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Un Nobel de la Paix contre Donald Trump et Kim Jong-un

logo de leJDD leJDD 06/10/2017 Marianne Enault

Le Nobel de la Paix 2017 a été décerné à l'ICAN, la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires. Un prix anti-Donald Trump et Kim Jong-un. Explications.

Le Nobel de la Paix 2017 a été décerné à l'ICAN, la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires. Un prix anti-Donald Trump et Kim Jong-un. Explications. © Reuters Le Nobel de la Paix 2017 a été décerné à l'ICAN, la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires. Un prix anti-Donald Trump et Kim Jong-un. Explications.

"Nous ne taclons personne avec ce prix." Au moment de décerner vendredi le Nobel de la Paix à l'ICAN, la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires dans le monde qui regroupe plusieurs centaines d'ONG, la présidente du comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen, a voulu prévenir toute interprétation de ce choix. Et pourtant, ce prix fait bien écho à certaines personnalités publiques, dont l'action va à l'encontre d'un monde sans arme nucléaire : le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, évidemment, mais aussi Donald Trump. Ce dernier pour deux raisons principales : son choix de jouer l'escalade verbale avec Pyongyang est risqué et pourrait mener le monde au bord d'une situation gravissime ; son opposition à l'accord sur le nucléaire iranien.

Un Nobel qui "tacle" aussi la France et les autres puissances nucléaires

Plus largement, ce Nobel "tacle" toutes les puissances nucléaires qui ont refusé de signer en juillet à l'ONU le traité de l'interdiction de l'arme atomique, pour lequel l'ICAN s'est battue. Il s'agit des neuf puissances nucléaires que compte le monde : Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël. Elles sont aujourd'hui toutes un peu visées par ce Nobel de la Paix, alors que ce texte qui interdit le développement et le stockage d'armes nucléaires a été adopté le 7 juillet dernier aux Nations-unies par 122 pays.

Paradoxalement, la quantité d'ogives nucléaires existantes a fondu depuis trente ans : elle est passée d'environ 64.000 en 1986 à un peu plus de 9.000 en 2017, selon le Bulletin of the Atomic Scientists (BAS). Mais le nombre de pays détenteurs a augmenté. Comme les autres puissances nucléaires, Paris a boudé le traité arguant, au côté de Washington et Londres, qu'il "méprise clairement les réalités de l'environnement sécuritaire international".

Kim Jong-un a-t-il les moyens de ses propos?

Mais revenons-en aux principaux visés par ce Nobel : Kim Jong-un et Donald Trump. Le premier, qui dirige la Corée du Nord d'une main de fer, a multiplié les tirs de missiles ces derniers temps, rapprochant à chaque fois la perspective d'un tir sur le premier territoire américain à sa portée : l'île de Guam. Depuis quelques années déjà, l'enjeu pour Pyongyang est de traduire son expertise nucléaire, acquise en 2006, en capacité de frappe. Cela passe par la miniaturisation des ogives nucléaires dont il dispose pour en équiper son arsenal balistique.

Et sur cette voie, le régime progresse. Début septembre, il a en effet effectué un essai nucléaire à l'aide d'une bombe à hydrogène, assurant que celle-ci pouvait être installée sur son nouveau missile balistique intercontinental. Mais les experts doutent encore de la capacité de la Corée du Nord à miniaturiser une bombe H. "Nous devons clairement montrer à ces grandes puissances nationalistes comment notre pays a atteint son objectif de disposer de l'arme nucléaire, et ce malgré leurs sanctions illimitées et leur blocus", leur a répondu Kim Jong-un mi-septembre. De l'avis des experts, la Corée du Nord devrait être capable de posséder des missiles nucléaires comme force de dissuasion d'ici trois à cinq ans.

Une perspective qui inquiète d'autant plus qu'en face, le président américain a choisi l'escalade. Depuis son accession au pouvoir, Donald Trump multiplie les invectives à l'encontre de Kim Jong-un, qu'il surnomme régulièrement "Rocket Man" dans ses tweets. Pire, il s'est dit prêt à utiliser les capacités nucléaires américaines en cas de provocation de Pyongyang. Les menaces du régime nord-coréen "se heurteront au feu et à la colère", a-t-il ainsi assuré début août, promettant une réaction d'une ampleur "que le monde n'a jamais vue jusqu'ici". Rassurant. 

Donald Trump va-t-il précipiter le monde vers une situation inconfortable?

Le monde est donc loin de la désescalade nucléaire, et encore plus de l'ambition d'atteindre un monde sans armes nucléaires, le leitmotiv de l'ICAN, désormais Nobel de la Paix. Et c'est d'ailleurs le même Donald Trump qui en éloigne davantage la perspective, avec son attitude sur l'accord sur le nucléaire iranien.

Le texte, signé en 2015 entre l'Iran et six grandes puissances (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie) soumet Téhéran à un régime de surveillance strict de ses installations nucléaires, en échange d'une levée progressive des sanctions internationales. Objectif : garantir la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien. Mais le président américain, qui y voit un accord trop favorable à Téhéran qu'il soupçonne toujours de vouloir se doter de l'arme nucléaire, a menacé à plusieurs reprises de "déchirer" le pacte. Son objection principale réside dans le fait que certaines des restrictions imposées au programme nucléaire iranien vont tomber après 2025, et que cela rend l'avenir incertain.

Réponse le 15 octobre... ou le salut du Congrès

Ce Nobel intervient alors que Donald Trump doit justement se prononcer le 15 octobre devant le Congrès sur la "certification" de l'accord sur le nucléaire iranien. Une loi oblige en effet le président américain à dire au Congrès, tous les 90 jours, si l'Iran respecte l'accord, et si la levée des sanctions est bien dans l'intérêt national des Etats-Unis. Seules conditions sous lesquelles Washington maintiendra sa présence dans l'accord. Depuis son élection, le président américain a toujours "certifié" l'accord, mais il a fait savoir que l'échéance cruciale serait bien celle du 15 octobre.

Et les médias américains croient connaître le choix du républicain. Ce dernier pourrait annoncer dès vendredi qu'il a bel et bien choisi de ne pas certifier l'accord. Jeudi, Donald Trump a en effet estimé jeudi que l'Iran n'avait pas respecté "l'esprit" du texte. Nuance toutefois : selon le New York Times, il pourrait certes "décertifier" l'accord, mais dans le même temps le maintenir en vigueur. Reviendrait alors au Congrès le choix de réimposer ou non des sanctions contre l'Iran. 

Celles-ci marqueraient une nouvelle ère de défiance vis-à-vis de Téhéran. Une perspective qui inquiète la communauté internationale, au premier rang de laquelle les autres membres signataires de cet accord difficilement obtenu en 2015. Un compromis pourrait toutefois être trouvé, avec un soutien plus ou moins direct d'Emmanuel Macron : il s'agirait d'apporter des "compléments" à l'accord pour satisfaire les Etats-Unis sans fâcher l'Iran. Ceux-ci porteraient sur les missiles, l'après-2025 et sur le rôle de Téhéran au Moyen-Orient. Reste à savoir si les grandes puissances seront encouragées dans cette voie par ce Nobel, qui inscrit sur le papier et d'une certaine façon pour l'Histoire, l'espoir d'un monde sans arme nucléaire. Mais on connaît aussi la limite de ce genre de prix de la Paix.

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