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Coupe du monde 2022 : le Brésil spectateur d’une guerre de maillots

logo de Liberation Liberation 28/11/2022 Chantal Rayes
Le président élu Lula et sa compagne Janja s'affichant avec le maillot brésilien en regardant le match du Brésil contre la Serbie, le 24 novembre. © Ricardo Stuckert Le président élu Lula et sa compagne Janja s'affichant avec le maillot brésilien en regardant le match du Brésil contre la Serbie, le 24 novembre.

«Bon alors ce maillot, on le porte ou pas aujourd’hui ?» Ainsi le rappeur brésilien Marcelo D2 résumait-il les pudeurs de la gauche jeudi 24 novembre, jour de l’entrée en compétition du Brésil – «la plus réussie depuis le Mondial 1970», selon le très exigeant commentateur Juca Kfouri. Motif : la tunique la plus célèbre de la planète s’est transformée en tenue de combat de l’extrême droite, arrivée au pouvoir en 2018 avec Jair Bolsonaro.

Mais à peine les Auriverdes sur le terrain face à la Serbie (battue 2-0) que l’on se félicitait déjà de la réappropriation de la «petite jaune» par des non-bolsonaristes. Et notamment par le président élu, Lula, qui a battu le sortant au scrutin du 30 octobre. «Nous allons gagner le Mondial, a assuré le dirigeant de gauche, dûment vêtu de son maillot national. Dieu va nous aider.» Silence radio, en revanche, dans le clan Bolsonaro.

«Deux matchs»

«Le maillot brésilien est un symbole officieux du pays, l’expression de notre diversité, explique l’historien du football Flavio de Campos. Son appropriation par tel ou tel bord politique n’a donc rien d’anodin. L’entrée en lice de la Seleção aura donné à voir deux matchs au lieu d’un : celui sur le terrain et celui hors du terrain, qui portait sur la question de savoir comment nous habiller pour y assister.» Et à peine la gauche faisait-elle la paix avec le maillot de l’équipe la plus titrée de l’histoire de la Coupe du monde que c’était au tour des plus fanatisés des supporteurs de Bolsonaro de le boycotter. De fait, pas question, pour ces derniers, qui campent devant les casernes un peu partout dans le pays pour exiger l’invalidation du scrutin, d’être confondus avec de vulgaires supporteurs.

Sur les sit-in, ils ont mis un point d’honneur à bouder le match, huant même les deux buts de la victoire. Suprême offense, leur auteur, l’avant-centre Richarlison, est soupçonné d’avoir le cœur à gauche, à l’instar du sélectionneur, Tite. L’attaquant Neymar, lui, avait appelé à voter Bolsonaro et même promis de lui dédier son premier but du Mondial qatari. Du coup, le camp adverse en vient à se féliciter de la blessure de la superstar brésilienne, qui ne jouera pas le match de ce lundi contre la Suisse : «Neymar va devoir se faire à l’idée qu’il défend un pays qui ne l’aime pas», flingue la chroniqueuse Milly Lacombe.

Avec un Q ou un C ?

Autant dire que l’ambiance n’est pas à «la réconciliation par le foot d’un pays fracturé», comme l’espéraient les éditorialistes avec ce Mondial qui commence dans la foulée du scrutin le plus clivant depuis le retour à la démocratie, en 1985. Tout occupé à repousser le péril fasciste incarné par Jair Bolsonaro, le Brésil ne s’est pas vraiment penché sur les états d’âme que suscite le choix d’une autocratie faisant fi des droits humains pour accueillir la grand-messe du foot mondial. Dans la presse, le débat s’est limité à se demander s’il fallait écrire, en langue portugaise, Qatar avec un Q ou un C. «Au fond, interroge encore l’historien Flavio de Campos, le Brésil de Bolsonaro, où certaines des plus hautes autorités de l’Etat assimilent l’homoaffectivité [terme préféré à homosexualité au Brésil] à une maladie, est-il si différent d’un régime qui réprime les minorités sexuelles ?»

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