Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Scandale des faux steaks hachés : quelles sont les trois entreprises impliquées?

logo de Liberation Liberation 15/06/2019 Luc Peillon, Pauline Moullot
Photo d'illustration. Bloomberg via Getty Images Photo d'illustration. Bloomberg via Getty Images

La DGCCRF a auditionné les responsables de deux sociétés françaises Voldis et le courtier SMP. Le fabricant des steaks frauduleux est lui basé en Pologne.

Pour mémoire, des centaines de tonnes de steaks hachés frauduleux ont été livrées entre juillet 2018 et février 2019 à quatre associations humanitaires (Restos du cœur, le Secours populaire la Croix-Rouge et le réseau des Banques alimentaires). Un marché de 5,2 millions d’euros financé par le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD). Ce sont les associations qui ont alerté les autorités. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a procédé à 42 prélèvements, découvrant des graves défauts de composition, sans conséquences sanitaires, mais en violation du cahier des charges.

l’enquête de Checknews montre que trois entreprises sont concernées par ce scandale : Voldis, située dans les Côtes-d’Armor, qui a décroché le marché, Biernacki, le fournisseur polonais, et, selon nos informations, un intermédiaire, le courtier SMP (société Marcel Proux), installé en Loire-Atlantique. Ces trois entreprises, directement ou via leur propriétaire, ont déjà été concernées par des scandales sanitaires ou mises en cause pour la qualité de leurs produits.

Voldis, l’entreprise bretonne qui a gagné le marché

C’est l’entreprise qui a remporté le marché de 5 millions d’euros auprès de France AgriMer en 2018, après plusieurs marchés obtenus en 2015 et 2016. Une micro société de un ou deux salariés, cachée derrière une fausse adresse, à Loudéac dans les Côtes-d’Armor. En effet, sa domiciliation, que l’on retrouve sur tous les lots de viande, correspond au pavillon d’un particulier : une demeure qu’a cédée il y a dix ans le propriétaire de Voldis, Valéry Le Helloco, ce dernier conservant toutefois l’adresse pour sa société.

Valéry Le Helloco, vient de faire parler de lui il y a deux mois en raison de la fermeture de l’un de ses abattoirs (les Volailles de l’Odet, dans le Finistère) par la préfecture. Raison invoquée: «Nombreuses et graves non-conformités au regard des normes sanitaires en vigueur et des risques pris pour la santé publique.» Bilan : vingt personnes sur le carreau.

Le Helloco avait également racheté en 2014 un abattoir de dindes, Le Clezio industrie, dans la commune de Trévé (Côtes-d’Armor). Une acquisition réalisée en collaboration avec l’ancien directeur de Le Clezio, Jean-Marc Venault (qui en deviendra président), poursuivi au même moment dans deux affaires de viande souillée. Si l’homme a finalement été relaxé, il avait déjà écopé, dans le passé, de cinq condamnations pour infractions aux règles d’hygiène ou de sécurité au travail, selon Ouest-France.

La famille Le Helloco est dans la volaille depuis que le père a racheté un abattoir dans les années 1970 (repris depuis par un autre fils). A noter que le père, Guy Le Helloco a eu également affaire à la justice en son temps, dans les années 70, pour avoir gonflé sa viande à l’eau et pour avoir fabriqué, en 1978, de faux certificats sanitaires afin d’expédier illégalement 80 tonnes de rôtis de dindonneau en Allemagne.

Outre ses activité dans la viande, Valéry Le Helloco, apparaît comme un chef d’entreprise aux mille facettes -et aux nombreuses résidences (on le retrouve domicilié tantôt au Portugal, au Togo, à Jersey ou au Luxembourg). Il est à la tête d’une agence d’interim, sise à Loudéac, mais les salariés des abattoirs Le Clezio seront surtout étonnés d’apprendre que leurs entreprises respectives sont actionnaires, au côté de Valéry Le Helloco, d’Electricité et Eaux de Madagascar (EEM), un holding fourre-tout et pas très en forme, créé en 1928 et qui n’a plus rien à voir avec l’île africaine, et dans le panier duquel on trouve des boîtes d’immobilier, des participations dans une société de casinos, dans l’industrie du papier (groupe Gascogne) et dans un hôtel de luxe au Cambodge, près d’Angkor.

