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La vie après l'Elysée : De Gaulle, la solitude et le souvenir

Logo de ParisMatch ParisMatch | Diapositive 1 sur 9: Charles de Gaulle est accueilli sur le tarmac de l'aéroport de Cork par le Premier ministre irlandais Jack Lynch, le 10 mai 1969. Durant son séjour, il rencontrera également le président irlandais, Éamon de Valera.

Jack Lynch accueille Charles de Gaulle

Charles de Gaulle est accueilli sur le tarmac de l'aéroport de Cork par le Premier ministre irlandais Jack Lynch, le 10 mai 1969. Durant son séjour, il rencontrera également le président irlandais, Éamon de Valera.

En ce mois d'août, Paris Match revient sur la «vie d'après» des présidents de la Ve République. Charles de Gaulle, chassé par un référendum perdu, a d'abord choisi de visiter l'Irlande...

«La gloire l'a caressé. La solitude lui offre un refuge.» Dans Paris Match n°1046 du 24 mai 1969, Raymond Tournoux résume la nouvelle vie de Charles de Gaulle, débutée moins d'un mois plus tôt, après une cinglante défaite lors du référendum constitutionnel du 27 avril. La régionalisation, pensée comme l'un des éléments de cette «participation» que le Général voulait voir se développer dans les universités, les régions et les entreprises, n'a pas convaincu. Ce devait être un pas en direction de la «troisième voie», alternative au capitalisme et au communisme; ce sera l'échec d'un homme. Comme il l'avait promis, le président démissionne le lendemain.

Alors que la succession s'organise, De Gaulle a confié à un de ses proches les mots d'ordre : «Isolement et silence». A Colombey-les-Deux-Eglises, dans son domaine de la Boisserie, il a immédiatement fait couper la ligne directe reliée à l'Élysée, raconte «Le Monde». Le 1er mai, alors que des milliers de Français sont venus déposer le muguet, les portes de la Boisserie restent fermées. Seuls admis : l'ancien secrétaire général de l'Élysée, Jacques Foccart, et un garçon de 11 ans prénommé Olivier, qui a pu offrir un bouquet à Yvonne de Gaulle. Le 10 mai, alors qu'une nouvelle élection présidentielle se prépare, il s'envole pour l'Irlande. Sur le tarmac de l'aéroport de Cork, il est accueilli par le Premier ministre Jack Lynch.

"Il ne fait que lire et se promener"

Ainsi que Match le raconte, l'hôtel Heron Cove à Sneem, dans le sud-ouest de l'Irlande, est tout entier réservé au couple De Gaulle. Un lit double est apporté par camion depuis Dublin. «Ancien, désuet, d'un confort typiquement britannique, (...) l'hôtel du Heron Cove n'est pas assez moderne pour figurer sur la liste des hôtels reconnus par l'Office du tourisme irlandais», écrit Match. L'endroit, proche de la mer, est tranquille. L'aide de camp du Général, le capitaine de vaisseau François Flohic, confie à Match s'être «réservé toutes les communications». Le Général, assure-t-il, «ne fait que lire et se promener». «Quant à la pêche, si appréciée des Irlandais, ça ne l'intéresse pas.» Charles et Yvonne de Gaulle n'effectueront une première sortie en public qu'une semaine après leur arrivée, pour assister à la messe dans l'église de Sneem.

Après l'élection de Georges Pompidou le 15 juin, le Général rentre en France. Il retrouve Colombey. Fin juin, Paris Match livre le récit «top secret» d'une «personnalité française» qui détaille l'état d'esprit de De Gaulle. «Le Général ne cesse d'écrire. Il consacre son temps et ses réflexions à couvrir des pages de sa large écriture. Il rature souvent. Il recommence. On devine un homme possédé par un oeuvre en gestation.» Préoccupé de sa place dans l'Histoire, le Général travaille à la suite de ses «Mémoires de guerre», parus dans les années 1950. Le premier tome sortira à l'automne 1970.

Une visite au dictateur Franco

Bientôt octogénaire, Charles de Gaulle s'est bel et bien retiré définitivement de la vie politique. Le 11 novembre 1969, il fait une excursion en Lorraine, décevant les anciens combattants qui l'espéraient à Colombey. Désormais «simple spectateur de la vie de la nation», comme l'écrit «Le Monde» en janvier 1970, il ne s'interdit néanmoins pas de voyager. En juin 1970, il met le cap sur l'Espagne. Des vacances, encore, mais marquées par une visite au général Franco. Un choix qui interpelle, alors que la France s'apprête à célébrer le trentième anniversaire de l'appel du 18 juin. Dans Match n°1102 du 19 juin 1970, Raymond Tournoux tente de répondre à la question : «De Gaulle en Espagne : pourquoi?» Après avoir rencontré le dictateur dans son palais madrilène, le Général confie : «Je voulais voir Franco avant de mourir.» Qu'importe si le Caudillo était rangé du côté de Hitler et Mussolini à l'heure où De Gaulle proclamait que «quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas». En 1936, le lieutenant-colonel De Gaulle ne souhaitait d'ailleurs pas la victoire des franquistes. Trente-quatre ans plus tard, il a atteint la «sérénité historique», écrit Raymond Tournoux. «Oublions le passé», dit le Général, par ailleurs persuadé qu'«on ne peut bâtir l'Europe sans l'Espagne».

En octobre 1970, le premier tome des «Mémoires d'espoir», intitulé «Le renouveau», est publié. Le succès est phénoménal : 250 000 unités s'écoulent en quelques jours. Des exemplaires imprimés spécialement et dédicacés par l'auteur ont été envoyés à la reine d'Angleterre et à Nikita Khrouchtchev, le dirigeant soviétique.

Dans Match, Jean Cau décrit l'ouvrage avec passion : «Je ne sais ce qu'il adviendra un jour, dans les futurs de l'Histoire, de mon pays, des nations, des empires et des États. Peut-être un seul gouvernement, un seul monde, un seul ennui auront-ils avalé et dégluti peuples et frontières. Alors, les livres de Charles de Gaulle seront-ils tout à fait merveilleux et bien compris. Alors, épurés de cette incompréhensible querelle -l'Histoire- qui nous paraît à tort être leur premier sens, ils raconteront aux Terriens de l'an 3000 la plus belle histoire d'amour depuis la création du monde. Celle d'un homme et d'une licorne aux yeux d'azur qui s'appelait la France.»

Charles de Gaulle ne pourra jamais terminer la rédaction des deux derniers tomes. Il est décédé quelques semaines après la parution du «Renouveau», le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Eglises, à l'âge de 79 ans.

© AP/SIPA

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