Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Plan de paix au Proche-Orient : Trump recadre Nétanyahou, Poutine déçoit Abbas

logo de Liberation Liberation 13/02/2018 Guillaume Gendron

Lundi, le Premier ministre israélien a été publiquement démenti par Washington après avoir assuré qu'il négociait avec l'administration Trump l'annexion des colonies de Cisjordanie. Dans le même temps, Mahmoud Abbas essuyait un revers à Moscou.

Benyamin Nétanyahou à Jérusalem, le 11 février. © Fournis par Libération Benyamin Nétanyahou à Jérusalem, le 11 février.

On savait le fameux «deal ultime» de Donald Trump pour la paix au Proche-Orient mal embarqué depuis la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne par Washington. Depuis, les Palestiniens excluent toute participation à des négociations qui se tiendraient sous le patronage des États-Unis, lesquels tentent de les faire «revenir à la table»en sabrant dans leur aide humanitaire. Mais voici que le dernier à y croire, c’est-à-dire le président américain, exprime des doutes totalement inattendus.

Dimanche, dans Israël Hayom, quotidien gratuit le plus lu du pays et aligné sur les positions gouvernementales, Trump semblait déjà avoir fait une croix sur tout le processus: «Pour le moment, je dirais que les Palestiniens ne cherchent pas à faire la paix. Et je ne suis pas complètement sûr qu’Israël la veuille aussi», a-t-il ainsi déclaré, alors qu’il se murmure que le plan concocté par ses émissaires devrait être dévoilé sous deux mois. Autre nouveauté: voici que Trump, pour la première fois, considère que les colonies en Cisjordanie «compliquent la tâche» et que l’État hébreu «doit agir avec précaution sur ce sujet».   

Nétanyahou, il est vrai très occupé ce week-end avec le crash d’un F-16 de Tsahal touché par un missile syrien, a-t-il pris le temps lire Israël Hayom ? Lundi, «Bibi» annonçait donc qu’il avait commencé à négocier l’application de la souveraineté israélienne dans les colonies – en d’autres mots, une annexion partielle des Territoires occupés – avec les Américains. La base du Likoud en a fait une priorité. Fin décembre, dans la foulée de la reconnaissance de Jérusalem, le conseil central du parti du Premier ministre a même voté, à l’unanimité, pour qu’une telle mesure soit désormais une revendication centrale dans les prochaines campagnes électorales à venir.

«Une claque sans précédent»

Selon le journaliste star Barak Ravid, Nétanyahou tenterait de contenir les ardeurs de ses troupes à ce sujet depuis des semaines. Il aurait même expliqué que, stratégiquement, le mieux était d’attendre que le plan Trump échoue (ce qui ne fait apparemment aucun doute du côté israélien) pour introduire une telle loi à la Knesset. En le déclarant publiquement, Nétanyahou a peut-être cru apaiser sa coalition, et notamment les nationalistes religieux du Foyer juif, mais il ne s’attendait sûrement pas à se faire recadrer aussi vertement par Washington. En quelques heures, le Département d’État a publié un communiqué cinglant assurant que de telles négociations n’avaient jamais eu lieu. «Une claque sans précédent», «le Premier ministre est un menteur», s’est rengorgé toute la presse en lettres capitales. 

Benyamin Nétanyahou pourra se réconforter en se disant qu’il n’est pas le seul à avoir reçu une douche froide lundi. Au même moment, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, rencontrait Vladimir Poutine à Moscou. Le «raïs», qui boycotte les émissaires américains depuis deux mois, espère faire du nouvel homme fort dans la région le médiateur de la paix entre Israël et les Palestiniens. Un sac de nœuds dont Poutine n’a visiblement que faire : ce dernier a expliqué à Abbas, à peine arrivé au Kremlin, qu’il sortait d’un entretien téléphonique avec… Trump, et que ce dernier «lui envoyait ses meilleurs vœux». Et c’est à peu près tout. Un camouflet pour Abbas, qui n’a plus que l’Europe vers qui se tourner.

Il y a quelques semaines, un éditorialiste du quotidien centriste Yediot Aharonot ironisait sur le plan Trump en le comparant au monstre du Loch Ness: «Des millions de personnes en parlent, une dizaine assure l’avoir vu et une poignée jure avoir des preuves de son existence. Mais il est fort probable qu’il n’existe pas.» Avec de tels couacs, la liste des sceptiques ne peut que s’allonger de jour en jour.

Publicité
Publicité

Plus d'info : Liberation.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon