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Dogan Akhanli, nouveau symbole de la tension entre Berlin et Ankara

logo de Liberation Liberation 21/08/2017 Nathalie Versieux
L'écrivain Dogan Akhanli, le 8 mars. © HENNING KAISER L'écrivain Dogan Akhanli, le 8 mars.

Inscrit sur une liste rouge que le régime d'Erdogan a adressé à Interpol, cet écrivain allemand d’origine turque a été arrêté dans un hôtel en Espagne. Un nouvel exemple de la chasse aux opposants dénoncé par Angela Merkel.

Crâne dégarni, petites lunettes fines, traits doux, regard sérieux, un brin amusé, Dogan Akhanli, 60 ans, pose pour la caméra, devant un mur couvert de livres. Samedi, cet écrivain allemand d’origine turque a été arrêté dans un hôtel de Grenade où il séjournait avec sa femme pour de courtes vacances. Les policiers espagnols qui le mènent vers un centre de détention provisoire lui signalent qu’il figure sur la liste rouge d’Interpol, à la demande de la Turquie.

«Abusé d’Interpol»

L’annonce de l’arrestation de l’écrivain provoque rapidement des remous à Berlin. Le député vert Volker Beck, qui s’est fait un nom en République fédérale en prenant la défense des opposants à Vladimir Poutine ou à Recep Tayyip Erdogan multiplie les contacts avec le ministère des Affaires étrangères et la Chancellerie. Le chef de la diplomatie, Sigmar Gabriel (SPD) et la chancelière Angela Merkel montent au créneau en personne. Dogan Akhanli est libéré sous condition dimanche. La justice espagnole dispose maintenant d’un délai de 40 jours pour se prononcer sur la demande d’extradition d’Ankara. «S’il le faut, je contacterai directement Mariano Rajoy», a assuré Angela Merkel dimanche soir, accusant la Turquie d’avoir «abusé d’Interpol dans cette affaire».

Dogan Akhanli ne fait pas l’objet d’un mandat d’arrêt international. Interpol s’est contenté d’envoyer à ses 190 membres une «notice rouge», par laquelle la Turquie prie de lui livrer l’écrivain. Dans de tels cas, précise la Société pour les peuples menacés (GFBV), Interpol n’est pas obligé de vérifier les éléments à charge. Bien des pays, notamment l’Allemagne, «réagissent avec une grande prudence à ce genre de cas», précise Ulrich Delius du GFBV. Il n’en est visiblement pas de même avec l’Espagne. Vu de Berlin, le cas de Dogan Akhanli est une étape de plus dans la dégradation des relations bilatérales voulue par Ankara. Le gouvernement allemand est convaincu que Dogan Akhanli est poursuivi de façon arbitraire, à cause de ses écrits critiques envers le régime turc.

Tortures

Dogan Akhanli a 18 ans lorsqu’il est pour la première fois jeté dans une prison turque, pour avoir acheté un journal de gauche. Il est de nouveau arrêté en 1985, cette fois avec sa femme et son fils de 16 mois. La famille passe deux ans et demi dans une prison militaire d’Istanbul, où Dogan Akhanli sera torturé. A leur libération, ils fuient vers l’Allemagne en 1991. Akhanli y débute sa carrière d’écrivain et de militant des droits humains. «Il faut être libre et se sentir en sécurité pour écrire», explique-t-il au quotidien Die Welt. Son œuvre traite notamment du massacre des Arméniens par la Turquie en 1915-1916. C’est d’ailleurs la reconnaissance du génocide arménien par les députés du Bundestag à l’été 2016 qui marque le début de la brutale dégradation des relations germano-turques.

Mais Akhanli n’en a pas fini avec les tracas dans son pays d’origine. Lorsqu’il veut rendre visite à son père mourant en 2010, il est de nouveau arrêté. La justice turque l’accuse cette fois d’avoir participé à un vol à main armé en 1989. Le témoin à charge dira plus tard avoir livré son témoignage sous la torture.

L’affaire Akhanli inquiète fortement les défenseurs des droits humains. «Je ne m’attendais pas à ce que le bras d’Ankara aille jusqu’en Espagne», s’étonne l’écrivain dans une interview au magazine Der Spiegel. Le cas Akhanli rappelle celui du journaliste turco-suédois Hamza Yalcin, détenu en Espagne depuis le 3 août à la demande d’Ankara.

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