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Parcoursup : y a-t-il une différence de traitement selon l’origine des élèves ?

logo de Liberation Liberation 13/06/2018 Marie Piquemal
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France Info

Des quotas de boursiers ont été mis en place, mais ils varient d'une formation à l'autre. Idem pour les places offertes hors de l'académie : des informations que n'avaient pas les candidats au moment de faire leurs vœux.

Cours dans un amphitheatre du Campus de la Manufacture des Tabacs de l'Université Jean-Moulin Lyon-III dans le huitième arrondissement. © Fournis par Libération Cours dans un amphitheatre du Campus de la Manufacture des Tabacs de l'Université Jean-Moulin Lyon-III dans le huitième arrondissement.

Il y a ce sentiment que partagent une partie des élèves et leurs enseignants, nourrissant frustrations et découragement. Cette sensation d’avoir encore une fois été mis sur la touche, parce que «ne venant pas du bon endroit». Dans notre chronique Parcoursup, la semaine dernière, un enseignant de Seine-et-Marne résumait très bien ce ressenti : «Nos élèves ont l’impression de devoir attendre que les Parisiens fassent leur choix, et qu’eux, auront juste droit aux restes.» Ce sentiment d’injustice, que l’on retrouve un peu partout en France, ne date pas de Parcoursup évidemment. Mais ce nouvel outil en est une nouvelle expression. Alors y a-t-il, oui ou non, une différence de traitement selon l’origine géographique – et donc sociale – des élèves ? Eléments de réponse.

Quelle chance a un élève qui a postulé hors de son académie ?

C’était déjà la pratique courante du temps d’APB. Le principe a été conservé dans Parcoursup : pour les universités les plus demandées, quand les places viennent à manquer, la priorité est donnée aux élèves résidant dans l’académie. L’algorithme Parcoursup a tout de même intégré un taux de «hors secteur», c’est-à-dire un nombre de places réservées aux élèves venant d’ailleurs. Ces taux varient d’une université à l’autre, ils ont été fixés par chaque recteur après négociations avec les présidents d’université. Les facs les plus réputées ont tout intérêt à avoir un taux de hors secteur élevé, pour se choisir les meilleurs élèves de France et de l’étranger. A l’inverse, les facs de banlieue redoutent que la désectorarisation fasse fuir les meilleurs élèves. Les recteurs ont fait des arbitrages très variables… Ainsi par exemple, la fac de droit Paris-I, à la Sorbonne, a la possibilité de prendre 15% d’élèves hors de son académie, quand l’UFR de droit de la fac de Nanterre doit se contenter d’1% ! Ce qui veut dire qu’un élève qui n’est pas de l’académie de Versailles a une chance infime d’être accepté à la fac de Nanterre.

Au moment de faire leurs vœux, les élèves n’avaient pas connaissance de ces taux de hors secteur, ils n’ont été rajoutés sur la plateforme Parcoursup que quelques jours avant le 22 mai. «Nous devions attendre de connaître quelles étaient les filières en tension, puisque cette règle de priorité ne s’applique que quand les demandes sont supérieures aux places», répond le ministère de l’Enseignement supérieur.

Cette histoire des taux de hors secteur tend donc à conforter le ressenti des élèves de Seine-et-Marne, de passer «après». «Non», réfute le ministère, avançant deux arguments. Les classes prépas et les BTS sont tous désectorisés : ils font leur marché partout en France. Concernant Paris, il fait partie des cas géographiques particuliers : «pour une cinquantaine de filières (dont Staps, santé et psycho), le secteur prioritaire n’est pas l’académie mais la région. Donc tous les élèves d’Ile-de-France sont à égalité.»

Le lycée d’origine a-t-il joué ?

En amont, les profs avaient-ils la possibilité de trier les dossiers en fonction du lycée d’origine, et donc de placer tout en bas de la liste les élèves venant de lycées moins bien côtés ? Dans certaines classes prépas, BTS et IUT, cela se pratique depuis des années. L’ancien outil APB le permettait en trois clics, et Parcoursup aussi. Tout dépend ensuite de l’éthique des équipes. Pour les universités, c’est un peu différent. Face aux critiques, au printemps, la ministre, Frédérique Vidal, a donné pour consigne aux profs de fac de ne pas prendre en compte le lycée d’origine dans leur classement.

L’information figure cependant dans les dossiers, et se trouve dès lors facilement exploitable à condition de maîtriser un tant soit peu Excel. Les commissions mises en place dans chaque université pour trier les candidatures ne sont pas tenues de donner les critères de classement utilisés, sauf si un élève fait un recours à la fin de la procédure. Donc, pour l’instant, il n’est pas possible de le savoir. Certaines facs, à la demande des syndicats ou des équipes, ont décidé de rendre publics leurs critères, et ainsi de couper court à toute polémique.

Les élèves boursiers ont-ils un quelconque avantage ?

Il y a quelques semaines, lors des arbitrages du rapport Borloo sur la banlieue, le président Macron s’était vanté de mener une politique volontariste en faveur des boursiers. «Nous avons mis en place des quotas de boursiers, ce qui ne s’est jamais fait jusque-là», s’exclame l’entourage de la ministre, Frédérique Vidal. C’est vrai. Jusqu’à présent, il s’agissait d’objectifs fixés par le recteur, «on sait tous que souvent derrière l’objectif affiché, la réalité n’a rien à voir ! Désormais, c’est dans l’algorithme, c’est mécanique», poursuit la ministre.

Seulement voilà. La façon dont les quotas sont fixés interroge. Ils varient d’une fac à l’autre, d’une classe prépa à l’autre. Là encore, le sujet a fait l’objet de négociations entre le recteur et chaque formation, en tenant compte du nombre d’élèves boursiers qui a postulé… Ainsi donc, moins une formation est demandée par des élèves boursiers, moins elle est tenue d’en prendre. Et inversement. Exemple : 2% à Paris-I-Sorbonne en droit… contre 16% en langues étrangères appliquées (LEA) à Créteil. «C’est une façon de présenter le verre à moitié vide», répond le ministère. Voyez plutôt : «C’est un minimum fixé, ils peuvent en prendre plus et c’est évolutif dans le temps, rien n’est figé. c’est un signal envoyé aux familles, cela permet de lutter contre l’autocensure.» 

Dans l’état actuel, ces quotas se limitent aux formations publiques. Le privé (classe prépa, BTS, fac catho) n’est pas tenu d’appliquer un quota de boursiers cette année. «Ce sera fait l’an prochain, assure le ministère. Le temps de signer un avenant, ce n’était pas possible dans le délai imparti.»

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