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Du sable, issu de plages françaises, vendu illégalement sur Internet

logo de Le Figaro Le Figaro 12/10/2017 Jean-Victor Semeraro
figarofr: Le sable de la jetée de la pointe de Penmarc'h dans le Finistère. © OLIVIER ROUX/Le Figaro Magazine Le sable de la jetée de la pointe de Penmarc'h dans le Finistère.

Un élu breton s'est aperçu que du sable, provenant de sa commune, était en vente sur le net. Un fait, qui peut paraître banal, mais qui révèle des tensions plus profondes liées à cette matière rare.

Ce sont de petites annonces, a priori anecdotiques, qui ont alerté les habitants du Finistère. Pour trois ou quatre euros, rapporte France Bleu, de petits sachets de sable, issus de plages bretonnes, à l'instar de Camaret ou Penmarc'h, et empaquetés comme de la drogue, sont vendus sur Internet. Sans doute, pour des collectionneurs de granulats. Impossible de savoir qui est le vendeur, lequel se présente sous un pseudonyme.

«J'ai découvert cela sur les réseaux sociaux, il y a une semaine environ», témoigne Eric Raphalen, adjoint à la communication, à la mairie de Penmarc'h, commune située à la pointe sud du Finistère. «La pratique est illégale», confirme le Conservatoire du littoral, sollicité par Le Figaro : «Ramasser le sable, c'est porter atteinte au domaine public. En cas de flagrant délit, nos gardes peuvent verbaliser les contrevenants d'une contravention dite de grande voirie, avec obligation de remettre le sable sur la plage.» Et l'amende peut être salée, jusqu'à 1500 euros, selon le Code de l'environnement.

Penmarc'h compte trois plages et doit faire face à un phénomène d'érosion de ses côtes. «Face au désensablement de nos plages, sur le principe, ça ne se fait pas! Encore plus en le commercialisant!», souligne Eric Raphalen. Ainsi, la commune a contacté son avocat. Objectif: connaître les recours légaux contre les pilleurs de sable. Mais, prouver l'infraction semble être une mission délicate. «Comment démontrer, par exemple, que le sable a été ramassé sur la plage et non pas dans la rue après un coup de vent?», s'interroge l'élu, assez circonspect.

Un problème national

Contactée par Le Figaro, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a indiqué ne pas avoir d'informations à ce sujet. Toutefois, en consultant des sites d'e-commerce, on s'aperçoit que du sable, prétendument issu de plusieurs lieux en France, est, en ce moment, à la vente: Ajaccio, Argelès-sur-Mer, Guadeloupe ou encore Martinique. Du sable étranger est aussi disponible, lequel proviendrait de plages d'Afrique du Sud ou d'Irlande, selon les annonces.

Le président de l'Association francophone d'arénophilie, Brice Vaillant, témoigne: «On voit des annonces passer assez régulièrement. Souvent les membres de notre association écrivent aux vendeurs pour leur expliquer que ce n'est pas possible de faire du commerce. On fait tout pour que ce phénomène ne prenne pas d'ampleur et qu'on ne tombe pas dans le mercantile.» Et d'ajouter: «D'ailleurs, ce sont souvent des collectionneurs novices qui achètent du sable sur Internet. Du sable, qui est souvent, en réalité, très peu recherché.»

Le sable, une matière rare

Carte bancaire, pneu, produits en plastique, béton armé... Le sable est une matière utilisée dans beaucoup de domaines. Chaque année, plus de 15 milliards de tonnes de sable sont englouties dans le monde. Le secteur de la construction en est, évidemment, l'un des plus gros consommateurs. Par exemple, la construction d'une maison de taille moyenne nécessite environ 200 tonnes de sable. Et cela génère des conflits entre défenseurs de l'environnement et industriels du bâtiment. D'autant que le sable marin, anguleux, est très apprécié par les industriels pour ses propriétés physiques, mais son extraction provoque des dégâts sur l'environnement.

Le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, vient de refuser, cet été, à deux entreprises, DTM et Granulats Ouest, l'autorisation d'extraire des granulats marins dans l'estuaire de la Gironde. «Les sociétés sollicitaient une concession d'une durée de 30 ans au cours de laquelle elles auraient été autorisées à extraire jusqu'à 500 000 m3 de granulats marins», rapporte France 3.

Professeur à l'université de La Rochelle et chercheur au CNRS, Eric Chaumillon précise: «Pour que le sable soit rentable, il doit être exploité proche des sites d'extractions. À cause de la pression démographique mondiale, et donc de la pression des constructions, des conflits de ce type croissent partout dans le monde.»

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Plus d'info : le figaro.fr

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