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Quand Pascal Obispo et Elie Chouraqui se déchirent sur Les 10 commandements

logo de BFMTV BFMTV 10/08/2018 Jamal Henni et Simon Tenenbaum

SÉRIE D'ÉTÉ: LES STARS DANS LE PRÉTOIRE.

La reprise a été un four monumental © Fournis par Next Interactive La reprise a été un four monumental

Les deux hommes sont en guerre depuis 2004. Pascal Obispo, compositeur des chansons reproche à Elie Chouraqui, producteur de la comédie musicale d'avoir gardé pour lui une part indue des recettes. Lorsqu'Elie Chouraqui a remonté le spectacle, Pascal Obispo a tenté de l'en empêcher, mais en vain.

Les 10 commandements, c'est une comédie musicale créée en 2000 qui raconte la vie de Moïse et qui a rencontré un immense succès, avec 1,6 millions d'albums vendus et 800 représentations (dont 401 représentations en France attirant 1,8 million de spectateurs).

En 2013, Elie Chouraqui, metteur en scène et auteur du livret, décide de reprendre le spectacle. Il produit le spectacle à 50/50 avec la société xCom2 SAS de Dominique Monera. Las! Ce sera un four monumental. Sur les cinq représentations à Bercy en novembre 2016, deux seront supprimées et pour les autres, la salle habituelle sera réduite de moitié: 8.000 places au lieu de 19.000. La reprise qui devait avoir lieu à la Seine Musicale du 30 novembre au 3 décembre 2017? Annulée! La tournée d'une soixantaine de dates en province? Amputée! Seuls cinq villes accueilleront le spectacle (Amiens, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Nantes et Marseille), selon son compte twitter.

Mais ce n'est pas tout. Plusieurs interprètes ont aussi claqué la porte: Pedro Alves (qui jouait Aron), Candice Parise (Nefertari), Sofiane (Ramsès) ou encore Nuno Resende (Josué).

Masquer le fiasco

Logiquement, la société co-productrice du spectacle, xCom2 SAS, après avoir perdu 668.600 euros en 2016, s'est placée en redressement judiciaire, puis a été liquidée. Elle laisse derrière elle un passif de 3 millions d'euros, notamment une ardoise de 117.114 euros auprès des studios de la cité du cinéma de Saint-Denis, où les répétitions ont eu lieu durant six semaines en octobre-novembre 2016, sans que ces locaux ne soient jamais payés...

Elie Chouraqui tente alors, tant bien que mal, de masquer ce fiasco. Ainsi, quand une représentation était supprimée, il s'agissait toujours officiellement d'un "report", justifié par des raisons techniques, telles que "le décor a trop souffert et doit être revu et corrigé". Et pas du tout par l'absence d'intérêt: "Les réservations marchent bien. On devrait être complet", assurait-il.

Pas envie d'aimer

Ce four monumental s'explique par le trop plein de comédies musicales. Mais ce retour s'est aussi fait sans la plupart des protagonistes originaux qui n'avaient pas du tout envie d'aimer cette reprise. A commencer par les producteurs Dove Attia et Albert Cohen, pourtant toujours actionnaires minoritaires de la société d'Elie Chouraqui 7 Art SARL, qui a produit le spectacle original et co-produit cette reprise.

Et surtout, Pascal Obispo, auteur de la musique, qui, dans un tweet (supprimé depuis) se disait "aucunement impliqué et solidaire du spectacle qui se présente comme le retour des 10 commandements". Elie Chouraqui, interrogé par la presse lors de sa tournée de promotion sur l'attitude de Pascal Obispo, a donné plusieurs explications:

"Je ne comprends pas que Pascal se désolidarise de quelque chose qu'il a mis en musique. C'est triste. [...] Je ne comprends même pas ce type d'attitude. Est-ce que c'est mercantile, envieux? Est-ce que c'est parce qu'il a un autre projet, parce qu'il a un album?" (le Point)

"Je sais pourquoi Pascal a dit: 'Je ne m'asso­cie pas'. En fait, il prépare un spectacle sur Jésus en 2017 et il a très peur des 10 commandements, que ça nuise à ce qu'il va faire. [...] Mais c'est stupide. Au contraire, s'il réussit Jésus comme il a réussi les Dix Commandements, pourquoi entrer dans des querelles stériles et stupides? [...] Ce garçon a vraiment deux facettes. Il a une facette merveilleuse, talentueuse et il a quelque chose de noir en lui qui revient toujours" (Broadway in Paris)

"Pascal Obispo dit que je ne l'ai pas prévenu. Bien sûr que je l'ai prévenu. On a passé des heures à en parler aux gens qui l'entourent, et à lui demander d'être avec nous, ce qu'il a refusé. Il fait un spectacle en 2017 autour de Jésus, qui assez proche, qui est dans la thématique des 10 commandements, et ça l'embarrasse d'avoir les 10 commandements en face, ce qui est une erreur.

Les 10 commandements est un spectacle qui appartient à tout le monde. Il n'y a aucune raison que je n'ai pas le droit de le reprendre. Mais je suis en face de procéduriers. Si une procédure est faite, on verra qui a tort et qui a raison. Je crois que j'ai raison, puisque c'est moi qui suis venu chercher Pascal pour l'emmener dans cette aventure. Je me sens donc dans mon droit le plus absolu" (RTL)

"C'est une histoire de pognon, c'est un peu crapoteux, donc ça n'a pas grand intérêt" (BFM Paris)

Chouraqui refuse d'envoyer les comptes à Obispo

Elie Chouraqui n'en dira pas plus, et on le comprend. Car en réalité, Pascal Obispo le soupçonne d'avoir gardé pour lui une part indue des recettes de la comédie musicale.

