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Les premiers extraits explosifs du livre d’un « anonyme » sur Trump à la Maison Blanche

logo de Le Monde Le Monde 08/11/2019 Pierre Bouvier

Dans un livre écrit par un « haut fonctionnaire de son administration », le président américain est présenté « comme un enfant de 12 ans dans une tour de contrôle, qui appuie sur tous les boutons ».

« Je ne suis pas qualifié pour diagnostiquer les facultés mentales du président », affirme « l’anonyme » auteur du livre. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que les gens normaux qui passent du temps avec Donald Trump sont mal à l’aise face à ce qu’ils voient. » © Fournis par Le Monde Interactif « Je ne suis pas qualifié pour diagnostiquer les facultés mentales du président », affirme « l’anonyme » auteur du livre. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que les gens normaux qui passent du temps avec Donald Trump sont mal à l’aise face à ce qu’ils voient. »

Tout craque autour de Donald Trump. Les témoignages devant les parlementaires qui mènent l’enquête pour destituer le président américain le compromettent tous les jours un peu plus. Et il y a ce livre, qui n’est pas encore sorti mais est déjà numéro un des ventes sur le site d’Amazon. Les bonnes feuilles d’A Warning (Un Avertissement, chez Twelve, un éditeur du groupe Hachette Book), ouvrage de 259 pages à paraître le 19 novembre écrit par un auteur anonyme, ont commencé à être dévoilées, jeudi 7 novembre, par le Washington Post, le New York Times ou la chaîne MSNBC.

Dans ces extraits, Donald Trump est présenté « comme un enfant de 12 ans dans une tour de contrôle, qui appuie sur tous les boutons de manière erratique ». L’auteur de ce brûlot n’est identifié que comme « un haut fonctionnaire de l’administration Trump ». C’est déjà lui qui avait publié une tribune dans le New York Times en 2018 dans laquelle il expliquait comment, avec d’autres, il s’efforçait de lutter de l’intérieur contre les « pires penchants » du président américain.

Après la tribune anti-Trump du « New York Times », « chasse au traître » et « jeu de devinettes »

Un appel aux électeurs indécis

Mais là où un livre comme Fire and Fury : Inside the Trump White House, du journaliste Michael Wolff, décrivait les coulisses de la première année de la présidence Trump, l’auteur ne revient sur aucun épisode précis mais confirme ce que l’on savait déjà du président : un despote d’une Maison Blanche où l’esprit de résistance a disparu.

L’auteur s’adresse aux électeurs indécis : il estime, un an après sa tribune, que les membres de l’« Etat stable » – Donald Trump dirait « deep state » (« l’Etat profond ») – ont échoué. « Personne ne cherche plus à contrôler [le président], à l’orienter dans la bonne direction », écrit-il. Ils sont, au contraire, « paniqués » par ses tweets matinaux, contraints de se précipiter pour l’intercepter avant qu’il puisse adopter sa dernière « idée farfelue ou destructrice ».

Plusieurs membres de l’administration Trump ont envisagé de démissionner en groupe

Il affirme – sans que personne n’ait, pour l’instant, pu le confirmer – que plusieurs membres de l’administration Trump ont envisagé de démissionner en groupe dans une sorte de suicide collectif pour alerter l’opinion publique sur la conduite du président, avant de renoncer, considérant qu’un tel acte déstabiliserait davantage une administration déjà chancelante.

Il passe le relais – qui ressemble de plus en plus à un bâton de dynamite allumé, note le New York Times – aux électeurs, pour leur signifier qu’un deuxième mandat de Donald Trump serait un désastre. Il rejette l’idée de démettre Donald Trump en recourant au 25e amendement ou par l’impeachment (la destitution), car les Etats-Unis ne peuvent se « permettre de nouvelles désunions ». M. Trump, martèle-t-il, ne doit tout simplement pas être élu pour un second mandat. C’est la condition sine qua non pour « restaurer l’âme du système politique ».

