités italiennes anti-mafia ont alerté sur la présence de membres du crime organisé sur le territoire slovaque et notamment dans l’est du pays, la région la plus pauvre», souligne le rapport de la délégation européenne.

Changement de gouvernement

Depuis deux semaines, l’enquête piétine. De son côté, le gouvernement du parti majoritaire Smer (social-démocrate) n’a su qu’alimenter la querelle qu’il entretient avec le président de la République Andrej Kiska. Le Premier ministre a notamment accusé ce dernier d’avoir discuté secrètement avec l’homme d’affaires hongrois Georges Soros, la bête noire des gouvernements de Budapest et Varsovie. Robert Fico s’est aussi illustré par le passé par ses violentes attaques verbales contre des journalistes.

Sous la pression de la société civile, il a finalement démissionné jeudi, et demandé à un proche, le vice-Premier ministre Peter Pellegrini, de le remplacer. Pour Fico, c’est une petite victoire car il espère ainsi sauver la coalition qu’il conduit depuis 2016 et éviter des élections anticipées, demandées par un des partis de gouvernement. La rue décidera certainement de la réussite de cette stratégie. «Nous sommes dans l’incertitude totale sur ce qui se passera dans les prochains jours, explique Gabriel Sipos de l’organisation de lutte contre la corruption Transparency International. Les manifestations pourraient reprendre de l’ampleur si les membres choisis pour le nouveau gouvernement ne sont pas des personnalités crédibles.»

L’historien slovaque Miroslav Londak assure : «Plus fondamentalement, les élections de 2016, marquées par la démise des partis traditionels de droite et par la montée du parti fasciste et populiste, ont démontré que la nation attend désormais plus que le succès économique, mais aussi des réformes du système de santé, de l’éducation et une véritable lutte contre la corruption. Or aucun parti politique viable capable de répondre à ces attentes n’existe actuellement en Slovaquie.»

Une corruption «systémique»

L’évolution socio-politique de ces dernières semaines a mis en lumière l’étendue de la corruption au sein des hautes sphères politiques. «C’est un problème systémique, affirme Gabriel Sipos. Nous sommes une très jeune démocratie et les institutions sont vulnérables aux tentatives d’intrusion des organisations criminelles.» La Slovaquie n’attire pas pour ses richesses mais pour les fonds européens qu’elle reçoit, selon lui.

La délégation de parlementaires européens est aussi venue enquêter sur le sujet. «Dans les prochains mois, nous allons essayer de comprendre le business model avec lequel opère le crime organisé grâce aux fonds agricoles délivrés par l’Union européenne, détaille Ingeborg Grassle. Avant ces derniers événements, la Slovaquie n’était pas considérée comme un pays à problèmes, contrairement à certains de ses voisins. Je suis revenue très inquiète de ma visite dans le pays.»



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