Précisément, le contrat passé en 2000 entre Elie Chouraqui et Pascal Obispo prévoyait que le producteur envoie au compositeur tous les mois "un état provisoire des données commerciales: ventes, entrées spectacles...", et en outre tous les six mois "les comptes des représentations". Problème: Elie Chouraqui a cessé d'envoyer ces comptes à Pascal Obispo en 2004. Le compositeur lui a alors envoyé en recommandé trois mises en demeure, toutes restées sans réponses. En 2007, Pascal Obispo a donc notifié Elie Chouraqui la résiliation du contrat. Dans sa lettre, il affirme qu'Elie Chouraqui n'a désormais plus aucun droit sur les chansons du spectacle, ni le droit d'exploiter d'adapter ces chansons dans un spectacle.

Obispo voit rouge

Lorsqu'en 2013, Elie Chouraqui l'informe qu'il veut remonter le spectacle. Pascal Obispo voit donc rouge, et tente de l'empêcher. Il envoie par huissier une lettre faisait part de sa totale opposition. On lui répond ne pas avoir besoin de sa permission, mais juste de l'autorisation de la Sacem.

Furieux, Pascal Obispo porte alors plainte devant le tribunal de grande instance de Paris, pour "contrefaçon", "parasitisme" et "concurrence déloyale", demandant l'interdiction de cette reprise, sous peine d'une amende de 1,57 million d'euros par représentation...

A l'appui de ses demandes, Pascal Obispo argue que "l'ordonnancement" des chansons constitue en elle-même une oeuvre, dont il est un des auteurs, et donc sur laquelle il a des droits. Mais le tribunal le renvoie dans ses buts. Il estime que Pascal Obispo n'arrive même pas à définir précisément l'oeuvre qu'il revendique. Dès lors, sa demande est nulle. Mais ce n'est pas tout:

"A supposer même que cette oeuvre dramatico-musicale puisse être précisément identifiée, il appartiendrait à Pascal Obispo d'établir qu'il en est bien titulaire des droits d'auteur. Or Pascal Obispo n'apporte aucun élément propre à démontrer qu'il est à l'origine de l'ordonnancement des oeuvres musicales composant le spectacle. Ainsi, faute pour Pascal Obispo de démontrer qu'il est à l'origine de l'ordre de présentation des oeuvres musicales, il ne saurait se prétendre auteur de l'oeuvre qui en résulterait.

En outre, cet ordre est manifestement contraint par le thème du spectacle et la nécessité de respecter le déroulement chronologique de la vie de Moïse, telle que décrite dans l'Ancien testament et dans la Bible. Ainsi, la demande de Pascal Obispo serait intégralement irrecevable". 

Pascal Obispo s'est vu reconnaître des droits uniquement sur les bandes master (la bande originale), mais Elie Chouraqui a promis de ne pas les utiliser. 

Double défaite pour Obispo

Un peu plus tôt, Pascal Obispo avait fait -toujours en vain- un autre procès au sujet de la marque Les dix commandements. La situation était confuse car cette marque a été déposée trois fois: d'abord en 2000 par Elie Chouraqui (mais ce dépôt n'avait pas été renouvelé au bout de dix ans et avait donc expiré), puis en 2010 par Pascal Obispo, et enfin en 2013 à nouveau par Elie Chouraqui. Chacun accusait l'autre d'avoir violé ses droits en déposant la marque. Elie Chouraqui accusait même que Pascal Obispo de vouloir "lui nuire, par des méthodes qui relèvent de l'intimidation". Finalement, Pascal Obispo a gagné en première instance, mais perdu en appel. Pour la cour d'appel seul le premier dépôt par Elie Chouraqui en 2000 était valable:

"Elie Chouraqui, arguant du caractère frauduleux du dépôt par Pascal Obispo, démontre qu'à la date de ce dépôt [2010], Pascal Obispo connaissaient l'intérêt pour Elie Chouraqui de pouvoir disposer de la marque, notamment dans la perspective d'une reprise de ce spectacle, ce que Elie Chouraqui lui a d'ailleurs annoncé par lettre du 18 avril 2013.

En raison des conditions de la rupture du partenariat résultant d'un différend en germe depuis 2004, de la persistance des difficultés relationnelles des parties, encore manifeste dans la réponse de Pascal Obispo du 19 avril 2013; du fait, aussi, que l'enregistrement de la marque litigieuse [par Pascal Obispo] a été effectué dix années après la création de la composition musicale, et à quelques semaines du terme de la période de protection des marques enregistrées en 2000 par Elie Chouraqui; l'intention de Pascal Obispo d'entraver l'activité de Elie Chouraqui doit être considérée comme établie."

Victoire de Jésus sur Moïse

Pascal Obispo a tout de même gagné sur un point: la justice a entériné la résiliation du contrat de 2000 avec Elie Chouraqui. Et le chanteur peut se consoler avec le succès de sa comédie musicale Jésus. A l'automne 2017, elle a été jouée 48 fois au Palais des sports devant 100.000 spectateurs, puis a fait une tournée de neuf villes en province (plus une date annulée à Bruxelles). La comédie musicale était produite par Holy Production SAS, filiale commune de Vivendi (via Olympia Production, 40%), Sony (via Arachnée Production, 40%) et de la société de Pascal Obispo (20%).

Un succès salué ainsi par Pedro Alves: "Je ne sais pas qui produit [Jesus], mais sans aucun doute, je sais qui ne produit pas! Nul doute que tu dépasseras les quatre dates à Paris mon pote;)"

Contactés, l'avocat de Pascal Obispo Jean-Marie Guilloux, et celui d'Elie Chouraqui Charles Morel n'ont jamais répondu.

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