Biernacki, le fabricant polonais

Si l’entreprise Voldis a décroché le marché, rien n’indique forcément que son responsable ait vu un jour la viande… «Il se peut très bien que l’entreprise n’ait fait que l’acheter à distance, via le courtier, sans n’avoir jamais mis le nez dessus», explique un professionnel du secteur.

Pour fournir les centaines de tonnes de steak, le spécialiste de la volaille s’est tourné vers le groupe polonais Biernacki, basé près de Jarocin, dans l’ouest du pays. S’il est un des gros acteurs du secteur, le groupe a déjà un petit passif concernant la qualité de ses viandes. En 2015, dans le cadre du même FEAD, cette entreprise a livré aux Restos du cœur plusieurs centaines de tonnes de steaks contaminés à la salmonelle. L’affaire, portée devant le tribunal de commerce de Beauvais, devrait être tranchée en septembre. Mais ce n’est pas tout.

Début 2019, ce sont des steaks tartares Biernacki vendus dans des magasins Lidl de différents pays européens qui ont été rappelés. En raison de la salmonelle en République Tchèque et en Pologne, à cause de la bactérie E.coli pour la Slovaquie. En France, «la majorité des distributeurs parisiens ont collaboré de près ou de loin avec Biernacki, glisse un intermédiaire du secteur de la viande. Il y a quelques années, c’était le groupe avec lequel il fallait travailler.» Mais depuis, plusieurs d’entre eux ont fait une croix sur le fournisseur polonais. «Ça se passait bien jusqu’à ce qu’on renvoie l’équivalent d’un camion après contrôle, explique cet intermédiaire. Dès lors, on a arrêté de bosser avec eux.» Il y a quelques années, un autre distributeur qui avait retrouvé de l’aponévrose (une membrane fibreuse entourant le muscle et qui n’est pas censée se trouver dans les produits) avait cessé de se fournir en steaks. Il y a à peine un an, il a finalement tout arrêté après avoir remarqué 22 à 25 % de matière grasse dans du haché censé n’en contenir que 15 %. «Ils ont pourtant de belles installations modernes, ils sont tout à fait capables de faire des produits conformes», pointe un professionnel qui s’est déjà rendu dans leur usine. Sollicité à plusieurs reprises, Biernacki n’a pas répondu à nos questions.

Echaudée par l’affaire, la DGCCRF a élargi ses recherches à une dizaine d’autres clients de Biernacki en France, au-delà des associations. Des premiers contrôles ont été effectués. Les résultats sont attendus d’ici quelques semaines.

SMP, le courtier basé en Loire-Atlantique

Entre Voldis qui décroche le marché et le fournisseur polonais, reste un troisième et dernier acteur : le courtier. Son nom ? La société Marcel Proux (SMP). Sollicité par Libération, son dirigeant, Hervé Proux, assure ignorer que les steaks étaient frauduleux : «Je n’y suis pour rien si Biernacki ne respecte pas le cahier des charges. J’ai acheté du steak pour revendre du steak, j’ai ma conscience pour moi.» L’homme travaille avec Biernacki depuis environ dix ans, et avec Voldis depuis plusieurs années. La SMP était la seule intermédiaire entre Voldis et Biernacki pour ce marché. Et selon nos informations, la société était déjà connue des services de répression antifraude, pour des questions de «loyauté»sur les produits, mais «pour des dossiers moins importants que l’affaire actuelle», selon une source.

Qui est responsable?

Reste désormais à déterminer les responsabilités de chacun. Les dirigeants de Voldis et de la SMP ont déjà été auditionnés par la DGCCRF. Le polonais, lui, est actuellement contrôlé par les autorités de son pays, après un signalement fait le 5 juin par la France dans le cadre du dispositif européen Food Fraud. Mais a priori, et sous réserve des conclusions de l’enquête de la DGCCRF, puis de la procédure judiciaire qui suivra, «le principal responsable reste l’entreprise qui a obtenu le marché, à savoir Voldis, explique un proche du dossier. C’est lui qui est responsable de la qualité des produits.» Quant au courtier, «tout dépend de l’arrangement qu’ils ont pu conclure [avec Voldis]». En attendant, Voldis, en plus de devoir remplacer la marchandise défectueuse, a déjà écopé d’une sanction de 260 000 euros conformément à ce que prévoyait le cahier des charges en cas de produits non conformes.


Téléchargez l'application Microsoft News pour Android ou iPhone, et soyez ainsi toujours au courant de l'actualité.

Publicité
Publicité

Plus d'info : Liberation.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon