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Marseille: la chambre régionale règle son compte à Gaudin et son équipe

logo de Liberation Liberation 08/11/2019 Stéphanie Aubert, Stéphanie Harounyan
Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille, le 19 janvier à la mairie. © Christophe SIMON Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille, le 19 janvier à la mairie.

Il était très attendu. Le rapport de la chambre régionale des comptes sur la gestion de la ville de Marseille – patrimoine et personnel – ne sera pas à reporter dans la colonne des plus du bilan de la municipalité sortante. Extraits.

Il y a des semaines comme ça. Et pour Gaudin et son équipe, c’est celle-là. Alors que Marseille s’apprête à rendre hommage aux huit morts de la rue d’Aubagne ce samedi lors d’une grande marche, et que la ville est éreintée par le rapport encore en cours du Haut Comité au logement pour les personnes défavorisées – que Libération a pu consulter – un autre rapport vient d’être envoyé aux élus municipaux : celui de la chambre régionale des comptes, lui aussi consulté par Libération. Plutôt deux rapports pour le prix d’un : le premier de 324 pages sur la situation financière et le patrimoine de la ville. Et un second (263 pages) sur sa gestion des dépenses de personnel.

«Absence de stratégie claire»

On se doutait que la situation financière de la commune ne serait pas brillante, mais la chambre régionale des comptes le confirme dans les grandes largeurs : «Les difficultés rencontrées par la ville ont pour origine commune une absence de stratégie claire et une insuffisance dans le pilotage de ses actions, par ailleurs peu économes en deniers publics.» Ça commence fort. La chambre rappelle, vraisemblablement un peu énervée d’avoir à se répéter, qu’elle «avait pourtant déjà formulé dans le cadre de ses précédents contrôles, des recommandations visant à corriger certaines anomalies […] mais elles n’ont pas été suivies». Au premier rang desquelles le niveau préoccupant de la dette, qui s’élève à «2 023 euros par habitant, ce qui est deux fois plus élevé que dans la moyenne des communes comparables (1 139 euros)». Mais le sommet est atteint quand la chambre calcule les frais financiers que génère cette dette – 48,7 millions d’euros en 2017 – et relève que cette somme est supérieure aux frais réglés par Lille, Lyon, Nice, Nantes, Montpellier et Toulouse réunis (40,8 millions d’euros) !

La ville semble pourtant ne pas pouvoir se permettre une telle dépense, au vu de l’état de ses bâtiments et de leur manque criant d’entretien. Le rapport accable ainsi la municipalité sur une «absence d’état des lieux» et donne en exemple le cas des écoles, dans une situation urgente notamment dans les très populaires 3e, 13e, 14e et 15e arrondissements. Sur la gestion de son patrimoine, le bilan est également très critiqué. Apparemment, la ville néglige aussi de percevoir les recettes de ses propres immeubles, et quand elle est locataire, paie «des charges de propriétaires et acquitte parfois des loyers très élevés au regard du prix du marché». En plus d’experts financiers, la mairie aurait apparemment également besoin des conseils d’un bon agent immobilier, puisqu’elle semble vendre ses biens pas très cher «dans des conditions de régularité contestables», indique la synthèse du rapport. Elle achète également plutôt à des tarifs élevés dans des conditions juridiques jugées là aussi «contestables».

Ville gourmande en personnel

Ces manquements ne sont pourtant pas causés par un manque de personnel, objet du second rapport d’observation de la chambre régionale des comptes, qui a examiné la situation entre les exercices 2012 et 2017. Là aussi, apparemment, la gestion des ressources humaines n’est pas le fort de la municipalité, avec une masse salariale en augmentation de 11% en cinq ans, pour un total de 510 millions d’euros. Soit une progression bien plus rapide que dans des communes comparables. Avec des salaires moyens (2 320 euros bruts mensuels) au-dessus de la moyenne nationale. Mieux payés, mais pas très bosseurs pour autant, note la chambre qui constate que «le temps de travail des agents municipaux reste inférieur à la durée légale». La chambre souligne néanmoins qu’une nouvelle organisation a été mise en place courant 2018 et qu’elle n’a pu en «apprécier l’efficacité». En avril, l’adjoint aux finances de la Ville, Roland Blum, s’en était félicité lors du vote du budget, soulignant que «pour la première fois depuis 2012», la masse salariale de la municipalité avait baissé de 0,9 %. Quand bien même, la ville reste gourmande en personnel alors que son périmètre de compétences s’est réduit au profit de la métropole : elle remplace systématiquement les départs en retraite, voire «au-delà». Conseil municipal non consulté, croissance des primes, augmentation des heures supplémentaires, sous-traitance et vacataires multiples… font également partie des nombreux griefs des magistrats qui, là encore, insistent sur le fait que tous ces défauts de gestion avaient été pointés par leurs rapports successifs depuis 2004.

«Souvent les gens qui viennent de Paris – pas vous – se moquent de Marseille. Ils arrivent avec l’idée de la carte postale, nous sommes des pagnolesques, des gens pas sérieux, etc. C’est le Marseille-bashing», avait répondu Jean-Claude Gaudin à Laurent Joffrin, qui l’interrogeait sur un rapport – déjà accablant – concernant le logement insalubre. Pas sûr qu’il puisse cette fois invoquer le bashing des magistrats de la chambre régionale des comptes, qui n’est par ailleurs pas connue pour être un repaire de gauchistes. Ces 587 pages de rapports, ainsi que les 28 recommandations qui les accompagnent, seront examinées lors du conseil municipal avancé au 25 novembre. Les débats promettent d’être tendus à quelques mois des élections municipales, et un an après la mort de huit Marseillais dans l’effondrement de deux immeubles, dont l’un était propriété de la ville.

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