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Pourquoi le marché des pick-up va s'effondrer

logo de Challenges Challenges 12/10/2018 Nicolas Meunier

Boosté par une fiscalité avantageuse, le marché des pick-up a explosé ces dernières années. La nouvelle loi de finance devrait porter un coup d'arrêt à ce succès : bientôt, les pick-up seront également soumis au malus écologique et à la TVS.

Fiat Fullback © Fiat Fiat Fullback


C'est une exemption qui ressemblait à une anomalie. Quel que soit leur nombre de place ou leur niveau de luxe, les pick-up sont actuellement considérés comme des utilitaires. Et par conséquent, ils disposent de la fiscalité liée à ce type de véhicules, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas soumis au malus écologique à l'achat, pas plus qu'à la TVS (taxe sur les voitures de société) s'ils font partie de la flotte d'une entreprise. Une aubaine pour ceux qui ont besoin de tracter des charges lourdes, ou qui veulent un véhicule doté de réelles capacités en tout-terrain : un certain nombre de particuliers ont ainsi choisi de se reporter sur les pick-up, de plus en plus confortables et civilisés, plutôt que sur les plus classiques Jeep Wrangler, Toyota Land Cruiser et autre Mitsubishi Pajero, tous affectés de malus flirtant avec le maximum du barème, fixé à 10.500 €.

L'arrivée de modèles de plus en plus luxueux, à l'image du Mercedes-Benz Classe X illustre cette tendance. Ceux-ci semblait répondre à une véritable demande, comme nous le confirme un porte-parole du constructeur allemand : "Les ventes de la version quatre-cylindres, la première lancée, n'a pas été à la hauteur de nos espérances. Mais elle s'explique aisément : nous avons constaté une véritable attente pour la version V6, commercialisée cet automne". Preuve qu'il existe une appétence réelle pour des modèles chers et luxueux, qui n'ont plus rien à voir avec des utilitaires. Véritablement, les pick-up ont su en quelques années se poser en alternative aux SUV.

Une "niche fiscale" qui a attiré l'attention des députés

Mais cette situation particulière ne pouvait durer indéfiniment. L'essor des modèles de plus en plus luxueux, ainsi que l'augmentation constante des ventes (elles sont passées de 14.000 en 2014 à 20.000 en 2017) a fini par attirer l'attention. C'est ainsi que des députés de La France Insoumise ont déposé un projet d'amendement à la loi des finances, proposant de mettre fin à cette exemption. Le principal argument du député Loïc Prud'homme est que cette fiscalité a donné naissance à "un effet d'aubaine totalement climaticide". D'abord votée par la commission du Développement durable de l'Assemblée Nationale, cette mesure vient d'être adoptée par la commission des Finances. En somme, son application est aujourd'hui quasi-certaine.

Le vote de cet amendement semble s'inscrire dans la logique, comme l'a déclaré sur Twitter le député La République en Marche Matthieu Lorphelin. "Les pick-up (de + en + souvent de luxe) émettent souvent près de 200 gCO2 au km... il était juste anachronique qu'ils ne soient pas soumis au malus automobile !" De son côté Loïc Prud'homme souligne le fait qu'il s'agissait là d'une "niche fiscale, dont l’exonération de malus écologique qui représente à elle seule un manque à gagner de 200 millions d’euros par an pour l’Etat". Le chiffre nous paraît clairement sur-évalué. Car si, de manière brute, tous les pick-up vendus en 2017 auraient rapporté ce volume total de taxe en étant soumis au malus écologique, c'est bel et bien son absence qui a permis ce nombre de ventes élevé. Sans doute, le phénomène ne durera pas avec une fiscalité moins avantageuse.

Le problème de la fiscalité des pick-up véritablement utilitaires

Il apparaît en effet aujourd'hui certain que le marché va se réduire comme peau de chagrin. La question est de savoir à quel point. Les particuliers qui se sont laissés tenter par la formule vont sans doute revenir à des SUV, plus confortables et polyvalents. Mais le gros de la clientèle concerne des professionnels, pour qui le pick-up sert à la fois d'utilitaire la semaine et de véhicule familial le week-end. Chez Mercedes-Benz, cette typologie d'acheteurs représente environ 90 % des Classe X vendus. Et chez Ford, on estime qu'il s'agit pour une bonne part de la clientèle d'un outil de travail nécessaire, notamment chez les agriculteurs, qui ont besoin d'un tel véhicule pour accéder à leurs champs. Témoin : 55 % des utilitaires aujourd'hui écoulés en France par le constructeur américain sont des Ranger (qui est aussi le pick-up le plus vendu en France comme en Europe). Si les pick-up ne peuvent plus être considérés comme des utilitaires pour les professionnels qui en ont un besoin réel, cela signifie qu'ils ne pourront pas être défiscalisés, alors que c'est le cas pour un fourgon de livraison.

Voilà qui pose donc la question du contour de ce futur amendement, pour l'instant encore un peu flou. Ce qui est sûr, c'est que la proposition d'une différenciation selon le type de carrosserie, avec un malus applicable aux seuls modèles double cabine (quatre portes et cinq places) a été rejetée en bloc lors du vote. Reste à voir si une tolérance sera définie pour les modèles à simple cabine (deux portes et deux ou trois places), pour certains corps de métier.

Un chute libre annoncée

De manière certaine, les acteurs du marché anticipent une forte baisse des volumes, dès le début de l'application de cet amendement. Certains estiment même que les volumes annuels pourraient être divisés par six ou sept, avec un chiffre avancé de 3.000 exemplaires ! Surtout, ce vote a pris une bonne part des professionnels de court. "C'est un peu la panique" nous confie-t-on chez un importateur. "Car nos prévisions de commandes sont planifiées six mois à l'avance, et les voitures déjà payées pour la plupart". Le risque est grand donc de voir des modèles rester sur les bras des concessionnaires en cas d'application trop rapide. Voilà pourquoi les marques concernées espèrent convaincre l'administration de ne pas appliquer la réforme dès janvier 2019, mais plutôt en juillet ou en janvier 2020.

A ce moment-là, on verra sans doute un certain nombre de concessionnaires écouler des modèles déjà immatriculés sous forme "d'occasion 0 km", un subterfuge en ce moment utilisé pour vendre les modèles aux anciennes normes de pollution (lire notre article sur les constructeurs qui bradent leurs voitures périmées). Et après, le soufflé retombera. Au point sans doute de mettre en difficulté certains concessionnaires très spécialisés, que ce soit par la marque qu'ils représentent (Isuzu, Mitsubishi, SsagnYong…) ou par leur clientèle (notamment en région montagneuse).

AUSSI SUR MSN: Nouvelles normes CO2 pour les voitures : Volkswagen annonce qu'il pourrait supprimer 100.000 emplois

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