Les dérapages racistes et sexistes du président

L’auteur ne cache pas les dérapages racistes du président qui, selon ce qu’il écrit, n’hésite pas à parler avec un accent hispanique lorsqu’il est question de la crise des migrants à la frontière mexicaine. Donald Trump persisterait aussi dans les remarques sexistes en faisant des commentaires sur le maquillage de l’une, les vêtements de l’autre, ou encore des blagues sur le poids d’une troisième…

« Il bafouille, insulte, s’embrouille, s’irrite facilement et a du mal à synthétiser des informations »

« Je ne suis pas qualifié pour diagnostiquer les facultés mentales du président, affirme l’anonyme. Tout ce que je peux vous dire, c’est que les gens normaux qui passent du temps avec Donald Trump sont mal à l’aise face à ce qu’ils voient. Il bafouille, insulte, s’embrouille, s’irrite facilement et a du mal à synthétiser des informations. Cela n’arrive pas de manière occasionnelle, mais régulièrement. Ceux qui prétendent le contraire se mentent à eux-mêmes ou au pays. »

Plus grave : « Lorsqu’il est question de vie ou de mort », le président arriverait littéralement les mains dans les poches, sans avoir parcouru les notes rédigées à son intention. A quoi bon, d’ailleurs ? Aux débuts de l’administration Trump, ceux qui les rédigeaient ont reçu pour consigne de préparer des fichiers PowerPoint parce que « Trump ne veut pas lire ». Qu’un conseiller s’aventure à lui remettre des notes, le président pique littéralement une crise et les balance sur la table, raconte l’auteur. Le message, qu’il s’agisse d’opérations militaires ou de préparation du budget fédéral, finit par se réduire à « trois points principaux », mais c’est « encore trop ». Finalement, la meilleure stratégie pour informer le président serait d’arriver avec une « seule idée et de la répéter, encore et encore, jusqu’à ce qu’il comprenne ».

Selon cet ouvrage, le président règne aussi par la terreur, et les membres de sa famille ne sont pas épargnés. Ainsi, dans un passage cité par MSNBC, le président lance : « Jared [Kushner, le mari d’Ivanka Trump, la fille préférée du président], vous ne savez pas de quoi vous parlez, n’est-ce pas ? Je veux dire sérieusement. Vous ne savez pas ! » Ailleurs, le Washington Post évoque des conseillers à qui il demande fermement de ne pas prendre de notes.

La recherche du traître

De l’auteur anonyme, on sait seulement qu’il a comme « beaucoup de gens raisonnables (…) voté pour Trump parce qu’ils aiment leur pays, qu’ils voulaient secouer l’establishment et qu’ils pensaient que l’alternative [Hillary Clinton] était pire ». On sait aussi que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est lorsque Donald Trump a refusé de saluer la mémoire de John McCain – mort en août 2018 –, l’un des rares républicains à l’avoir critiqué. Jennifer Szalai, du New York Times, se hasarde à suggérer qu’« Anonyme » est « un membre de l’establishment », républicain.

Selon la porte-parole du président, les journalistes devraient parler du « livre comme ce qu’il est : une œuvre de fiction »

Jeudi, la Maison Blanche a aussitôt déclenché un tir de barrage. Stephanie Grisham, la porte-parole du président, a déclaré : « Le lâche qui a écrit ce livre n’y a pas mis son nom parce que ce n’est que mensonges. » Selon elle, les journalistes devraient parler du « livre comme ce qu’il est : une œuvre de fiction. » Lundi, le ministère de la justice a envoyé une lettre à Twelve et aux deux agents de l’auteur pour savoir si le livre enfreignait une clause de confidentialité. Le département de la justice a aussi demandé des renseignements qui pourraient aider à révéler l’identité de l’auteur. Hachette Book Group s’est contenté de qualifier l’auteur de « haut fonctionnaire actuel ou ancien ».

Donald Trump veut que l’Etat enquête pour savoir « qui était l’auteur de la tribune » anonyme

Pour se réconforter, les partisans du président pourront toujours se replier sur le livre de Donald Trump Jr., le fils aîné de Donald Trump. Intitulé Triggered : How the Left Thrives on Hate and Wants to Silence Us (Hystériques : comment les progressistes se nourrissent de haine et veulent nous faire taire, chez Center Street, du groupe Hachette), le livre se classe en troisième position des meilleures ventes sur Amazon.

L’ouvrage de près de 300 pages flatte les « pitoyables » – allusion directe à l’expression d’Hillary Clinton qui, pendant la campagne présidentielle de 2016, avait qualifié certains électeurs de Donald Trump de « bande de pitoyables » – et raille les « gauchistes convaincus ou les assoiffés de justice sociale ». Il peut aussi s’interpréter comme un premier pas vers une déclaration de candidature du fils du président, dans un futur qui reste à déterminer.


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