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Y a-t-il vraiment des violences vegans contre les boucheries ?

logo de Liberation Liberation 12/09/2018 Service Checknews

Une douzaine de boucheries ont été vandalisées depuis le mois de mai.

Slogan vegan dans la rue à Lille, le 2 août 2018 © PHILIPPE HUGUEN Slogan vegan dans la rue à Lille, le 2 août 2018

Question posée par le 10/09/2018

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question pour la raccourcir. La voici en intégralité : «J’ai lu le communiqué des chasseurs, éleveurs et professionnels de la viande en marge du festival vegan de Calais appelant à la tolérance et dénonçant des attaques sur des boucheries. Je n’arrive pas à trouver un compte rendu réel de ces attaques, leur nombre, leur nature. Histoire de savoir s’il y a bien une évolution du mouvement vegan ou si quelques actes isolés sont montés en épingles. Les articles de presse que j’ai lu reprennent la formulation de 'plusieurs attaques ces derniers mois', sans précision. »

Vous nous avez posé cette question lundi matin alors que, ce week-end, en marge d’un festival vegan, un syndicat de bouchers dénonçait les dégradations subies par les commerces de viande et demandait plus de «tolérance» aux végans. Ce matin, BFM révélait que six militants vegans, soupçonnées d’avoir dégradé plusieurs boucheries dans la région de Lille entre mai et août ont été interpellés lundi et mardi. Une femme de 21 ans a été déférée au parquet. 

Depuis le printemps 2018, plusieurs cas de dégradations de boucheries ont en effet été rapportés, en particulier dans les Hauts-de-France. Dans la grande majorité, il s’agit principalement de bris de vitres et de tags. En avril, sept boucheries avaient subi des jets de faux sang dans la région. A partir du mois de mai, les dégradations prennent plus d’ampleur : «12 commerces, boucheries, charcuteries, rôtisseries ou fromageries ont été caillassés ces derniers mois», assure à CheckNews Jean-François Guihard, président de la CFBCT (Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs).

12 actes de malveillance en quelques mois

C’est d’abord la boucherie L’Esquermoise à Lille, qui assure avoir été vandalisée dans la nuit du 13 au 14 mai. Ses deux vitrines sont cassées, et sa façade taguée «Stop au spécisme». Selon France Bleu, le commerce avait déjà subi des jets de sang en 2017. Quelques jours plus tard, le 18 mai, c’est au tour de la poissonnerie lilloise Au Petit Mousse de découvrir la façade de son établissement caillassée. Ici aussi, les vitrines ont été brisées et la persienne taguée. Rebelote dans la nuit du 2 au 3 juin. Cette fois, c’est le restaurant lillois Canard Street qui retrouve sa devanture abîmée par des pierres, accompagné du fameux tag «Stop au spécisme». Mi-juin, toujours à Lille, dans les Hauts-de-France, la rôtisserie 3 Coqs est à son tour vandalisée. Le mode opératoire est toujours le même : un tag et des jets de pierres contre la vitrine.

Dans la nuit du 26 au 27 juin, la Boucherie Lebouc, située dans la ville d’Angers (Maine-et-Loire) a également été vandalisée. La porte du magasin cassée et les vitrines taguées. Bilan des dégâts : entre 1 000 et 1 500 euros. Quelques jours plus tard, à Jouy-en-Josas (Yvelines), la porte de la Boucherie Pitel a été brisée et la vitrine taguée. Mi-juillet, à Wambrechies, près de Lille, la Fromagerie Madame est prise pour cible. Plusieurs vitres ont été dégradées et la façade taguée. Toujours mi-juillet, deux artisans bouchers du nord-mosellan, à Thionville et Cattenom, ont été la cible de militants végans. Les deux commerces ont retrouvé leurs vitrines cassées et leur rideau de fer tagué. En août, c’est au tour de deux commerces de viande de la ville de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), d’avoir retrouvé leurs vitrines brisées et taguées. Le 1er septembre, à Epinay-sur-Orge (Essonne), la Boucherie Du Parc a été vandalisée, la porte et les vitres cassées.

Très peu de cas avant mai 2018

Le phénomène est-il nouveau? «Très peu d’incidents violents ont été recensés en 2017, en 2016 ou même avant. À l’époque, il s’agissait essentiellement de cas isolés. C’est vraiment depuis le printemps 2018 que les violences sont montées d’un cran», précise le CFBCT.

En effet, nos recherches de cas de vandalismes de boucherie avant le printemps 2018 ne nous ont permis de ne retrouver que quelques cas de dégradations mineures, de tags, d’autocollants et de jet de faux sang. Exemple à Bordeaux en février 2017, ou l’acronyme «ALF» (pour «Animal Libération Front») et le mot «meurtriers» avaient été inscrits à la bombe aérosol sur les volets métalliques de deux boucheries.

Du 8 au 22 avril 2017, une association antispéciste, 269 Life France, incitait ses partisans sur Facebook à verser du faux sang sur le sol et les vitrines des boucheries, à photographier ces actes et à les publier sur les réseaux sociaux. À la fin de la campagne, l’association avait publié un message félicitant les participants : «Environ 140 boucheries touchées, un grand bravo à tou-te-s les participants !» Mais si 269 Life France encourageait à l’époque les actions comme le jet de faux sang, elle condamne aujourd’hui fermement les caillassages. Idem pour l’association de défense des animaux L214, qui insistait en juillet : «On ne se reconnaît absolument pas dans ce type d’action, c’est clair et net». A CheckNews, sa directrice et porte-parole Brigitte Gothière assure par ailleurs que «le jet de faux sang et les tags existent depuis les années 1990».

En 2003, le jet de faux sang était déjà utilisé ponctuellement lors d’opérations de collectifs opposés à l’abattage. L’association «Le sang des bêtes» avait par exemple appelé à déverser des litres de liquide rouge devant une boucherie de Lyon, pour dénoncer le «massacre de milliards d’animaux et de poissons pour les assiettes des Français».

Le ministère de l’Intérieur s’est saisi de cette douzaine d’actes en 2018. Les bouchers charcutiers ont été reçus le 3 juillet dernier, suite à leur lettre ouverte dans laquelle ils réclamaient à Gérard Collomb plus de sécurité. Selon BFM, les services de renseignements surveilleraient même certains militants. «Cela fait partie des menaces extrémistes que nous suivons, ces actions violentes font partie de nos préoccupations», a indiqué le ministère à la chaîne, «tout en insistant sur le fait que ces activistes sont peu nombreux».

Cordialement,

Anne-Laure Mignon

Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le CFPJ pour le journal d’application de la promotion 46.

 
   
 
 

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