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Le Sénat d’Alabama interdit l’avortement

logo de Le ParisienLe Parisien il y a 4 jours Delphine Perez
Le Parisien: Manifestation d’activistes améraicains anti-avortement. © AFP Manifestation d’activistes améraicains anti-avortement.

Le Sénat d’Alabama vote la loi la plus répressive des Etats-Unis.

Le droit à l’avortement est en grand danger aux Etats-Unis. Depuis le début de l’année, 28 des 50 Etats américains ont mis en place plus de 300 nouvelles règles pour en limiter drastiquement son accès.

Mardi, le Sénat d’Alabama a adopté le projet de loi le plus restrictif des Etats-Unis sur l’avortement. Une interdiction, même dans des cas de viol ou d’inceste, avec des peines allant jusqu’à l’emprisonnement à vie pour les médecins pratiquant des IVG.

Objectif Cour suprême

Ce texte a été transmis au Sénat majoritairement républicain. S’il est approuvé, il pourrait contribuer à déclencher une bataille judiciaire susceptible d’aller en Cour suprême.

L’objectif avoué des promoteurs du texte est de se retrouver devant la Cour suprême des Etats-Unis, à majorité conservatrice. Il s’agit de renverser sa décision emblématique de 1973, « Roe v. Wade » qui reconnaît le droit des femmes à avorter tant que le foetus n’est pas viable.

Le texte de l’Etat d’Alabama s’attaque aux médecins. Les praticiens pratiquant l’avortement seront passibles de peines de prison de 10 à 99 ans, sauf en cas d’urgence vitale pour la mère ou d' « anomalie létale » du foetus.

La puissante organisation de défense des droits civiques ACLU a déjà fait savoir qu’elle saisirait la justice pour empêcher l’application de ce texte.

« Ce texte punit les victimes de viol et d’inceste en les privant encore plus du droit à disposer de leur propre corps et en les obligeant à donner naissance », selon l’ACLU.

« Un loi non-constitutionnelle »

L’organisation féministe américaine National Organization for Women a qualifié la loi d'« inconstitutionnelle », estimant que sa mise en application « renverrait les femmes de l’Etat aux jours noirs durant lesquels les parlementaires contrôlaient leur corps, leur santé et leur vie ».

« Vous venez de violer vous-même l’Etat de l’Alabama », a déclaré pour sa part Bobby Singleton, membre démocrate du Sénat, après le rejet par les sénateurs d’un amendement demandant des exceptions à l’interdiction de l’avortement.

« Vous dites à ma fille : tu ne comptes pas dans l’Etat de l’Alabama… Les hommes peuvent te violer et tu auras ce bébé si tu tombes enceinte », a-t-il ajouté, la voix parfois tremblante d’émotion.

Une attaque de grande ampleur

Le projet avait été adopté début mai par la Chambre des représentants de l’Alabama.

Le président du Sénat de l’Etat, Will Ainsworth, a salué « une étape majeure dans la défense des droits de l’enfant à naître », ajoutant : « alors que des Etats libéraux approuvent l’avortement tardif ou post-natal, Roe doit être combattu et je suis fier que l’Alabama ouvre la voie ». Plusieurs Etats conservateurs envisagent des lois anti-avortement tandis que des Etats libéraux cherchent à garantir le droit à l’interruption volontaire de grossesse en l’inscrivant dans leurs Constitutions.

L’actrice britannique Jameela Jamil, militante féministe, a écrit plusieurs messages indignés sur Twitter. «Je me suis fait avorter lorsque j’étais jeune. C’est la meilleure décision de ma vie. Pour moi, pour le bébé que je ne voulais pas et pour lequel je n’étais pas prête, émotionnellement, psychologiquement et financièrement. Tant d’enfants vont finir dans des foyers d’accueil. Tant de vie ruinées. C’est très cruel » fustige-t-elle. 

Recul sur l’avortement en Géorgie, Ohio, Utah, Kentucky, Missouri, Tennessee...

La Géorgie a adopté début mai une loi qui interdit l’avortement dès que les battements du coeur du foetus sont détectables, soit environ à la sixième semaine de grossesse, quand de nombreuses femmes n’ont pas encore conscience d’être enceintes soulignent les détracteurs de ces législations dites « battement de coeur ».

Des textes similaires adoptés dans le Kentucky et le Mississippi ont été bloqués par des tribunaux et il est probable que la loi de Géorgie connaisse le même sort.

Des mesures comparables sont en passe d’être adoptées dans l’Ohio, le Missouri et le Tennessee.


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