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Sous blocus israélien, Gaza s'enfonce dans la crise

logo de leJDD leJDD 13/03/2018 Salomé Parent à Gaza (Palestine)

La situation à Gaza est catastrophique, alors qu’une conférence se tient jeudi pour refinancer l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens.

La situation à Gaza est catastrophique, alors qu’une conférence se tient jeudi pour refinancer l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens. © Ashraf Amra\apaimages\SIPA La situation à Gaza est catastrophique, alors qu’une conférence se tient jeudi pour refinancer l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens.

Dix heures du matin à Gaza. L'air est déjà doux après un court hiver mais, dans les allées du marché de Firas, les clients, d'habitude si nombreux, semblent bouder les étals. "En un an, mes ventes ont baissé de 50 à 60%", explique Abu Ahmed, vendeur de fruits et légumes depuis quinze ans. Au milieu de ces produits, cultivés pour la plupart à Gaza, il soupire. "C'est simple, les gens n'ont plus d'argent! Les grossistes ont baissé leurs prix et moi aussi, mais rien n'y fait, les gens achètent moitié moins de fruits et légumes qu'en temps normal." Le constat est partout le même : depuis des mois, l'enclave palestinienne et ses 2 millions d'habitants, sous blocus israélien, traversent une crise sans précédent.

Alors que la signature d'un accord en octobre 2017 entre le Hamas et le Fatah laissait penser qu'une réconciliation entre les frères ­ennemis était possible, l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas n'a toujours pas repris le contrôle définitif de Gaza. Les fonctionnaires, qui attendent toujours d'être payés par l'une des deux factions, en sont les premières victimes. Selon l'économiste Samir Abu Mdalala, professeur à l'université Al-Azhar, près de 65% des Gazaouis vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté. En trois mois, les chèques en bois signés dans l'enclave palestinienne s'accumuleraient pour atteindre un montant global de plus de 20 millions d'euros.

L'armée israélienne craint une crise humanitaire

Ayman Al-Sharbani, urologue de formation, dirige le service des ­urgences de l'hôpital Al-Shifa ­depuis dix ans. Son salaire, cela fait des mois que cet ancien fonctionnaire de l'Autorité palestinienne n'en perçoit plus que 40%. "Je dois faire vivre ma famille avec 1.200 shekels [280 euros] par mois!" Dans son hôpital, l'un des plus importants de Gaza, la crise est tout aussi visible : lassés d'attendre une paie qui ne vient toujours pas, le personnel de ménage a décidé de faire grève pendant plus de deux semaines. Dans les couloirs, des poches de sang à moitié vides aux compresses usagées, le personnel tente de s'adapter à la pénurie et se voit condamné à recycler des médicaments périmés. Pour éviter que la situation sanitaire n'empire, les médecins ont été obligés de ­retravailler le calendrier des soins, y compris pour les cas sérieux. "Quatre cents opérations chirurgicales ont été reportées", explique le docteur Ayman Al-Sharbani, précisant que désormais seules les "opérations vitales" sont pratiquées.

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Après le mois de mai, nous ne savons pas encore comment nous pourrons financer nos écoles et nos hôpitaux

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Comble de la situation, même l'état-major de l'armée israélienne a évoqué ses craintes de voir se développer une crise humanitaire dans l'enclave palestinienne. La question de l'eau, notamment, n'y a jamais été aussi importante. Monzer Shoblak, un officiel du service local des eaux, tire la sonnette d'alarme. "L'eau produite ici est saturée à 97% en nitrate et en chlore et donc impropre à la consommation", explique cet ingénieur pour qui cette mauvaise qualité est principalement due au manque chronique d'électricité à Gaza, qui empêche les usines de traitement des eaux de fonctionner correctement. "Une mauvaise qualité de l'eau augmente le risque de maladies!", prévient-il.

Faire évoluer l'Unrwa

Au sein de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, l'annonce par les États-Unis, le 16 janvier, d'une réduction de leur contribution budgétaire à l'organisation – de 360 à 60 millions de dollars –, fait craindre le pire pour les 1,2 million de Gazaouis qui en dépendent. "Après le mois de mai, nous ne savons pas encore comment nous pourrons financer nos écoles et nos hôpitaux", explique Adnan Abu Hasna, porte-parole de l'Unrwa à Gaza. L'agence nourrit près de 1 million d'habitants sur place, contre 80.000 il y a dix ans, et scolarise près de 270.000 élèves.

Jeudi, une conférence pour discuter de l'avenir de l'organisation aura lieu à Rome et Mathias Schamle, directeur de l'Unrwa à Gaza, y voit là une bonne occasion de se faire entendre. "Les membres de l'ONU ont créé ce programme, à eux maintenant de le faire fonctionner correctement!" S'il déplore la coupe budgétaire des États-Unis, il juge qu'il y a là une occasion à saisir pour permettre à l'agence d'évoluer.

"En janvier, notre commissaire général, Pierre Krähenbühl, a lancé une collecte de fonds sur le modèle de l'Unicef en faisant appel aux Etats mais aussi à des donateurs privés. Cela pourrait peut-être nous permettre de diversifier nos sources de financements." Pour Adnan Abu Hasna, les conséquences d'un manque de solidarité et d'engagement politique et financier sont plutôt claires : "Malgré les difficultés politiques, les Gazaouis avaient jusque-là le sentiment de ne pas être oubliés par la communauté internationale. Si l'aide de l'Unrwa vient un jour à manquer, ils n'auront alors plus rien à perdre."

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Plus d'info : Le Journal du Dimanche.fr

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